amaya coppens

Je sais le Nicaragua n’est pas dans l’actualité mais en ce beau dimanche j’ai souhaité aller y faire un tour. J’ai revu Masaya et son marché artisanal. Une ville pauvre qui en avril-août 2018 a connu des révoltes sans précédent. Aujourd’hui dans une église de la ville, onze femmes font une grève de la faim très dure. Elles sont au bord du tombeau. Que veulent-elles ? Avoir des informations sur des membres de leurs familles qui sont emprisonnées depuis les événements. Une des emprisonnées a été libérée et elle vient de témoigner sur la vi en pression où elle a passé neuf mois. Elle a été libérée car en plus d’être Nicaraguayenne elle est Belge. Elle s’appelle Amaya Coppens (sur la photo)

Je reviens donc sur ce cas oublié : en avril 2018 une baisse des pensions de 5% a mis le feu au pays. Des manifestants dirigés par la CIA contre le génial Ortega ? Le mot clef fut : auto-convoqués. Pas de chefs, pas de partis, juste un peuple dans la rue. Dès le premier jour : 28 morts ! Au total 328 morts du côté des manifestants et 28 du côté de la police. Dans ce si petit pays ! S’il y a eu 28 morts du côté de la police c’est que les manifestants n’étaient pas pacifiques ? Mais cette histoire on la connaît même en France sans les balles réelles : les révoltés bloquent les routes, on vient les chasser à coup de balles réelles et à un moment certains ripostent ! Quand l’événement se passe au Chili les images font le tour du monde mais le Nicaragua est si petit ! De plus les tortures furent massives et il fut interdit aux médecins de soigner les blessés !

Un exemple de révolution populaire, dont les gilets jaunes en France furent une version. Au Chili on parle de la révolte d’aujourd’hui en oubliant qu’il y eut auparavant une révolte identique des seuls étudiants puisqu’il s’agissait de dénoncer les frais scolaires. Des leaders émergèrent et je repense à Camila Vallejo qui est ensuite passée au Parti communiste pour soutenir le retour au pouvoir de la socialiste Bachelet. Elle est revenue au pouvoir et a tellement bien satisfait les revendications sociales qu’ensuite c’est Piñera qui a été élu !

Les révoltes sont telles et l’Algérie est dans le même cas qu’il n’y a pas d’organisation syndicale, de partis politiques pour les porter ! Toute la classe politique contestataire est disqualifiée !

Mais si les révoltes du Chili et du Nicaragua ont des traits communs, il y a des traits distinctifs. Le Chili est le plus développé d’Amérique latine et la révolte dénonça l’inégalité sociale tandis qu’au Nicaragua, le plus pauvre du continent, la révolte dénonça l’inégalité politique qui fait que tout est pour les amis du pouvoir. Piñera, en tant qu’homme le plus riche du pays, ne connait rien des révoltés. Ortega connaît mieux son pays, une raison de plus pour ne pas lâcher le pouvoir car il craint très fort de ne devenir rien, alors la CIA est coupable de tout ! Si c’est le cas il est le premier à lui faciliter la tâche !

En fait nous sommes face à cette situation : l’Etat disparaît de plus en plus sauf pour les fonctions régaliennes de police et justice et quand les forces de gauche arrivent au pouvoir il ne leur reste qu’une chose à faire s’accrocher au pouvoir pour subsister.

Et quand je dis que l’Etat disparaît, c’est vrai de l’ensemble des institutions qui tournent autour de l’Etat, syndicats, partis et mouvements. Que reste-t-il ? Les réseaux dits sociaux ! Nous vivons l’ère de la révolution du téléphone mobile qui peut en finir avec les banques, les médecins généralistes etc. Il s’agit de la révolution de l’éphémère contre la solidité des Etats et organisations classiques.

Au Nicaragua, ils suivent de près la situation du Honduras où il y a eu là un coup d’état classique en 2009, le premier du nouveau siècle. Juan Orlando Hernández est devenu président puis réélu en 2013 alors que la Constitution le lui interdisait (comme Ortega au Nicaragua en 2016). Donc après dix ans de pouvoir, avec des révoltes sporadiques, le pays devient un narco-état ! Tony Hernández, le frère du président a été capturé et est en prison aux USA comme un des plus gros trafiquants de drogue (condamné en octobre 2019). La sœur du président a été assassinée dans un affrontement entre cartels. Voilà pourquoi dans ce contexte la révolte des narcos dans le Sinaloa du Mexique, qui a mis en échec la police, est un tournant majeur. Au Nicaragua quand le peuple s’est révolté ce sont les bandes criminelles des Narcos (infiltrées dans la police) qui imposèrent leur loi et donc leur répression.

Le petit Nicaragua n’est pas dans l’actualité mais peut-être est-ce un bon moyen pour saisir les mutations du monde actuel. Et je le signale en rappelant qu’en 1979 le Nicaragua fut dans l’actualité en tant qu’espérance démocratique au moment où de l’autre côté de la planète l’Iran avait une révolution opposée. Quarante ans après qui est en pointe ? J-P Damaggio