Cladel_Sandoz_17_août_1902

dessin E

Il est mort exactement le 21 juillet 1892. Dix ans après le 17 août 1902 un inconnu lui rend hommage. Pierre Sandoz reprend les citations d’artistes divers pour démontrer la grandeur de Léon Cladel. Il sait qu’il pèse peu pour honorer cet écrivain aussi il s’explique :

« Je porte en moi, dans un coin de mon cœur, une chapelle ardente, toujours illuminée en son honneur, et si ma parole n'a pas l'autorité qui conviendrait à la glorification de sa force, je puis bien dire que le meilleur de mes pensées persiste en un souvenir que le temps n'atténuera jamais.»

 Il donnera trop peu de détails sur l’amitié qui le liait à Léon Cladel mais les confidences reçues sur les premiers travaux du provincial devenu parisien, prouvent la confiance qu’ils avaient l’un vers l’autre :

« Songez que Léon Cladel, dès sa vingtième année, riche d'espoir et la bourse vide, avait dû, pour manger, accepter les plus dures besognes. Il me narra, comme exemple, un jour où perdant courage je lui avouais la lassitude de mes chagrins, qu'il avait été homme d'équipe à la gare de l'Est ; qu'il avait gagné cent francs par mois aux Abattoirs de la Villette ; qu'il avait vendu des plâtres sur la place publique et pour le compte d'un insolent mouleur italien ; que pendant de longues années, il avait connu la misère orgueilleuse, inlassable, et que, s'il avait été deviné par Baudelaire, protégé par Albert Collignon et soutenu par Etienne Carjat, c'est qu'il n'avait jamais douté de lui-même. »

 Et à la fin il n’oubliera pas la survivante, Mme Cladel :

« Le merveilleux penseur et styliste a laissé derrière lui, pour sauver l'intégralité de son œuvre, la chère compagne de ses jours qui fut une véritable prêtresse du foyer domestique et aussi des enfants qui, ayant grandi dans l'adoration de son art, ne laisseront point sa mémoire s'enliser dans la fange des irrespects coutumiers à notre époque.

A celle qui, née musicienne accomplie, fit bon marché de ses préférences, afin de faire espérer son cher et beau Paysan, si doux, si miséricordieux, si persévérant, j'offre ici l'expression de mon dévouement.

Sentinelle avancée, je crie que l'image plébéienne de Léon Cladel doit être érigée en nos murs, en plein faubourg, et je demande qu'on inscrive sur son monument que, pour l'honneur des Lettres on devrait devoir au Pays entier, ces simples mots qui résument sa vie et son œuvre : " Tout pour les humbles, tout pour la grandeur. » Et ce faisant, on aura rendu justice au plus impeccable guerrier de la Pensée française. »

 Pour ces seules trois citations Pierre Sandoz méritait de sortir du néant.

J-P Damaggio

P.S. De plus il dit bien «naturiste» pour Cladel et non «naturaliste».