Je reprends ici un poème de Clovis Hugues daté du Moulin des Istournels, à Bruniquel en 1893. Le Rocher dont il s’agit est très beau avec en son sommet un château. Il m’est arrivé souvent, par un chemin dans le jardin du château, de descendre la falaise et de la remonter.

Léon Cladel était déjà mort en 1893 mais Clovis Hugues, député socialiste, poète, a tenu à revenir chez M. Montastruc le gendre de Cladel. Et il a eu envie de célébrer ce roc que fut, sa vie durant, le grand écrivain Cladel, pour inciter sa fille, Pochi, à faire de même.

Je reprends ce poème car tout d’un coup je trouve frappant qu’il ne dise rien du château qui se trouve tout en haut, dont la splendeur efface un peu, celle de la falaise qui abrita autrefois des peuplades préhistoriques qui, je n’en doute pas, furent séduites par ce paysage : d’un côté le roc splendide et de l’autre la vallée si fertile.

      Le Rocher de Pochi

               A Mademoiselle Judith Cladel

 Vous l’aimez, le vieux roc impassible et superbe,

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Votre rêve ingénu s’élève comme un chant

Vers ce dieu couronné d’azur et de brins d’herbe,

Qui garde la montagne et protège le champ.

 

Haut comme l’Idéal, sacré comme le Verbe,

Debout dans le matin debout dans le couchant.

Il abrite des vents la chaumière et la gerbe,

Quand les blés ont roulé sur le coteau penchant.

 

Mais, vous l’aimez aussi, la roche immaculée,

Parce que votre père, enfant de la vallée,

L’aima comme l’aiglon farouche, aime son nid,

 

Parce qu’ils ont tous deux une égale stature

Et que vous avez vu son œuvre et la nature

Amalgamer leur bloc avec le fier granit !

               Clovis Hugues

Bruniquel, Moulin des Istournels, 1er octobre 1893

(note jpd : Pochi est le surnom de Judith Cladel)

Extrait du Quercy, journal du Tarn-et-Garonne