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C’est à cause d’une journaliste nommée Delphine Peras qui écrivait alors dans L'EDJ en date du 18 AU 24 JUIN 1998. L’EDJ c’était l’Evènement du Jeudi qui est ensuite devenu Marianne.

Née en 1967, Delpine Peras maîtrise de lettres modernes à la Sorbonne, DESS à l'Institut français de presse (IFP), après avoir travaillé à L'Evénement du jeudi est passée à Telerama, à L'Optimum, à France Soir, à Lire, à RTL ("Les livres ont la parole" avec Bernard Lehut). Actuellement journaliste à L'Express et elle utilise Mafalda comme référence à ses articles.. Le Figaro est oublié dans la liste à moins que le passage n’y fut que le temps d’un éclair. Elle tient aussi chronique sur France culture.

Voici son écrit en 1998 qui me poussa à acheter le livre, et je note en passant que, comme pour Montalban, c’est un prix en Espagne qui a permis à Padura de franchir les Pyrénées de la traduction. Sa lecture attentive lui a permis de ne pas passer à côté de l’écrivain cubain au cœur de l’histoire mais si peu directement nommé : Virgilio Piñera. J-P Damaggio

 Cuba les masques

Sa voix tranquille et son visage de pâtre yoruba ne doivent pas faire illusion : Leonardo Padura Fuentes est un authentique guérillero de la culture cubaine. Avec sa seule plume en guise de battle-dress, il tient d'autant mieux le maquis qu'il n'a pas cédé aux sirènes d'ailleurs. Hemingway et Salinger restent ses auteurs cultes mais Cuba, Leo l'a haut dans le cœur: «Même si mon pays ne doit devenir qu'un pays d'ouvriers et de putes, j'y resterai.»

Né à La Havane voilà quarante-deux ans, ce licencié ès lettres hispano-américaines y vit donc toujours et goûte enfin le pain blanc de la reconnaissance. Même si elle n'absout pas les tracas passés du critique littéraire et de l'essayiste qu'il fut — le temps d'un hommage au maître Alejo Carpentier — sous un castrisme autrement plus chatouilleux qu'aujourd'hui. Pas revanchard, Padura poursuit pourtant de plus belle sa vocation de vengeur démasquant, en mission parfaitement accomplie dans Electre à La Havane (1). Avec ce troisième roman — le premier à paraître en français —, il signe un polar peu orthodoxe et révélateur d'une réalité qui ne figure pas dans les dépliants de Cubatours : la fameuse «double morale» ou la dissimulation érigée en principe de survie. «Pour s'intégrer socialement, beaucoup de gens ici ont besoin de travestir leur façon d'être et de penser. Ce fut longtemps le cas des croyants, qui devaient afficher un athéisme de rigueur. Et plus encore celui des homosexuels, discriminés par les instances officielles mais également au sein de leur propre famille.» Et Padura de lancer son héros «hétérosexuel macho stalinien» de flic Mario Conde, sur la piste d'« un pédé étranglé et retrouvé avec deux pièces de monnaie dans le cul », écrit-il. La grivoiserie vaut attaque : dynamiter «la vision encore très machiste du sexe chez les Cubains, hommes et femmes confondus». Et revenir sur une époque de forte répression culturelle dont les premières victimes furent les artistes. A commencer par le dramaturge Virgilio Piñera, homo déclaré qui s'est vu écarté de la scène publique et interdit de publication huit ans avant son décès, en 1978. Padura lui rend hommage, tout en disséquant avec une érudition captivante les avatars du travestissement jusque sous la guayabera apparemment immaculée du haut fonctionnaire Faustino Arayàn. Verdict : la bite ne fait pas l'homme. Pas plus que le polar ne fait le bouffon manichéen, c'est tout le charme de cet opus qui, in fine, porte l'estocade à tout le monde. Salutaire. «Je n'aurais pas pu écrire ce genre de choses il y a quelques années. La situation s'améliore», conclut l'écrivain. Si le gouvernement cubain a mis de l'eau dans son rhum, Padura n'a pas dilué son talent frondeur. DELPHINE PERAS

 (1) Traduit de l'espagnol (Cuba) par Mara Hernandez et René Solis, éd. Métailié, 231p., 115 F.

Deux autres articles de Delphine Peras sur Le Figaro et l'Express au sujet de Padura.

Delphine_Peras_et_Leonardo_Padura