guayasamin portraits

Lecteur et défenseur de la belle revue Espaces latinos je me permets de reprendre un article du dernier numéro en espérant qu’il incitera à aller au moins sur le site internet (cliquez sur le nom).

Je le reprends car je suis un admirateur inconditionnel de ce peintre sur lequel j’ai beaucoup écrit après deux visites au musée de Quito, une visite avant la réalisation du musée actuel (2001) et une autre du nouveau musée (2016).

Voici ma bibliothèque Guyasamin :

América, mi hermano mi sangere, Guyasamin, Neruda, océan sur (pas de date)

Guayasamin, Fundacion guayasamin, 1980

Guyasamin, Madrid hasta siempre, 2001

Quelques liens personnels :

Guayasamin 2001 à 2016

Tout sur Guayasamin

Trois femmes peintes par Guayasamin

Un discours de Guayasamin

Guayasamin à Madrid

 

Oswaldo Guyasamin Espaces latinos août 2019

Né le 6 juillet 1919 et mort le 10 mars 1999, Oswaldo Guayasamin fut un peintre équatorien issu d'une famille très pauvre de Quito, en Équateur. Dès un très jeune âge, il montra un grand intérêt pour les arts plastiques ; il commença à faire des petites peintures de paysages pour gagner un peu d'argent en les vendant sur la place centrale. En 1931, à l'âge de 12 ans, il est admis à l'École des Beaux-Arts de Quito où il obtiendra son diplôme de peintre et sculpteur.

Quelques années plus tard, lorsqu'il commençait à se forger une réputation comme peintre à Quito au début des années 1940, il voyagea aux États-Unis, où il put vendre quelques œuvres après une exposition au Metropolitan Museum of Art (MET) de New York. Il put réaliser cette exposition grâce à l'aide de Nelson Rockefeller, qu'il connut au cours d'une de ses expositions dans la capitale équatorienne. Avec cet argent, il voyagea au Mexique où il fut assistant du très reconnu muraliste mexicain Jorge Clemente Orozco. Après avoir été sous sa tutelle, il fit un voyage à travers l'Amérique latine, dans lequel il fut témoin des injustices et des oppressions auxquelles les peuples latino-américains étaient soumis ; c'est donc ce qui lui inspira ensuite sa première époque artistique : Huacayfian («le chemin des larmes» en quechua). Il eut deux autres époques artistiques après cette dernière : l'Âge de la rage et l'Âge de la tendresse. Guayasamin est devenu un peintre engagé très tôt dans sa vie ; le cœur de sa peinture fut toujours l'humanisme, la dénonciation des dures réalités sociales de son époque, et du passé aussi, surtout au cours de ses deux premières époques artistiques. Afin de mettre en évidence son message, il s'est souvent servi d'images crues et de techniques agressives.

Innovant constamment techniques et styles, il ressortit parmi les autres peintres contemporains. Son instrument préféré était le couteau, et pas le pinceau, puisque avec le couteau il pouvait faire des traces de couleur et des formes beaucoup plus fortes et marquées. Dans des vidéos de ses sessions de peinture, on peut voir clairement que ses mouvements étaient grands, forts et vifs. En présence d'une de ses œuvres, on est captivé par la pluridimensionalité de celle-ci. On a souvent une palette de couleurs qui renvoie à la terre, au paysan, au sein de l'Amérique latine : des ocres, des rouges, des jaunes, des verts ; on voit des reliefs qui montrent l'agressivité de sa peinture, et qui montrent aussi la rage et l'indignation du peuple et de l'indigène et que Guayasamin traduit à l'aide de son couteau.

D'autre part, il s'est forgé tout au long de sa vie une réputation très respectée en tant que portraitiste. Il les réalisait par commission, comme des cadeaux, ou pour commémorer une visite ou un personnage. Il fit le portrait de personnages tels que Fidel Castro (à quatre reprises), Juan Carlos 1er d'Espagne, François Mitterrand, Caroline de Monaco, Pablo Neruda, poète et politicien chilien, Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature, Paco de Lucia, Mercedes Sosa, chanteuse argentine, Silvio Rodriguez, chanteur cubain, etc.

En juillet de cette année, Guayasamin aurait cent ans.

Après un siècle, après toute une vie, après plusieurs générations témoins d'un exposant de l'art équatorien et américain, que peut-on dire à propos de son œuvre aujourd'hui, comment a-t-elle évolué ? Pour éclairer ces problématiques, l'arrière-petite-fille du peintre, Manuela Mancheno a eu la gentillesse de répondre à quelques questions autour de lui et de son œuvre :

Comment décrirais-tu l'œuvre de Guayasamin ?

L'œuvre de Guayasamin est, avant tout, universelle. Ou elle a au moins la vocation d'être universaliste. Je crois qu'elle ne peut pas être détachée de son message politique et engagé. Guayasamin est un artiste engagé dans une cause humaniste. Et évidemment ceci ne peut pas être séparé d'une esthétique. Je considère l'esthétique de Guayasamin complètement originelle. Mais on peut ressentir l'énorme influence cubiste et surtout l'influence du muralisme mexicain. De manière picturale comme dans son message.

Quels effets son œuvre a-t-elle eu à son époque ? Et aujourd'hui ?

Je pense que l'impact de l'œuvre de Guayasamin à son époque est dû au fait que les gens se sentaient représentés ou étaient d'accord avec le message qu'elle transmettait. La situation politique de l'Amérique latine résonnait dans sa peinture. C'était une réponse à cela. Aujourd'hui, Guayasamin continue à être un référent en Amérique latine et en Équateur. Guayasamin est entré dans l'ADN de l'Équateur et de son peuple. Il me semble être un représentant de l'identité équatorienne.

De quelle manière les situations que Guayasamin dénonçait ont-elles évolué jusqu'à nos jours ?

Guasayamin dénonçait avant tout les injustices de toutes sortes. Je pense que c'est cela son essence la plus profonde. Et il y a encore des injustices. C'est pour cela que l'œuvre de Guayasamin est encore importante.

 

Guayasamin a laissé un legs culturel et humain incalculable pour le peuple équatorien et latino-américain, avec un message pertinent pour son époque comme pour la nôtre. L'histoire se souviendra toujours de lui comme l'un des plus grands peintres de l'histoire latino-américaine, et comme cela a été dit à l'occasion de la IXe Conférence ibéro-américaine de chefs d'État et de gouvernement à La Havane en 1999, «le peintre de l'Ibéro-Amérique ».

Nicolàs BONILLA CLAVIJO