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 En ce 9 octobre, à Montauban, Leonardo Padura a eu 64 ans et pour mieux s’en souvenir le véhicule le transportant a crevé en route.

Donc avec 30 minutes de retard il a pu nous informer que l’homme qu’il connaît le mieux avait ce même jour, 65 ans ! Un double anniversaire !

La rencontre a permis de retrouver l’écrivain cubain égal à lui-même qui présentait son dernier roman, La Transparence du temps.

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Le temps ?

Il a une conception circulaire du temps ce qui explique l’actualité de textes même très ancien comme la Bible ou Sophocle. Il relit beaucoup Œdipe-Roi ou de Cervantès Le colloque des chiens. Pourquoi cette permanence ? L’amour, la haine, la solidarité, tant de faits qui traversent toute l’humanité !

Ceci étant s’il utilise l’histoire dans sa littérature il le fait pour répondre aux questions du présent et aux questions les plus personnelles. L’histoire nous amène à nous comprendre nous-mêmes ! Il se tourne vers le passé pour être au cœur du présent.

Cuba ?

Padura tient à se distinguer à la fois des opposants classiques de Cuba qui pour dénoncer le pays racontent des mensonges et du pouvoir lui-même qui n’affronte pas ses propres difficultés.

Il donnera plusieurs exemples mais le plus décisif concerne l’augmentation des inégalités qui est nié et pourtant si présente ! Au cours des années 70, à l’Université, tous les étudiants étaient égaux par leur pauvreté commune. Aujourd’hui les enfants de castes nouvelles bénéficient mieux de l’université que les enfants des milieux pauvres.

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Cuba est donc une société particulière qu’il faut traiter comme telle.

Cuba n’est pas un pays violent : s’il y a des consommateurs de drogues il n’y a pas de pouvoir du narcotrafic capable de déstabiliser un pays.

De l’histoire à la géographie

Avec son héros qu’il connaît mieux que son épouse, Mario Conde, c’est le moyen de balayer un paysage, des lieux qui sont décisifs. Encore une raison pour lui de rester à Cuba même s’il y paie son indépendance d’esprit. Pas de présence dans les médias, pas d’entretiens et parfois ses livres circulent mal mais les lieux qui forment Cuba c’est aussi sa raison d’écrire.

La littérature ?

La littérature est une convention entre l’auteur et le lecteur. L’auteur utilise le mensonge pour dire la réalité et le lecteur sait qu’il y a un mensonge mais y trouve la réalité, parfois sa propre réalité. Comme ceux qui respectent les règles du jeu sur un terrain de foot. Ceux qui ont hors-jeu sont sanctionnés à juste titre. Padura n’aime pas être hors jeu, il raconte ce qu’il vit. Donc dans ce paysage autour de lui, il sait que la « dilation » des inégalités, ce sont les pauvres venus de l’orient à la Havane et qui en plus sont souvent noirs ! Il respecte le lecteur. Bref, Marco Conde est membre d’une tribu et c’est ça qui est encore beau à Cuba.

L’exemple du yaourt

Pour déjeuner le matin Padura prend du café et un yaourt sauf que parfois il n’y a pas de yaourt. En franc le lien entre l’acheteur et le yaourt est financier. A Cuba on peut avoir les finances mais il n’y a pas de yaourt. Donc comme il voyage beaucoup il est devenu un important trafiquant de yaourt.

Il a donné un autre exemple. Il a besoin de médicaments contre l’hypertension et une fois il n’y en avait plus or il devait prendre un avion pour le Brésil. Quelqu’un lui a offert quelques doses et en échange il n’a pas demandé de l’argent mais qu’il lui rapporte du bon café du Brésil.

Voilà comment la pénurie conduit à la solidarité. C’est pendant la période noire qu’avec les amis il a le plus mangé et le plus bu à un moment où il y avait si peu à manger et si peu à boire !

 

Sans la révolution que serait-il devenu ?

Au départ Padura a tenu à préciser que dans l’histoire circulaire les hommes croient faire l’histoire quand souvent c’est l’histoire qui les fait. Par rapport à son métier, il précise qu’à ce jour il ne sait pas pourquoi il est écrivain.

Au départ il étudiait et dès qu’il le pouvait il jouait au base-ball. Il s’est aperçu que le base-ball ne lui permettrait pas de vivre alors il s’est lancé dans l’étude de la littérature, au grand désespoir de ses parents. Et là il a découvert des jeunes qui écrivaient alors le réflexe du sportif en quête de performance, il a considéré que comme un défi, il allait lui aussi se mettre à écrire. Et voilà comment s’il n’est pas devenu un grand auteur de sa génération il est devenu le plus discipliné et le plus travailleur !

Mario Conde un désabusé ?

Encore en revenir à Cuba. Conde alcoolique ? Non, il aime le rhum ! Ses romans témoignent d’une sensualité à la cubaine.

De l’optimisme ou du pessimisme face à l’avenir ?

Cuba a de graves difficultés qui proviennent de deux sources : le système économique qui n’est ni productif ni efficace, et les sanctions américaines. Pour que les USA changent de politique il faudrait un miracle, par contre Cuba peut réaliser un miracle : changer son système économique. Donner plus de marges aux petites entreprises privées aux coopératives privées, c’est une des solutions que des tas d’économistes répètent à des pouvoirs sourds. Si la surdité continue, les jeunes les mieux formés quittent le pays et c’est une perte immense.

En conséquence Padura est optimiste le lundi, le mercredi et le vendredi. Le mardi, le jeudi et le samedi il est pessimiste et le dimanche il se repose ! J-P Damaggio