berthe mendès

En 1900, c’est à Berthe Mendès, qu’est confiée la version dramatique des Demoiselles de Liré qui est jouée au théâtre de la Porte Saint-Martin. Il s’agit d’un livre de Paul Perret datant de 1894.

Voilà tout ce que j’ai appris sur internet au sujet de cette femme qui semble-t-il est devenue ensuite l’épouse de Jean Moro, directeur de L’Éclaireur de Nice et du Sud-Est. A La Fronde elle remplaça Judith Cladel à la chronique théâtrale donc voici une de ses chroniques. J-P Damaggio

 La Fronde 20 février 1900

Soirée Parisienne

A la Comédie-Française. — Diane de Lys.

La reprise d'une pièce d'Alexandre Dinars devait nécessairement attirer à la Comédie-Française, une salle des plus brillantes. Le Tout-Paris des premières était là hier soir. D’ailleurs, la réapparition de Dyane de Lys, équivalait à une première car, d'après des corrections inédites, fournies par Mme veuve Alexandre Damas, et la première édition prêtée par M. Fiorentino à M. Prudhon, le metteur en scène, on a complètement remanié la seconde œuvre du maître. On sait que la première fut La Dame aux Camélias.

Il est des gens qui prétendent qu'on ne fait pas une bonne pièce d'un roman. Or, Diane de Lys parut en livre en 1851, et fut mise en scène au mois de novembre 1852. Nos contemporains mondains ne se souviennent pas des créatrices. Moi non plus. Donc, nous laisserons dormir ces gloires posthumes dans le sommeil du passé.

Mais nous reparlerons seulement d une reprise brillante de Diane de Lys, qui eut lien au Vaudeville et qui servit de pièce de début à une jeune et intelligente artiste, aujourd’hui sociétaire à la Comédie-Française, Mlle Brandès. Les talents vont vite.

Je me souviens encore du trac de la débutante. Dame, elle jouait une grosse partie : car elle embrassait la carrière dramatique, malgré la volonté de toute sa famille. L'événement prouva qu'elle avait raison, puisque le succès a couronné son obstination.

Les toilettes de Mlle Bartet m'ont fait ressouvenir de celles de Mlle Brandés. Etaient-elles réussies ? Mon Dieu ! non : car Alexandre Dumas lui-même avait voulu les commander chez Mme X..., couturière depuis longtemps disparue, et, le soir de ses débats, Mlle Brandès fut obligée de s'affubler d'un grand manteau, qui est resté le cauchemar de ses souvenirs d'antan.

L'heure tardive où se termine la représentation m'empêche de m'étendre autant que je le voudrais sur la mise en scène. Disons pourtant que le décor du cinquième acte, semblable à celui du premier, est amusant comme reconstitution d'atelier de l'époque.

C'est là que se passe le dénouement sanglant. Mlle Bartet, toujours exquise, dans une robe de deuil en gaze noire, avec grands volants ornés de franges et corsage coulissé, châle de crêpe de Chine avec franges, chapeau de velours de soie épinglé, grand voile de dentelle et mitaines de soie, donne bien l'illusion de l'héroïne rêvée par l'auteur. Héroïsme en avance sur les inconscientes d'aujourd'hui.

 —C'est égal, dit à la sortie une jolie blonde qui s'en va emmitoufflée dans une grande pelisse de zibeline, les maris d'aujourd'hui sont moins ridicules, Dieu merci ! Quand ils voient leurs femmes causant de beaucoup plus près que ne le fait cette pauvre comtesse avec son peintre Paul Aubry au lieu de tirer leur pistolet, ils tirent leur étui à cigarettes et vont fumer discrètement dans la pièce à côté. »

BERTHE MENDÈS.