dessin barèges

Toute élection municipale se déroule sur deux axes : le rapport entre pouvoir localeet national d’une part, et le bilan réel du sortant de l’autre. Pour le dire autrement, depuis longtemps les municipales servent aussi à remettre en cause le pouvoir national.

Brigitte Barèges est arrivée au pouvoir en 2001 au moment où le PS national et local ne cessaient de répéter : notre bilan est bon. Un discours conforté à Montauban par le fait que la candidate de la droite était une femme totalement inexpérimentée et sans appui des ténors de son parti, face à une gauche totalement unie, fortement expérimentée et donc sûre de gagner ! La défaite fut amère mais la consolation est venue aussitôt : elle ne tiendra pas un an ! La sous-estimation chronique de ses capacités est devenue le talon d’Achille de ses opposants.

D’autant qu’en 2008 la situation étant inversée puisque la droite était au pouvoir ! Pour gagner Brigitte Barèges se devait de surmonter deux obstacles : son bilan, et celui de Sarkozy.

Elle a gagné de justesse, tellement de justesse (moins de 200 voix d’écart) que certains ont pensé que la victoire avait été volée à la gauche alors que l’erreur de transmission des résultats était claire. Cette fois là, elle n’a pas eu besoin de récupérer les voix du FN comme en 2001 puisque ce parti, affaibli nationalement après la présidentielle de 2007 n’a pas présenté de liste.

La désunion du premier tour à gauche n’a pas été un facteur négatif bien au contraire : la liste Montauban Citoyenne a passé la barre des 10% quand le PCF qui s’en voulait l’âme pesait moins de 2% ! Une part de cet électorat a été mobilisé qui a pu se reporter sur la gauche au second tour. Montauban citoyenne a été la préfiguration du Front de Gauche. La liste Larroque avec 6% pesait ce que pèse depuis longtemps toute tentative centriste ce qui a dissuadé depuis longtemps le PRG de faire cavalier seul. Il y a là un point crucial à comprendre : Montauban est plutôt une ville marquée par le face à face droite-gauche que par la domination du ventre mou centriste (comme Moissac). Bref, en 2008 la gauche avait tous les atouts dans son jeu et pourtant elle a perdu. Son échec a tenu à une sous-estimation du bilan, sous-estimation renforcée par la stratégie de Barèges qui aime se donner un visage  d’extrémiste quand dans les faits elle assure sa fonction de gestionnaire.

Car nous revenons au point de départ : les municipales se jouent sur le bilan mais aussi sur le rapport à l’image globale, deux faits qui peuvent être contradictoires.

En 2014 voilà que l’’espoir revient à gauche sans pour autant tirer la moindre leçon du passé ! L’espoir revient car cette fois le FN peut sauver la gauche dans le cadre d’une triangulaire ! En effet le FN a été remis en selle et va couvrir largement le secteur extrême-droite à Montauban. En réalisant 11% et même 10% au second tour le FN s’installe largement dans le paysage municipal ce qui en retour démontre que Brigitte Barèges n’est pas autant extrême-droite que la gauche ne cesse de le répéter. La stratégie Montauban citoyenne est validée puisqu’elle passe à 11% au premier tour. Mais la gauche officielle est laminée avec moins de 30%, payant une fois de plus la politique désastreuse de son cher président, Hollande ! La présidence Hollande n’a pas été le seul atout de la victoire de Barèges mais il a joué son rôle classique.

Donc en 2020 nous sommes dans un contexte pour une part radicalement différent. Le pouvoir national n’a pas de sortant à Montauban et il ne peut espérer un large soutien vu ses résultats. Donc une liste Margadan peut rêver un score à 10% mais guère plus. Le 6% de centristes plus une petite part de gauche ou de droite. Barèges l’a compris dès le départ et sa ligne n’a pas eu besoin de changer : la droite locale est clairement à droite. Avant elle, cette droite effrayée par le pouvoir de La Dépêche et du PRG tentait de jouer la carte centriste et ce fut son erreur.

En conséquence, la crainte majeure de Barèges, c’est le score du Front national. Non qu’il puisse lui prendre sa place mais il peut capter une part significative de son électorat malgré les positions prises de Barèges pour éviter cette situation et vu l’échec de son parti en 2017 confirmée par son échec aux législatives où son candidat Thierry Deville n’a pas pu participer au second tour ! Son score de 9% doit hanter les nuits de Brigitte Barèges et d’ailleurs Thierry Deville semble avoir disparu de la vie politique. Il était le pire choix : un homme venu du centre (du PRG) pour représenter la droite ! Bref, elle a préféré la victoire du PS à celle de Margadan pour LREM !

En 2020 l’élection se jouera pour une part plus large que jamais sur le bilan de Brigitte Barèges. Or il n’est pas aussi mauvais que le chante la gauche et j’entends d’ici les cris d’indignation à la lecture de cette phrase ! Reconnaître ses réalisations positives ne signifie en aucun cas valider ses positions sociétales d’extrême-droite. Simplement à la présenter comme le diable en personne on ne peut convaincre que les convaincus ! Or elle a su écouter la population bien mieux que d’autres ! Elle avait eu envie d’installe face à la poste un espace culturel Leclerc et elle a reculé. Elle avait eu envie de modifier profondément le bord du Tarn côté Villebourbon et elle a reculé. Par ailleurs elle a à son actif des réalisations comme le pont de l’avenir, le parking de la gare, la médiathèque, le déplacement du marché du samedi, l’aménagement de la Place Lalaque pour le marché du mercredi, l’installation de la nouvelle piscine. Il faut combattre sa politique sociale, ses rapports avec les syndicats, la réduction du tissu associatif. Dans les deux cas je ne cherche pas à être exhaustif mais son bilan mérite le débat. D’ailleurs à l’intercommunalité, point crucial, ne gère-t-elle pas avec des membres de la dite gauche qui sur le plan municipal en fait un monstre en chair et en os ? Michel Weil n’est-il pas le quatrième vice-président, lui qui siège au Conseil départemental dans le rang du PRG ? Marc Bourdoncle n’est-il pas un homme de gauche connu ? Francis Labruyère, autre vice-président qui dirige depuis si longtemps l’association des maires est-il connu pour ses engagements à droite ?

Plutôt que de répéter qu’il faut battre Barèges, comme d’autres en 2017 invitèrent à battre Le Pen, que chacun développe son propre programme et qu’ensuite les électeurs et électrices (ou ce qu’il en reste) choisisse le programme de leur choix plutôt que de les inviter à voter par défaut. Et l’idée de proposer des ateliers pour bâtir ce programme n’est qu’un leurre quand chacun sait que les décisions se prennent dans les couloirs classiques des partis classiques. A suivre. J-P Damaggio

P.S. Le dessin de Jean Brun est ancien....