Depuis des décennies Martelli étudie à la loupe la vie électorale de la France et pendant tout un temps j’ai apprécié ses analyses sauf qu’en tant que conseiller des dirigeants communistes elles n’ont servi à rien pour empêcher la dégringolade électorale de son parti. Il a donc ensuite était critique vis à vis de la direction, puis dissident, puis opposant. Il est devenu le conseiller de Clémentine Autain.

Il vint d’étudier un sondage dont il nous prévient que c’est une photographie un peu floue de la réalité.

Le hasard a voulu que je le mentionne de manière anecdotique dans un de mes articles car s’il est flou, il est surtout une manipulation politique visant à nous convaincre qu’il n’y a rien à espérer en 2022, si ce n’est un nouveau second tour Le Pen / Macron. Et je n’ai nullement besoin d’un sondage pour dire qu’au second tour nous aurions 55% contre 45% !

 Pourquoi une manipulation ?

1 ) Si pour la droite il y a plusieurs hypothèses, pour le PS il n’y en a qu’une, Olivier Faure dont il n’a jamais été question qu’il soit candidat. Or les sondeurs en question savent très bien qu’au moins deux personnes s’agitent beaucoup dans ce secteur : François Hollande et son ancien premier ministre Bernard Cazeneuve. Pour ma part je ne doute pas un instant que Bernard Cazeneuve sera le candidat du PS et il ne fera pas 2% ! Comment ne pas observer que dans cette mouvance le PSOE en Espagne et le PSP au Portugal réussissent à illusionner une part de l’électorat. Même en Italie le PD a été remis en selle, certes de manière temporaire vu son éparpillement interne mais il n’est pas mort comme on voudrait nous répéter que le PS française est mort. Un tel sondage sur les présidentielles n’aura qu'un peu de sens qu’après les municipales où le PS peut faire aussi bien que LREM !

2 ) J’insiste sur le cas du PS car son résultat ne peut qu’influer sur les autres membres de la gauche. Et là on assiste de la part de Martelli à une gymnastique surprenante dans un paragraphe intitulé « Plus d’hégémonie Mélenchon » alors que le sondage confirme cette hégémonie de Mélenchon à gauche puisqu’une d’une part il devient le troisième homme (donc le seul à pouvoir casser le duel Le Pen/Macron) et qu’en effet il surclasse les autres candidats de gauche. Je reprends son paragraphe :

« Dans cette gauche dispersée, Jean-Luc Mélenchon est le seul qui dépasse le seuil des 10%. Avec ses 11 à 13%, il se trouve à peu près à son niveau de 2012. Il est nettement en tête de tous les autres candidats de gauche : il surclasse son ancien allié communiste (Fabien Roussel est mesuré à 1,5%, comme Philippe Poutou) et le concurrent socialiste (2,5 à 3% pour Olivier Faure ; entre 4,5 et 5,5% pour Bernard Cazeneuve). Il devance nettement Yannick Jadot, un peu moins dans le sondage Ifop (où Jadot est entre 7,5 et 9%) que du côté d’Elabe (Jadot à 6,5-7%). »

Alors pourquoi la fin d’une hégémonie ? Car il est loin du score d’avril 2017 ! Sauf que le score de 2017 est le résultat d’une campagne et non le résultat d’un sondage (il suffit de se souvenir du sondage de départ à 8%), campagne où en effet, l’atout majeur, c’est qu’il est apparu comme le troisième homme possible. Si cette fois il l’est dès le départ alors la campagne ne peut qu’induire, par le souci du vote utile, cette hégémonie.

3) Sortir du piège ?

Il s’agit du piège Macron/ Le Pen mais Martelli préférant écrire entre les lignes pense aussi qu’il faut sortir du piège Gauche/Mélenchon. Avec la solution classique reprise dernièrement par François Ruffin : le retour du Front populaire !

« Dans les années trente, ce qui permit de conjurer la tentation fasciste ne fut pas l’exaltation du « classe contre classe », mais la conjonction de la lutte sociale, de l’espérance et du rassemblement politique. Ce ne furent ni les effets de muscles et les propos cavaliers, ni l’exaltation de la colère en elle-même et a fortiori de la haine, ni la simple convergence volontaire des combats existants, ni la simple incantation de l’union qui provoquèrent le sursaut, mais la désignation d’un avenir possible qui se condensa dans une formule simple, opposée aux simplismes du fascisme européen : « Le pain, la paix, la liberté ». »

René Merle vient d’étudier cette conclusion et ses impasses. Il se trouve que j’ai déjà écrit sur l’impasse de ce modèle dont on ne veut retenir que les éphémères résultats des grandes grèves et rarement les sables mouvants sur lesquels ils ont reposé.

Au moment où Martelli juge important de lutter contre l’islamophobie et rejoint en cela par Mélenchon, je considère que de telles attitudes apportent comme tant d’autres depuis 1984 de l’eau au moulin de l’extrême-droite ! Mitterrand a été un champion : d’un côté il a poussé à la division de la droite en promotionnant indirectement le FN et de l’autre il a aidé au lancement de SOS Racisme pour combattre le FN ! Dans les deux cas le FN fut gagnant ! Et malgré ce constat toute l’histoire depuis marche sur les deux pieds en question. Parce qu’en effet il serait indigne de ne pas rappeler les mérites de tous ceux qui se sont battus contre le FN sauf que jamais ils n’ont pu inquiéter ce parti ! En 2017 Mélenchon a sorti le drapeau tricolore comme le PCF en 1935, ouvrant la voie à une autre stratégie. Depuis j’ai découvert que comme souvent chez lui, il ne s’agissait pas d’une nouvelle stratégie mais de célébrer son égo : il est la France. Le piège n’est pas d’aujourd’hui, il n’est pas celui de Macron, il a cinquante ans ! Cinquante que nous vivons avec ! J-P Damaggio