el chapo

Quelques secondes à la radio me renvoient vers le Mexique et plus précisément vers l’Etat du Sinaloa. Pas parce que les mafieux ont rappelé qu’ils faisaient la loi, mais parce qu’il s’agit d’une question politique majeure pour AMLO.

Tout commence par l’arrestation del Chapo en janvier 2016, un chef mafieux aussitôt extradé aux USA pour éviter toute nouvelle évasion.

Depuis Pablo Escobar mort en 1993, on n’avait pas vu un tel personnage derrière les barreaux ! Avec une mutation de nos sociétés, preuve que nous sommes au cœur du politique : Escobar prétendait lutter contre le système, El Chapo EST le système ! Grâce à la corruption, les narcos se sont mis à disposer d’un accès privilégié jusqu’au sommet de l’état mexicain. Au cours des années 2000, le grand patron de la lutte antidrogue, Noé Ramirez, travaillait secrètement pour le cartel de Sinaloa et il était payé grassement (450 000 dollars par mois !).

El Chapo est un mélange de gangster, de PDG de multinationale, de terroriste et de vedette rock. Une série télé l’a pris pour héros. Sa jeune épouse attire tous les regards. Mais voilà cette fois El Chapo ne pourra pas faire un tunnel de plus d’un kilomètre pour s’échapper de la prison. Sur la photo il apparaît comme un homme ordinaire, trapu certes comme l’indique son surnom, mais surtout ordinaire dans ses vêtements, son allure. Les deux hommes qui l’encadrent symbolisent eux la célèbre DEA des USA.

Le procès de trois mois qui l’a condamné à la perpétuité en juillet a désigné ses deux fils comme nouvelles figures à abattre, mais sans le dire publiquement jusqu'à ses derniers jours pour faciliter leur capture.

AMLO a décidé de doter le pays d’un corps de police exemplaire, la Garde nationale, et c’est au cours d’un banal contrôle de police qu’ils sont tombés sur un des fils ! Depuis plusieurs mois, sur les réseaux sociaux, ce dernier n’hésitait pas à afficher sa belle vie et à défier la police en publiant même sa photo.

Le Cartel de Sinaloa est la seconde organisation du crime organisé au Mexique derrière le Cartel Jalisco Nouvelle Génération, autant dire qu’avec la disparation du chef la lutte allait être dure pour la succession. Les deux fils d’un côté mais aussi le frère de l’autre, Aureliano Guzmán Loera, El Guano ! De plus il existe un autre groupe plus petit.

C’est dans ce contexte que la banale ronde policière est donc tombée sur El Chapito et l’arrête avec trois autres personnes. Dès que la nouvelle est arrivée aux oreilles des truands leur réaction a été sans précédent. Intervention armée (avec des armes supérieures à la police) à la prison pour y libérer des détenus. Dans les rues, en mettant le feu à plusieurs véhicules. Devant le commissariat pour libérer leur chef. Sous l’effet de cette action El Chapito s’est trouvé libre sans qu’on sache réellement si la police a préféré le libérer pour arrêter la guerre en cours, ou s’il a été directement libéré par les « insurgés » !

Dans tous les cas, ce camouflet pour les autorités est sans doute un tournant dans la gestion politique d’AMLO qui depuis le début minimise la question en laissant entendre qu’une entente est possible avec les Cartels pour calmer les assassinats. L’ancien président Vicente Fox n’hésite pas à ridiculiser le président actuel. Par chance cette journée dramatique n’a pas fait de morts, seulement des blessés surtout parmi les forces de police. Mais le signal symbolique qui est donné est totalement alarmant. Du moins c’est mon sentiment. J-P Damaggio