Fiszbin

L’élection de Jacques Chirac à la mairie de Paris est aujourd’hui rappelée à tour de bras sans en évoquer le contexte.

 « Au premier tour le 13 mars, l'Union de la gauche, emmenée par le communiste Henri Fiszbin et le socialiste Georges Sarre, arrive en tête grâce aux divisions de la droite et à sa forte implantation dans l'est parisien, avec 32,1 % des suffrages exprimés, tandis que les listes « Chirac » remportent les « primaires » de la majorité avec 26,2 % contre 22 % à Michel d'Ornano. »

 Les listes d’Ornano se maintiendront et au second tour il a manqué 2000 voix pour que la gauche l’emporte, et la gauche l’emportant le maire aurait été un communiste, Henri Fiszbin !

 Dans un livre publié en 1980, plus soucieux d’une réflexion interne au PCF, Henri Fiszbin fera juste une allusion aux dites municipales pourtant cruciales pour l’histoire de France, préférant écrire l’histoire à partir de mars 1978 et la défaite de la gauche, dont celle de Fiszbin, comme député de Paris.

 

Voici son propos :

« Après une longue période où la représentation parlementaire avait été monopolisée par la majorité de droite, Paris s'était donné en 1973 sept députés communistes. Le Parti socialiste ayant lui aussi progressé, la fédération socialiste de Paris exigea, lors des discussions pour la mise sur pied des listes d'union aux élections municipales de 1977, une place impliquant l'effacement du Parti communiste. Nous avons refusé de céder à ces exigences outrancières.

Le résultat de ces municipales nous procura une double satisfaction. La validité de notre analyse sur l'évolution du rapport des forces politiques dans la capitale fut pleinement confirmée. Progressant dans tous les arrondissements, la gauche l'emporta dans un secteur supplémentaire, et il s'en fallut d'un déplacement de deux mille voix seulement pour conquérir la majorité au Conseil de Paris. Nous eûmes de plus la joie de vérifier que l'électorat communiste demeurait bien l'ossature de l'électorat de gauche et la force décisive pour la victoire. Ce furent les arrondissements où l'influence communiste était la plus forte qui mirent les listes de gauche en position de l'emporter sur la droite. Je fus donc, en tant que candidat communiste à la mairie, opposé à Jacques Chirac lors de l'élection du maire de Paris. Le candidat commun de la gauche, pour la première élection du maire de la capitale, était un élu communiste ! »

 J’ai la sensation que rappeler ce fait aujourd’hui peut paraître surréaliste. Qui était Henri Fiszbin ?

Un ouvrier dont le père était un juif polonais, qui devient permanent du PCF en 1961 dans la Fédération de Paris où Paul Laurent est l’homme fort et en 1972, il en devient le premier secrétaire. Quelques mois plus tard, il est élu député de Paris de 1973.

Wikipédia indique :

« A la tête de la fédération, il fait le constat que l'évolution sociologique de la capitale, marquée par la fuite des ouvriers vers les banlieues, rend inexorable le déclin communiste à Paris si le parti ne s'intéresse pas aux "couches sociales nouvelles". Il impulse donc des changements de méthodes et d'image qui ne sont pas toujours appréciés par la direction nationale. En 1977, il conduit les listes unitaires de gauche aux municipales de 1977 contre Jacques Chirac. Il est d'ailleurs à l'origine, avec Catherine Lagatu, d'une proposition de loi pour réformer le statut du conseil de Paris, dont certains principes ont été adoptés in fine, en particulier la séparation des conseillers de Paris et des conseillers d'arrondissement et une représentation proportionnelle. Cette campagne, la première pour l'élection d'un maire à Paris depuis plus d'un siècle, lui donne une certaine notoriété nationale.

L'année suivante, cependant, le bilan des élections législatives dans la capitale est désastreux pour le PCF qui passe de sept à trois députés. Fiszbin lui-même est battu par le RPR Jacques Féron.»

 De cet échec aux législatives la direction du PCF tirera la leçon qu’elle doit éliminer Fiszbin et ses amis, Fiszbin qui tentera d’organiser une tendance dans le PCF par la publication d’un hebdomadaire. Puis il s’allie avec le PSU pour les européennes en 1984. Ce nouvel échec le ramène vers le PS qui contribue à son élection comme député dans les Alpes Maritimes en 1986 (la proportionnelle permettait un tel parachutage). Il meurt en 1990. Charles Fiterman qui organisera son élimination du PCF se retrouvera au PS en 1997 !

 Ce moment de 1977 n’a pas été analysé par la direction du PCF, à Paris comme ailleurs, pour ce qu’il était : un trompe l’œil. La victoire du PCF fut magnifique mais elle n’était pas la marginalisation du PS.  Quant à Giscard d’Estaing a-t-il compris que son échec à Paris en 1977 signait son échec en 1981 ? J-P Damaggio