Carte_presse_Patriote Maurières

J’ai beaucoup travaillé avec Marcel Maurières de 1979 à 1986. On se voyait environ tous les quinze jours pour étudier l’histoire du PCF. En décembre 1920 il y avait le centenaire de ce parti et une très belle exposition a été réalisée. Pour moi à ce moment-là bien que venant d’une famille communiste, et communiste depuis dix ans, je pensais que dans ce petit département le PCF était né seulement avec la Résistance, en conséquence découvrir qu’à Montauban en 1920 il y avait quatre conseillers municipaux communistes, c’était comme une révélation. Mais l’œuvre plus décisive fut justement l’étude du PCF dans la Résistance en Tarn-et-Garonne.

Par la suite je le croiserai cent fois aux Archives départementales car il fut le pilier d’une autre œuvre révélatrice : 800 auteurs dix siècles d’écriture en Tarn-et-Garonne. Son sens de l’histoire locale n’était cependant en rien une façon de glorifier la «petite patrie», mais tout au contraire une façon de sortir de la petite patrie pour mieux accéder à la compréhension du monde, ce que m’avait appris Monsieur Ombray, le vieux professeur d’histoire de l’Ecole normale. Bref, là n’est pas la question du jour puisque le titre l’indique je souhaite seulement évoquer ses propres origines.

Au cours de nos nombreuses séances de travail jamais nous n’avons parlé de ces origines. Je savais qu’il était natif de Castelsarrasin et point à la ligne. J’avais bien noté qu’au cours des rencontres organisées à la Fédération du PCF, où il y avait exceptionnellement les frères Guiche, Marcel et Gabriel, apparaissait un lien de fraternité original mais rien de plus.

Les hasards de la vie viennent de me mettre en contact, par un de ses fils, avec ses «mémoires» que j’aurais dû lire il y a plus de dix ans !

A présent je me prépare à étudier cet univers castelsarrasinois qui fut celui de Marcel de 1924 à 1940. Fils d’un métayer il a commencé par vivre la vie des métayers (le grand-père paternel a bien été sabotier un temps mais surtout maître-valet). Grâce au témoignage de Gérard Tartanac dont j'ai contribué à la publication avec André Dupuy, j’ai pu mesurer ce qu’était, au même moment, la vie terrible du métayer. J’en connaissais un bout vu que j’ai eu des cousins dont les parents étaient métayers. Mais si le point le plus grave c’était l’exploitation dont ils étaient victimes, il y avait plus crucial ! Tartanac évoque son père métayer qui avait fait pousser une belle vigne et au moment de la récolte, la famille a dû partir ! Difficile d’imaginer le déchirement ! En conséquence j’ai toujours souffert quand j’ai pu entendre que les paysans devenaient propriétaires par goût pour l’accumulation alors qu’il s’est TOUJOURS agi d’un goût pour la liberté ! Etre maître chez soi ! Et le père de Marcel comme celui de Tartanac purent à force de trimer devenir propriétaire même si pour le père de Marcel cela l’a conduit à faire plusieurs boulots.

Après le développement de ce point de manière plus précise, je vais pouvoir continuer d’étudier le système éducatif de l’époque. Là aussi, c’est le hasard qui fait que venant d’étudier cette question d’un point de vue général, j’ai pu entrer enfin plus clairement dans cette structure née en 1833 et morte en 1940 appelée E.P.S. Existe-t-il quelque part une étude sur les E.P.S. ? Comprenez Ecole Primaire Supérieure. Il se trouve qu’un autre personnage marquant du secteur est aussi passé par l’E.P.S. de Castelsarrasin en même temps que Marcel et a écrit quelques lignes sur le sujet dans ses mémoires (Paul Ardouin).

Comme dans bien des endroits de Castelsarrasin une belle plaque a été mise devant l’ancien collège de la ville où il est dit qu’en 1833 ce collège s’est doté d’une école primaire sauf qu’il manque le mot «supérieure», fait qui ne m’aurait pas surpris il y a un an seulement, mais qui me gêne aujourd’hui. Bien sûr que dans les collèges d’hier devenus lycées ensuite il y avait une école primaire, mais pourquoi des écoles primaires supérieures ?

Voilà, c’est à partir de ces deux axes, la vie des  champs et la vie scolaire que le petit Marcel s’est construit sa personnalité.

Il faut en ajouter un troisième : la famille de son épouse donc le monde des artisans et plus particulièrement celui du forgeron. Quand j’habitais Monclar il existait encore un vestige de ces temps anciens : le forgeron en face du garagiste.

La boutique du forgeron, comme celle du cordonnier, a toujours été le lieu du débat social. Des habitants y venaient pour bien sûr bénéficier du travail fondamental du forgeron, mais certains y venaient aussi juste pour discuter. Et Guillaume Chauderon était lui aussi une personnalité surprenante.

Quand Marcel se marie en 1947 c’est donc avec une Castelsarrasinoise.

Mais alors les rapports avec l’Usine, avec la clase ouvrière de l’usine Sainte-Marguerite ?

Pour qui veut en avoir un peu plus sur ce personnage je renvoie à la belle présentation réalisée sur Wikipédia d’où je reprends une des photos présentées. J-P Damaggio

P.S. Il fut aussi mon inspecteur primaire ce qui m'a permis d'admirer le personnage dans toutes ses facettes. Je me suis même abonné un temps à la Revue qu'il avait contribué à réaliser dans sa chère ville de Bolbec !