A 20 ans on vit pour inventer puis à un moment, le poids du passé devient tel, qu’il ne reste plus qu’à durer. Mais comme toujours il y a deux faces à la médaille. D’un côté ceux qui pour durer sont prêts à tout, et de l’autre ceux qui ne sont prêts à rien. Je m’explique à la lumière de la vie de nos présidents

Mitterrand, pour rester président, a dès le départ été prêt à tout. Il aurait vendu père et mère suivant l’expression. De Gaulle au contraire n’était prêt à rien, car sa vie valait plus que le plat de lentilles qu’on lui offrait pour qu’il dure.

Chirac fut comme Mitterrand mais à une différence : alors que le socialiste devait se battre contre le malheur d’une maladie, le gaulliste a toujours semblé chanceux (je parle de sa vie après 2007 quand justement la chance a tourné). Cent fois donné pour battu, cent fois la victoire fut au bout !

Chirac fut comme Mitterrand dans le sens où il leur a fallu trois candidatures à la présidence pour gagner.

De Gaulle qui n’a jamais voulu durer pour durer, mais durer pour ses idées, nous a laissé une Constitution qui est presque la plus durable de toutes celles de nos républiques.

Cependant avec Sarkozy l’histoire bascule car, comme Macron il est devenu président avant d’en arriver au moment où on est pris par l’envie de durer, plus que par l’envie d’inventer.

Sarkozy s’est trompé sur lui-même à force de se tromper de pays mais il a cependant dégagé la voie pour Macron. Tout comme Mitterrand a été le contraire de De Gaulle tout en voulant le plagier, Macron est le contraire de Sarkozy tout en cherchant à le continuer. En effet, avant d’être président Sarkozy est passé, en politique, par le long parcours du combattant, alors que Macron, sans jamais avoir été élu, est propulsé président. Sauf que les deux ont eu la même ambition : détruire le PS. Dès son installation au pouvoir Sarkozy a pratiqué une vaste politique «d’ouverture» qui pour beaucoup de commentateurs devait signer la mort du PS et ensuite il est battu à la présidentielle par le candidat… du PS !

Sauf que François Hollande a fait pire puisqu’ensuite il est battu par l’audace de sa propre créature !

Macron en est donc encore au moment de sa vie faite pour inventer sauf que d’un côté il s’est appuyé sur Bayrou qui a trouvé là le moyen de vivre pour durer et de l’autre sur des personnes comme Benalla à la vitalité exemplaire. Est-il, comme en toute chose, entre deux eaux ?

Je le répète, Macron est le plus anti d Gaulle de nos présidents. Ce dernier avait compris que pour que le France soit la France il fallait organiser un puissant face à face droite/gauche. Ce clivage est certes ancien mais la Troisième comme la Quatrième République ont tout fait pour le masquer si bien que l’Assemblée nationale de 1936 qui désigne Blum comme premier ministre vote ensuite les pleins pouvoirs à Pétain !

Macron a su réussir ce que Sarkozy a tenté, détruire le fameux clivage que Mitterrand comme Hollande avaient jeté aux orties car l’évolution de la société va dans ce sens. De Gaulle avait la France comme horizon (même si ce n’était pas la mienne c’était la France) alors que Macron a la destruction de la France comme horizon ! Pour la remplacer par quoi ? La Banque France, la Startup France. Est-il assez jeune pour arriver à ses fins ? Oui, vu qu’en face on laisse la France entre les mains de l’extrême-droite !

Hier j’ai écouté à la télé un Arnaud Montebourg qui pour durer n’a rien voulu sacrifier de sa vie, et défend par conséquent le produisons français et qui rappelait, par rapport à l’Europe, qu’il ne va plus nous rester qu’un avenir : redevenir souverain ! « N’est-il pas beau le mot de souverain ? » D’autant que dans sa bouche ce n’était pas qu’un mot mais un acte au nom du miel !

La vie passe toujours par les mêmes sentiers et pourtant, peut-être à cause des changements de saisons, elle n’est jamais la même ! C’est ce qui en fait la beauté quand on est prêt à ne pas la jeter aux ordures. Au fait qu’est-ce qui est plus grave, pour la détruire, la perte de souveraineté ou le réchauffement climatique ? Mais l’un ne va pas sans l’autre ! J-P Damaggio