Marie-Victoire Louis a un blog (je l’ai présentée sur mon livre sur 101 femmes du monde) où elle a publié un certain nombre de textes féministes dont un de Renée Rambaud qui vient de la Fronde (elle en a publié deux de la femme précédente Osmont) mais elle se trompe sur la date.

Malheureusement je ne sais rien sur cette femme sauf les articles de La Fronde. Et pas de photo non plus !  Voici ici ce qu’elle pense d’Anatole France. J-P Damaggio

 Renée Rambaud

La Fronde 6 janvier 1900

 Les Conférences

 Devant le fin, le raffiné, le sceptique public de la Bodinière, M. Achille Ségard a, jeudi dernier, très joliment, très éloquemment, très artistement parlé d’Anatole France, « leur extrême de notre race ».

Philosophe à la façon de Montaigne, M. Anatole France, d'après le conférencier, arrive, grâce à l'étude universelle de « l'histoire des hommes » au scepticisme le plus désabusé... De là le Jardin d’Epicure et quelques autres œuvres qui, avec une ironie contagieuse, dévoilent le néant de toutes les connaissances, de toutes les croyances humaines. De là son comique si particulier et si profond qui s’exerce non par les mots mais sur les idées et les choses comme dans l’Orme du Mail, dans le Mannequin d’osier et l’Anneau d’améthyste.

Philosophe, sceptique, désabusé, Anatole France est encore le grand, évocateur des paysages et des psychologies avec Le Lys rouge, histoire de deux amants qui, sous les admirables cieux florentins, s’aiment et qui se font souffrir parce qu’ils s'aiment; avec Thaïs la voluptueuse pècheresse et l’ardente convertie. Et ce sont toujours de superbes fresques des contrées italiennes ou des rivages du Nil qu’Anatole France poète et artiste, déroule devant nos yeux avec un charme séducteur.

Enfin pour son sens délicat de la mesure, pour son goût de l'harmonie, sa clarté lumineuse, son charme tout attique, Anatole France mérite d’être cent fois admiré et aimé. Et, en une langue très imagée, parfois précieuse un peu, M. Achille Ségard a dit sur le grand écrivain tout ce que l’on pouvait dire, tout ce que chacun sait…

Cependant nous ferons au conférencier, deux objections.

Pourquoi vouloir, avec tant d'insistance, identifier Anatole France si français, Anatole France, dont le style ferme mais net, mesuré et harmonieux, est l’image de la langue française arrivée à sa perfection, pourquoi vouloir identifier Anatole France en un Grec - de la belle époque s'entend ? Notre civilisation ne sera-t-elle donc jamais que le pâle reflet des civilisations antiques ?

Non. Nous voyons le début, la naissance d'un monde qui, déjà, promet de devenir un jour — si Dieu lui prête vie — plus gigantesque, plus formidable que les cités grecques et latines.

Maintenant est-ce pour ménager son public, fin, raffiné et sceptique que M. Achille Ségard a omis d'indiquer l’évolution très remarquable qui se produisit ces dernières années, dans le caractère du célèbre M. Bergeret ?

M. Bergeret, savant et dilettante, longtemps se soucia fort peu des misères d’ici bas, du corps, cette guenille, et du vulgaire pécus ; longtemps il fut tranquille et indifférent... Mais voilà que tout à coup on le vit descendre des vagues nuages pour marcher sur terre d'un pas ferme. Et quand vint la « terrible Affaire » résolument il se rangea du côté de la liberté et de la vérité, dans le parti de l'avenir. Alors c’en fut fait de sa paisible sécurité de dilettante. Il reçut pierres et cailloux dans ses vitres ; iI était prêt à se transformer lui-même en homme d’action.

Aujourd'hui, M. Anatole France s'occupe activement des Universités populaires, intelligente défense de la laïcité contre le cléricalisme ; la dernière-née a reçu dans son berceau, comme premier et royal présent, un discours de celui qui est, dit-on, philosophe, sceptique, désabusé. »

 RENÉE RAMBAUD.