la salle à Sauveterre

Au débat de Sauveterre, à la fin, une personne me demanda si j’étais historien et j’ai indiqué que j’étais en fait un instit à la retraite. La question tenait sans doute au fait que mon propos fut très peu celui d’un historien ? La même personne, le Conseiller départemental du secteur, m’avait demandé dans le débat si je ne pensais pas que vu ce qu’il connaissait de Rodez les lumières n’étaient pas surtout venues des villes vers les campagnes ?

J’ai répondu par trois éléments : les victimes de la répression appartenaient à toutes les catégories sociales, la révolte fut souvent celle d’une collectivité communale, le motif étant politique, l’idée émise était donc à nuancer. Ici je vais être plus schématique.

damaggio sauveterre

Au Pérou, j’ai eu cette confirmation : là-bas une gauche courageuse s’est battu contre une droite dure, mais avec en toile de fond le même constat : les indigènes ne pesait rien ! Or dans ce pays, le philosophe Mariategui et l’écrivain José-Maria Arguedas se sont battus comme des lions pour faire comprendre qu’il n’y avait de gauche possible que celle qui organiserait la rencontre entre les cultures indigènes et urbaines de la révolte. Arguedas s’est battu jusqu’au suicide !

En France et sans doute dans bien d’autres pays le constat a été la même : les lumières ne pouvaient être qu’apportées par la gauche, aux campagnes attardées ! Les éclairés devenant des éclaireurs.

Or la Résistance au coup d’Etat du 2 décembre a démontré combien cette vision de la réalité était erronée. Sauf que l’élimination d’une génération républicaine a permis ensuite à la république bourgeoise de reprendre cette division des rôles : à la ville le progrès, aux campagnes les retards !

Tout mon effort à Sauveterre, à partir du cas de cette commune exemplaire, a été de démontrer que les rêves des Résistants de 1851, ceux d’une république démocratique et sociale, avaient été anéantis, et si en 1881 des éléments de ce rêve ont été repris par la république bourgeoise ce n’était qu’une version édulcorée des combats de la deuxième république ! En ce sens le 2 décembre fut une date cruciale de l’histoire de France.

L’alliance sociale des démocrates-socialistes de la Seconde république avait une conception du progrès ensuite dévoyée par le Second Empire et pourtant reprise par la république bourgeoise !

C’est la propagande napoléonienne qui fera des insurgés de 1851 des attardés incapables de comprendre le sens de l’histoire et du progrès, passant par l’industrialisation (1). Or les Résistants avaient tout au contraire une vision incontestable d'un progrès dont la bse serait sociale et non pas économique. Les massacres de 1851 et 1852 accompagnés par une dictature astucieuse ont fait croire que ce rêve n’avait jamais existé et qu'un début de réalisation n'avait pas été tenté.

Il était tout d’abord fondamentalement démocratique : pas question de s’imposer par l’insurrection chère à Blanqui mais par la victoire électorale. Une victoire cependant acquise par la mobilisation citoyenne, le débat d’idées, la diffusion d’une presse démocratique, le respect des forces sociales. Le symbole de ce rêve a eu comme nom Auguste Rozié ou François Magne ce dernier étant le maire de la commune de Sauveterre. Deux experts géomètres ! Un catholicisme où Jésus était le premier des socialistes.

Rozié a démontré qu’il était possible de casser la classique division des rôles, d’un côté le français pour  progrès et de l’autre le patois pour les attardés

Magne a démontré qu’il était possible de casser la classique division de rôles, le maire du côté des pouvoirs pour l'efficacité plutôt que du côté des citoyens pour les bavardages.

Dans la salle de la réunion, des descendants de la famille Magne ont indiqué qu’il fallait mieux connaître l’histoire de tels hommes. Et par exemple leur vie en Algérie puisque Magne est mort là-bas. Sur ce blog vous trouverait le récit de François Mazenc qui évoque le sort des déportés en Algérie.

Comme beaucoup de Communards déportés en Nouvelle-Calédonie considéraient-ils les indigènes comme des moins que rien ? La même armée qui les avait réprimés, réprimait les indigènes et il serait donc dangereux de confondre les deux attitudes colonisatrices. Une étude sur ce point serait nécessaire d’abord concernant les positions avant le coup d’Etat, puis celles après.

Celui pour qui la gauche aurait dû construire un pont entre les cultures urbaines et rurales de la révolte, Léon Cladel, avait un ami, Razoua, un ancien de l’armée coloniale en Algérie et qui en était revenu admirateur d’une part des cultures rebelles des indigènes. Car là encore la question n’est pas et n’a jamais été d’être soit du côté de l’Algérie soit du côté de la France car tout dépend de quelle Algérie et de quelle France on parle.

Plus que jamais je retiens de cette histoire que le clivage droite/gauche tel qu’il fonctionne depuis 1880 est le moyen pour tout changer afin que rien ne change alors qu’un clivage démocratie sociale et laïque/démocratie républicaine et progressiste aurait dû éviter les pièges dans lesquels la révolution du XXème siècle se sont fourvoyées et en particulier celle de 1917 qui au nom du modèle français de l’avant-garde a nié les luttes paysannes de la Russie. J-P Damaggio

(1) Pour la construction de la voie ferrée Toulouse-Rodez, la ville de Naucelle a été favorisée (et elle s'est développée) contre Sauveterre. On me dira que le tracé le plus simple passait par Naucelle mais les tracés ne sont pas toujours allés au plus simple.

voir aussi Rodez 1851