olympe de gouges sur La Dépêche

 Superbe présentation d'Olympe de Gouges sur La Dépêche du 16 mai 1964. Malheureusement elle n'est pas signée et il n'y a aucune source. Quand, au début des années 80, Olivier Blanc est venu à Montauban présenter sa biographie d'Olympe, tout le monde s'étonnait de ce que dénonce l'auteur de l'article en 1964 : pas la moindre référence dans la ville du nom d'Olympe ! Aujourd'hui ce fait a changé avace l'arrivée à la mairie de... Brigitte Barèges !

Le lendemain un portrait inconnu est offert de la désormais célèbre féministe.  Est-ce vraiment un portrait d'elle ? Impossible de répondre. Il faudrait que celui qui a fait le cliché puisse dire où il l'a réalisé.

En fait ce texte reprend la structure et les infos d'un texte encore plus magnifique que j'ai repris sur ce blog et qui est à la BM de Montauban : Olympe pour Raoul Verfeuil. Un texte qu'on ne peut pas se lasser de relire pour comprendre les multiples rendez-vous manqués de la gauche et du féminisme ce qui ne fut pas une rreuir vis à vis du féminisme mais vis à vis du combat social dans son ensemble.

Bref, La Dépêche d'hier beaucoup plus modeste que celle d'aujourd'hui comporte toutefois sa dose de bonnes surprises... ou de coup d'épée dans l'eau ! J-P Damaggio

La Dépêche 16 mai 1964

olympe à Paris

C’est une belle fille Olympe : de grand yeux vifs et passionnés, de magnifiques cheveux noirs aux bouclée abondantes, un front grec, une taille admirablement dessinée et dix-huit ans.

De quoi tourner la tête à tous les garçons de la capitale, où elle débarque un beau matin de Mai 1776. Elle vient de quitter Montauban, fermant derrière elle la porte de l'auberge de la rue Fourchue où elle a vécu deux ans avec son mari et son fils. Elle est veuve, jeune et jolie. Elle aime l'argent et la gloire. Toutes les folies lui sont offertes. Elle n'en refusera aucune. Elle va conquérir Paris.

En quelques mois, marchands, grands seigneurs, ministres el princes lui font leurs hommages. Olympe Aubry, qui a repris en le modifiant l'orthographe le nom de ses parents, n'est pas une inconsciente. « Le sentiment est respectable dit-elle mais à Paris ce n’est point par lui qu'on parvient à la fortune.»

Elle y parvient elle, et mène la grande vie. Très vite, cette renommée ne lui suffit plus.

Fille adultérine de Lefranc de Pompignan, le Pindare montalbanais, comme l'appelle Alphonse Daudet, elle crie subitement se filiation auprès de tous ceux qu'elle approche. L'atavisme est sa justification : elle se lance à la poursuite de la gloire littéraire. Elle sait tout juste écrire et signe d'une main maladroite. Qu'importe, Molière l'aidera. « Il m'a tracé en songe le plan de ce livre, déclare-t-elle, en présentant « Molière chez Ninon».

Car Olympe de Gouges, ardent, ambitieuse, têtue, ne reculera devant rien : comédies, drames, œuvrettes de toutes sortes naissent en quelques jours de sa plume.

Elle n'a pas d'imagination ? Qu’à cela ne tienne. Elle a assez vu autour d'elle pour savoir retrouver des situations, des personnages : elle les adapte à son sujet et hop... la pièce est écrite. S’il le faut, et il le faut souvent, elle se met en scène, cachée sous les noms les plus fantaisistes, s’attendrissant sur son sort et sur celui de son fils qu'elle adore.

 Le scandale du Théâtre Français

A ses frais elle fait imprimer ses œuvres, les diffuse à plusieurs dizaines d'exemplaires. Bien introduite dans les salons littéraires, elle connaît suffisamment de  monde pour être assurée de la distribution. Las… les sociétaires du Théâtre Français à qui elle a adressée sa grande œuvre «Zamore et Mirza» ont oublié dans leurs cartons cette dénonciation de l’esclavage, un thème qui l’obsède et reprendra souvent.

Elle les rappelle à l’ordre, leur écrit - peine perdue – elle insiste, les insulte. Ils rejettent le dossier dans les œuvres refusées. Elle fait intervenir des amis, pleure, supplie. Nous sommes au lendemain de la prise de la Bastille.

Le Théâtre Français à la recherche d'une œuvre d`actualité, décide de profiter de l’occasion pour satisfaire Olympe. Il met «Zamore et Mirza » en répétition et sous le titre «L’esclavage des nègres» présente la pièce. C’est un fiasco.

 « Cela vous a déplu, s'écrie depuis sa loge Olympe à la fin du spectacle. La pièce est excellente mais les comédiens l'ont horriblement jouée. » C'est un beau scandale. La salle entière prend le parti des comédiens. Olympe s'enfuit sous les huées et les sifflets, mais il n'y e pas de leçon pour cette extraordinaire femme. Elle ne renonce pas à sa vocation. Elle écrit « Le couvent ou les vœux forcés », « Mirabeau aux Champs-Elysées», «Le songe», «L’homme généreux», «Le philosophe corrigé ».

 La déclaration des Droits de la femme

Olympe dramaturge ne connaîtra jamais le succès. Mais au contact de ce monde, bouillonnant, fiévreux, qui se révolte contre son passé et va faire supporter à son roi faible et maladroit toutes les erreurs accumulées depuis des siècles, Olympe prend goût à la chose politique. Sa générosité, sa haine de l'injustice, son bon cœur, sa droiture, sa turbulence aussi lui imposent de rentrer dans l'arène. La même ardeur qu'elle avait mis dans sa vie galante, dans ses écrits dans son combat contre les sociétaires du Théâtre Français, elle va la mettre au service de la bonne cause, la femme, et tenter de concilier ce qui ne peut plus l'être : le peuple et le roi.

Elle s'enflamme vite demande que l'on crée un théâtre pour les femmes auteurs et compose une « déclaration des droits de la femme ». Ses dix-sept articles ont pour but de rendre la femme libre et égale en droits à l'homme.

Tous les citoyens et citoyennes doivent concourir à la formation de la loi, être admissibles aux dignités, places et emplois publics.

Cette porte ouverte sur la politique va la précipiter vers sa perte. Mais dans cette voie elle inventera la première, des projets de lois qui nous régissent aujourd’hui.

C'est ainsi qu'elle demande la création d'un ordre national, préfiguration de notre Légion d'honneur, auquel les femmes pourraient accéder. Elle suggère la création d'une caisse nationale qu’alimenterait l’ensemble des citoyens, ce serait pour nous l’impôt sur le revenu. Elle propose enfin la formation d’un tribunal populaire et suprême en matière criminelle, inventant en quelque sorte le « jury ».

L'émeute qui gronde chaque jour davantage, l’attriste. Elle prend la défense du roi, non point par idéologie mais par sentiment appelant le peuple à la paix, vile, dénonçant l’horreur d’une guerre civile, proposant de ne pas toucher à « l'arbre antique et sacré » de la monarchie, mais d'élaguer seulement les branches parasites et gourmandes.

Elle abreuve les députés de lettres, d'avis, faisant placarder affiches, distribuant des messages au peuple. Sa fortune s'y engloutit. On la traite de folle et d’autocrate.

Suspecte à la cour parce qu’elle demandait l'abdication de Louis XVI et suspecte aux républicains, exaltée contre Robespierre qu'elle accuse de tous les maux dont souffre la République, elle précipite sa perte. Le 20 juillet 1793, elle est arrêtée et jugée près de quatre mois après. Le tribunal; révolutionnaire la condamne à mort.

Elle manifeste un dernier geste de coquetterie quand on lui coupe les cheveux, monte courageusement sur la fatale charrette et, s'écrie : « Funeste désir de la renommée— J'ai voulu être quelque chose » avant que le couperet ne fasse sa sinistre besogne.

Dans cette course folle que fut sa vie, tumultueuse, turbulente en définitive généreuse, Olympe de Gouges ne fut soutenue que par un seul être : son fils, qui la renia abominablement à l'heure où elle aurait eu le plus besoin de lui : sur l’échafaud.

Qui connaît encore à Montauban le nom d'Olympe de Gouges ? Aucune plaque ne perpétue son souvenir, aucun portrait ne subsiste de celle qui fut le défenseur exalté de la femme, le champion avant tous de l’émancipation féminine.