lula-padura

Ils se sont mis à deux pour étudier les rapports entre Montalbán et Padura : Àlex Martín Escribà et Javier Sánchez Zapatero.

Le polar cher à Montalbán proviendrait de la mort de Franco et celui cher à Padura de l’époque spéciale à Cuba quand en 1989 s’effondre l’URSS.

Le sous-bassement de cette apparition tiendrait au travail journalistique que les deux ont accompli avant ce saut littéraire.

Pour Padura il y a eu sa contribution à Juventud Rebelde à La Gaceta de Cuba et à El Caimán Barbudo. Pour Montalbán, sa colonne vertébrale est Triunfo mais aussi tant d’autres publications. Et observons que le journalisme n’a pas été seulement un sous-bassement puisqu’il persiste aux côtés de l’œuvre littéraire.

Pepe et Mario sont donc là pour saisir l’évolution historique du pays sous l’œil du scepticisme.

Et pour ce lien les auteurs évoquent un entretien où Padura parlait “d’actualiser le roman noir cubain, de le mettre à jour de la situation, de la même manière que l’avait fait Montalbán en Espagne.»

Les faits étant établis (et leurs relations amicales avec) ils donnent des exemples :

-         Le bon vivre : Pepe et Mario sont des gourmets (à base de cuisine traditionnelle) et amateurs d’alcools choisis : le rhum est beaucoup plus présent chez l’un que chez l’autre.

-         La fatigue que Montalbán appelle fatigue démocratique et qui provient du désenchantement.

-         Le rapport aux femmes et leur tendance à devenir de plus ne plus sentimentaux.

-         Le lien avec Chandler et Dashiell Hammett

-         La place de chanson du boléro à la chanson catalane

 

Le cadre historique de Padura est un peu postérieur à celui de Montalbán (l’un est né en 1939 et l’autre seize ans après en 1955).

Ceci étant je suis resté sur ma faim à la lecture de ce texte.

Quand on étudie les rapports entre Sciascia et Montalbán il est facile de saisir comme un va-et-vient entre deux démarches.

Il me semble que ce même va-et-vient existe entre Montalbán et Padura. Vu les conditions cubaines, Padura est habité par la curiosité : pour chaque roman il part à l’aventure dans le sens où il ne sait rien au départ.

Quand Montalbán écrit par exemple Sabotage olympique et tant d’autres livres, il sait par avance le drame auquel il s’affronte.

Padura révèle un fait inconnu de tous (voire même nié), Montalbán démonte un fait connu de tous ! D’où le fait que Mario Conde est d’abord un flic en quête de vérité sociale alors que Pepe est un détective en quête de recettes personnelles pour vivre. Et à la fin il y a ce rapport aux livres, cette double fascination pour les livres : Mario devient libraire (même marginal il reste un personnage social) quand Pepe brûle les livres (il est asocial).

Padura l’explique souvent : la société cubaine oblige à vivre (pour survivre) en tribu, la société catalane conduit à la solitude (la toute petite tribu autour de Pepe se disloque au fil des histoires).

Bref, ils utilisent les mêmes ficelles pour tisser des œuvres très différentes. Et le colloque populaire auquel je rêve devrait permettre de saisir ce va-et-vient d’une société dite socialiste à une société dite capitaliste.

JP Damaggio