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Ce matin, sur France Inter François Ruffin était interrogé à propos de la sortie de son livre.

Pour moi, la question du bonheur en politique est une vieille question puisqu’en 1990 je lançais un journal du nom de Vivre et Lutter avec en sous-titre : Pour une idée neuve du bonheur.

Une façon de dire que si en 1793 le bonheur était une idée neuve en Europe selon Saint-Just, en 1990 il était temps de sortir de cette logique qui d’ailleurs avait l’inconvénient d’en nier l’existence. A ce moment là, j’ai souvent entendu que le bonheur n’était qu’une question personnelle, et qu’en fait il n’existait pas !

Donc un député qui titre sur le bonheur ça me plaît mais pas avec l’idée qu’il serait quelque part. Et d’ailleurs tout au long de l’entretien François Ruffin a justement rappelé que le bonheur n’est pas dans les petites gestes mais dans des lois nouvelles pour, après l’Etat social, découvrir l’Etat écologique. Des petits gestes qui ne sont pas inutiles s’ils sont reliés à un combat général.

Donc le bonheur c’est pour lui dans la constitution de liens sociaux nouveaux capables de changer le système qui va dans le mur.

Mais pourquoi cette idée généreuse ne suscite-t-elle pas un enthousiasme populaire qui pourrait apparaître au moment des élections ? Là est le gros problème ! Le bonheur, c’est exactement ce que des milliers de gens sont allés chercher sur les ronds-points mais pourquoi, ensuite LFI prend une baffe aux élections ? (dont les autres partis de gauche ne bénéficient pas sauf EELV pour le cas où Jadot serait de gauche).

Il en appelle à un nouveau Front populaire comme d’autres en appellent à un retour du programme du CNR. Mais justement, ces aventures là n’ont pas réussi globalement mais seulement partiellement. C’est d’ailleurs parce qu’elles n’ont pas réussi globalement que même les victoires partielles sont remises en cause depuis les années 1990.

Le cœur du sujet touche au système économique alternatif à proposer. Je suis d’accord avec lui pour dire que si les pouvoirs restent entre les mêmes mains des multinationales la planète va dans le mur, mais si elles sont dans les mains de leurs adversaires que vont-ils faire ? La stratégie du communisme a échoué. La stratégie de la social-démocratie a échoué. Toute la réponse tient dans le programme l’Avenir en commun ? Depuis 2017 nous avons découvert que ce programme généreux était fait aussi de milles ambigüités.

Et vu l’actualité il était naturel qu’on lui demande s’il participerait à la manif du 10 novembre contre l’islamophobie puisqu’avec les députés LFI il est un des signataires de l’appel. Il a répondu deux choses : une qu’il a signé sans savoir (je schématise) et deux que le 10 novembre il a un match de foot avec ses copains. Puis, prenant la tangente il a répondu sentimentalement qu’il ne voulait pas qu’on fasse du mal à sa gentille voisine voilée.

Est-ce que le programme l’Avenir en commun indiquait que le mot islamophobie était digne d’emploi ?

Quand on regarde la liste des signataires de ce texte on découvre que Clémentine Autain y est avec le groupe LFI mais aussi à titre individuel. Nous pouvons sans peine imaginer que Clémentine Autain soit signataire, avec ou sans le groupe, puisque l’appel rejoint ses idées (comme celles de Danielle Obono). Jusque là je n’ai rien à dire. Le problème c’est qu’il n’y a pas de débat public sur ce point, au nom de l’unité indispensable du groupe de députés LFI. En conséquence les décisions se prennent n’importe comment. Et c’est là que je retombe sur le rêve de bonheur de François Ruffin : trop d’hommes de gauche ont trahi la gauche ces dernières années, soit par lâcheté, soit par électoralisme, soit par ignorance mais toujours par l’effet d’un groupe dirigeant replié sur des schémas ridicules. François Ruffin dans un livre précédent s’est adressé à Macron en lui parlant de ce pays qu’il ne connaissait pas. Il est bien placé pour savoir qu’au moment du lancement de la bataille des gilets jaunes, certains de ses amis députés LFI ont révélé que ce pays, ils ne le connaissaient pas ! J-P Damaggio