Brémontier

En 1926 Marguerirte tente de relancer La Fronde au moment où elle enregistre le décès de deux amies.

 

La Fronde 23 août 1926

JEANNE BREMONTIER

Pour la deuxième fois en quelques jours, La Fronde est en deuil !

Après Juliette Raspail, militante du féminisme et qui pour cela, nous était chère, c'est maintenant Jeanne Brémontier, dont la disparition jette sur notre maison un voile de profonde tristesse.

Jeanne Brémontier, l'une des plus anciennes collaboratrices de La Fronde, fut de celles qui nous aidèrent, jadis, à démontrer que les femmes disgraciées de la nature ou que l'âge a desexuées, n'ont pas, seules, le monopole du savoir, de l'intelligence, de l’intellectualité,

Jeune, jolie, charmante, instruite et d'esprit primesautier, elle avait des connaissances générales du bon sens, de la droiture, toutes qualités que la direction d'un journal sait apprécier chez ses rédacteurs.

brémontier

Jeanne Brémontier rédigea d'abord à La Fronde la chronique judiciaire, puis elle fut avec Marie-Louise Néron et Andrée Viollis — alors Andrée Téry — l'une des premières femmes qui firent ce que l'on appelle le grand reportage.

Sincèrement républicaine, pacifiste, libre penseuse et ne craignant jamais d'afficher ses opinions, elle se fit inscrire au parti politique répondant à ses inspirations.

Membre du Syndicat de La Presse Judiciaire et de l'Association des Journalistes Républicains, elle y fit toujours montre d'une camaraderie courtoise et franche, d'un esprit parfait de bonne confraternité. Elle aimait le métier de journaliste, défendait en toutes occasions les prérogatives de ceux qui l'exercent et tint à honneur de conserver sa place au milieu d'eux, même quand elle quitta La Fronde pour épouser un financier sympathiquement connu dans la société parisienne, M. Simon Zadoks, qu'elle eût la douleur de perdre et de la mort duquel elle ne se consola jamais.

Quand La Fronde reparut, au printemps dernier, Jeanne Brémontier s'empressa d'y reprendre sa collaboration d'autrefois. Elle pensait trouver dans le travail l'oubli de sa peine et, selon son habitude, elle reprit sa tâche avec conscience et assiduité. Ce fut elle qui rendit compte du grand congrès suffragiste international, qui, chaque jour, réunissait à la Sorbonne plusieurs milliers de personnes. Le travail était difficile, fatigant ; elle s'en acquitta avec sa conscience et son talent habituels. Son nouvel effort ne devait pu être, hélas ! de longue durée. Jeanne Brémontier, dont la santé, en ces dernières années, s'était gravement altérée, est morte subitement mardi dernier, près de Grenoble où elle était allée prendre un peu de repos avant de travailler à l'ouvrage qu'elle voulait écrire sur le sculpteur Tolstoï, pour le talent duquel elle professait une grande admiration.

La femme qui comptait tant d'amis n'a eu, hier pour suprême cortège, qu'une vingtaine de personnes !

Absente de Paris, et n'ayant point été personnellement avisée, je n'ai appris que par une note que trois journaux ont publiée la mort de Jeanne Brémontier, à laquelle je n'ai pu rendre les derniers devoirs au nom de La Fronde et au nom d'une vieille et sincère amitié.

J'en ressens un profond chagrin.

MARGUERITE DURAND

 Un article de Jeanne Brémontier

 Serrures Artistiques

 Le palais de l'Elysée va être doté de nouvelles serrures, ou pour être plus juste, ces serrures vont recevoir de nouveaux motifs de décoration, car on a soigneusement conservé les anciens modèles, et on s'est contenté de remplacer les aigles au ailes déployées et les N qui avaient été rajoutés sous le Second Empire.

C’est le maître graveur Louis Bottée qui a été chargé de ce travail délicat et qui s’en est d'ailleurs fort bien acquitté.

Nous avons pu voir dans son atelier les maquettes des nouvelles serrures qui seront d’un très joli effet.

Il y a trois modèles différents : deux profils de la République coiffée du bonnet phrygien et couronnée de laurier et un coq gaulois chantant sur le faisceau  de… . Ces trois sujets sont encadrés de très fines branches d’olivier et chêne er de raies de cœur.

 « Je viens, nous dit M. Bottée, d'envoyer les dernières serrures à M. Chance ! l’architecte de l'Elysée ; le président revient aujourd'hui et il faut que lundi tout soit en place. C'était un travail considérable car j’avais plus de cent cinquante serrures à exécuter, et une fois fait mon travail de composition, il me restait encore à m'occuper de la ciselure, ce qui n'était pas une mince affaire.

Il s'agissait de respecter l'ensemble artistique du palais et je me suis efforcé d'exprimer par mes trois types de serrures la fusion des styles fin dix-huitième siècle et Empire que l'on voit à l'Elysée. »

Il nous semble que l'artiste y a réussi et nous nous retirons non sans avoir admiré les délicats ouvrages d'orfèvrerie que M. Bottée prépare pour la prochain Salon et sans avoir constaté avec plaisir que les médaillons destinés à la décoration du foyer de l'Opéra-Comique vont être incessamment terminés.

JEANNE BRÉMONTIER.