La fidélité n’est pas forcément un choix, peut-être juste un accident.

La fidélité n’est pas une gloire peut-être juste une lâcheté.

Dans tous les cas la fidélité a été transformée par le marxisme.

Du fidèle à une religion qui fait de la notion une soumission, l’homme a pu devenir fidèle à une révolution historique.

Padura a-t-il, involontairement ou volontairement, copié Montalban ? Ou la lutte des classes internationale peut-elle conduire inévitablement à des comportements similaires suivant un déterminisme social ?

Par quelle fidélité commencer ?

Fidèle à ses parents c’est-à-dire accepter la condition qui va permettre de leur échapper pour mieux les célébrer ! Quand Padura et Montalban se sont lancés dans des études littéraires, ils ont suscité la désapprobation familiale ! Dans les deux cas ils ont déplacé le sens du mot «utile», pour leur prouver à eux, les parents, que ce qu’ils appelaient l’inutile pouvait se changer en fidélité à ce que, eux les parents, appelaient l’utile ! Hier, la fidélité aux parents n’était rien d’autre qu’une soumission aussi la posture révolutionnaire supposait de couper les ponts. Mais aujourd’hui, la même fidélité peut se comprendre comme une construction de ponts ! Non pas un pont entre générations mais un pont entre désirs de vivre. Le fidèle de toutes les églises ne vit pas, si bien que certains s’imaginent qu’en devenant infidèles ils s’épanouissent.

Donc la fidélité à un quartier !

La Havane ne s’est pas transformé autant que Barcelone aussi la fidélité des deux écrivains à leur quartier a des formes différentes. Montalban a fini par quitter el Barrio Chino pour un quartier de la bonne bourgeoisie. Mais son héros n’a pas pu déménager. Padura est toujours installé dans le sud de la ville et quand ils vont au centre-ville, les habitants de son quartier disent qu’ils vont à La Havane. Le quartier n’est pas seulement une géographie physique mais surtout une géographie humaine. Et le Padura d’aujourd’hui peut se flatter d’être toujours en contact avec ses amis d’hier qui parfois sont partis un peu partout dans le monde. Mario Conde et Pepe Carvalho sont frères.

La fidélité à une femme

Une fois de plus, dans le monde où nous vivons, cette fidélité porte en elle un côté réactionnaire, celui de la soumission. Les deux hommes vivent avec la même compagne depuis le début, depuis leurs débuts. J’ai entendu Padura préciser qu’il n’avait eu dans sa vie d’expériences extraconjugales qu’avec ses héroïnes de littérature ou peut-être avec celles d’autres romans que les siens. Peut-être une différence : Montalban a eu un enfant et je ne sais pas trop pour Padura.

La fidélité à la révolution

Le gamin Manolo a vécu la mort d’un espoir révolutionnaire et le gamin Leo a vécu la naissance d’un espoir révolutionnaire. Il est étrange, avec un point de départ aussi opposé qu’ils en soient arrivés au même stade ! Mais de quelle révolution s’agit-il ? Celle capable de s’opposer, à partir de ses propres forces, à la contre-révolution en marche depuis 1945. Il aurait été insensé de croire que vu les conquêtes du socialisme de 1848 à 1939 le capitalisme allait continuer les deux pieds dans le même sabot. La classe dominante a été la première à se bouleverser depuis 1945 pendant que la classe dominée pensait pouvoir vivre sur le capital accumulé.

La fidélité à la littérature

Peut-être s’agit-il là d’une fidélité classique chez tout écrivain ? Pourtant le Cubain comme le Catalan ont fortement exploré d’autres écritures comme celle d’essais, d’articles de presse ou de scénarios. Sur tous les plans il existe pourtant, à ma connaissance, un écart majeur : la poésie. Alor que la poésie charpente l’œuvre de Manolo elle semble absente chez Leonardo (je ne parle pas du style poétique des deux qui est si puissant). Existe-t-il un seul poème de Padura ? J-P Damaggio

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