Leila Sebbar

 

Depuis des années une belle action littéraire, Place aux nouvelles, se déroule à Lauzerte début septembre à l’initiative de la librairie La femme renard et de la médiathèque du lieu. Nous y avons toujours trouvé le soleil au rendez-vous et pour la précédente rencontre… Leïla Sebbar.

Nous n’avions pas le programme détaillé et c’est donc au hasard que nous avons fait le déplacement pour arriver juste avant l’entretien surprenant entre la libraire et Leïla Sebbar. Nous avions une connaissance floue de l’écrivaine dont deux livres occupent les rayons de notre bibliothèque : Shérazade 17 ans, brune, frisée, les yeux verts et Mes Algéries en France.

Entretien surprenant car l’écrivaine décida de contester radicalement et sans raison les questions de la libraire ! « Votre œuvre contient des portraits de femmes… » « Mais non, elle contient des portraits d’hommes… » « Votre lien avec l’Algérie… » « Mais non, je suis française… »

Elle expliquera par la suite que son agressivité est une posture générale, une façon de résister pour exister. Passer une vie à résister n’a sans doute pas été de tout repos et par la suite, se faisant plus conciliante, elle racontera un morceau de sa vie de gamine en Algérie, à propos d’une nouvelle où, sans le dire, elle se met en scène, ce que la libraire avait deviné mais qu’elle évoqua du bout des lèvres, pour ne pas être renvoyée dans les cordes. Son père était Algérien et sa mère Française, les deux étant instituteurs.

Elle vivait dans l’appartement de fonction, à savoir l’école des garçons indigènes et chaque matin elle quittait cette école pour aller à l’école des filles qui, elle, regroupait les rares filles indigènes et les autres. Et quitter cette école de garçons lui a été toujours un supplice car elle devinait les quolibets des gamins se moquant de leurs vêtements européens, elle et ses soeurs.

Elle n’a pas appris la langue de son père et là, elle reconnaît que quand elle l’explique en France, à un public magrébin, l’agressivité de ses auditeurs est telle qu’elle range un peu la sienne…

Elle se défend par l’agressivité mais porte aussi en elle des tonnes de colères. Dire que l’école des indigènes était une école au rabais lui sort par les yeux : il s’agissait d’une école authentique pour laquelle des hommes et des femmes se sont battus.

A reprendre à la lumière de l’entretien son livre Mes Algéries en France, on comprend mieux cette rage qui l’habite : la prise en compte réelle du face à face entre Tlemcem et la Dordogne, l’Algérie et la France, l’Orient et l’Occident est peut-être le moyen, à notre portée, de créer une humanité, une chance pour tous. Je n’aime pas cette référence schématique à l’Orient à l’Occident mais en même temps j’en conviens avec elle, quand au début de l’entretien, elle veut là aussi provoquer : la mode de l’Orientalisme dans la culture française si souvent dénigrée, n’était pas que négative…

Elle me renvoie vers ce vieux rêve : écrire Comment l’Algérie a fabriqué la France !

J-P Damaggio