Ils ont à Sauveterre une belle revue "Los tres cloquiers" qui en est au n°230 et ils viennent de faire écho à la conférence que j'avais animé. Je les en remercie. Voici le texte. J-P Damaggio

 

4 décembre 1851, des Sauveterrats aux portes de Rodez.

 « 2 décembre 1851, de Sauveterre-de-Rouergue au Palais des Tuileries », dernier ouvrage de Jean-Paul DAMAGGIO (1).

Invité par le CEPEN&S l'auteur a présenté son ouvrage le 2 décembre 2019 au cours d'une conférence au Four banal : les réactions des Sauveterrats, des Ségalis, des Aveyronnais, et plus généralement de nombreux Français au coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte est un moment important de la vie démocratique dans l'histoire de la France.

2 décembre 1851. Louis Napoléon Bonaparte, président de la République non rééligible (2eme République) dissout l'Assemblée nationale. Le Second Empire ne sera proclamé que le 2 décembre 1852.

Sauveterre-de-Rouergue.

Des Sauveterrats, à la suite de leur maire François MAGNE, «montent à Rodez» pour signifier leur désapprobation.

Palais des Tuileries. Ce sera la résidence impériale de Napoléon III.

Une occasion pour relire ces événements de décembre 1851 vécus à Sauveterre et dans l'Aveyron. (Les dates sauveterrates ont été corrigées par rapport à celles publiées dans le numéro 229)

Lundi 1er décembre, Rodez, jour de foire. De nombreux républicains venant de divers points du département sont réunis.

Mardi 2 décembre, Paris, 6 h du matin. Louis Napoléon Bonaparte dissout l'Assemblée nationale afin de préparer une nouvelle constitution qui lui permettrait de rester au pouvoir.

Mercredi 3 décembre, Rodez, 7 h 30. L'information arrive à la préfecture par l'estafette venant de Toulouse. La nouvelle circule vite. Des républicains ruthénois manifestent en ville, envahissent la préfecture, puis en ressortent dans un calme relatif. Ils créent une Commission constitutionnelle provisoire et envoient des émissaires dans les différentes villes du département.

Mercredi 3 décembre, Sauveterre, 17 h. Le Sauveterrat Rozier arrive de Rodez, envoyé par les républicains ruthénois pour prêcher la résistance. Il informe le maire, François Magne, qui fait battre le tambour et convoque la population. Il rédige la déclaration suivante : «Il n'y a plus d'autorité constituée ; le chef de l'État a violé la constitution ; tous les bons citoyens doivent se lever pour la défendre». «Le maire, accompagné de Rozier et Caussanel, fait son apparition sur la place et, s'adressant à la foule, lui annonça que Bonaparte venait de faire son coup d'État, que Rodez était en insurrection, qu'il fallait porter secours à leurs concitoyens, coûte que coûte, qu'ils partiraient le lendemain matin, en armes, pour Rodez, et qu'il serait à leur tête ».

Mercredi 3 décembre, Villefranche, vers les 8 h et 1/2 du soir. Les autorités sont informées des événements parisiens. Dans la soirée les républicains villefranchois tentent d'envahir la mairie pour prendre les armes de la garde nationale. Ils n'y arrivent pas, et partent sur Rodez en passant par Maleville (où ils prennent à la mairie les armes de la garde nationale) et vers 3 heures du matin une trentaine d'hommes sont à Lanuejouls.

Jeudi 4 décembre, Marcillac. Tôt dans la matinée, une quarantaine de paysans de Marcillac entrent dans Rodez via le faubourg Saint-Cyrice. À deux heures de l'après-midi ils défilent, sans arme, du faubourg Saint-Cyrice à la place de la Cité. La foule accompagne cette manifestation pacifique. La manifestation est interrompue par l'arrivée d'une compagnie de soldats en armes.

Jeudi 4 décembre, Sauveterre. « Vers les 8 h du matin, le rappel est battu dans tous les quartiers de la ville ; dans quelques instants, les hommes valides et de bonne volonté sont réunis sur la place publique, armés des fusils de la garde nationale et autres armes à feu, et partent, le maire en tête et à cheval, pour Rodez ».

À 13 h les insurgés de Sauveterre sont à La Primaube. La troupe représente un effectif d'environ deux cents hommes. Ils sont rejoints par une centaine de Ségalis, en particulier de Castanet. L'attaque générale est prévue vers les quatre heures. Mais quand ils parviennent au bout de la côte de La Mouline de nouvelles dispositions sont prises. À 19 h ils sont regroupés au Monastère où ils passeront la nuit.

Jeudi 4 décembre, Rignac. Les insurgés de l'ouest aveyronnais (Villefranche, Maleville, Privezac, Aubin, Montbazens...) tentent de se regrouper. Mais ils n'arrivent pas à convaincre les autorités de Rignac à leur livrer les armes ; quelques heurts éclatent à la mairie ; Louis Caussanel, de Villefranche, responsable départemental du mouvement, y est blessé.

Jeudi 4 décembre, Millau. 9 h du matin, les informations arrivent. En début d'après-midi, 300 à 400 personnes envahissent la mairie, se distribuent les armes de la garde nationale, manifestent sur les places publiques et attendent les nouvelles de Rodez qui doivent arriver par la diligence du soir.

Jeudi 4 décembre, Saint-Affrique. Des républicains de Millau arrivent en tilbury pour annoncer la nouvelle du coup d'État. Discussions, réunions, manifestations... Dans la nuit 150 personnes se réunissent pour voir quelle suite donner au mouvement.

Vendredi 5 décembre, Rodez. Tous les membres de la commission constitutionnelle départementale restés à Rodez sont arrêtés dans la matinée.

Pour la troupe des Ségalis en attente au Monastère, les renforts n'arrivent pas. Les meneurs préparent leurs hommes au combat et observent la ville. Mais ces préparatifs sont arrêtés par l'arrivée d'un messager qui vient annoncer la capture des principaux leaders et l'arrivée prochaine de la troupe. Les chefs de Sauveterre prennent alors les dispositions nécessaires au retour. Ils règlent les aubergistes au moyen de bons émis par la Commission Constitutionnelle et la troupe prend le chemin du retour. À son passage à la Baraque de Fraysse, près de 300 hommes sont aperçus.

Vendredi 5 décembre, Le Pas. « Nous allions prendre le chemin qui conduit à La Mouline, pour y joindre Rozier, lorsque je reçu un courrier qui venait m'annoncer l'arrestation de la Commission et m'inviter à ne pas aller plus loin vers Rodez... »

Vendredi 5 décembre, Sauveterre, vers 19 h. Les insurgés «rentrèrent à Sauveterre, plusieurs entièrement découragés. Charles Caussanel, limonadier, leur offrit sous son couvert un cordial puissant qui leur fit oublier les soucis de la journée et leur procura un sommeil réparateur ».

Dimanche 7 décembre au soir : venue du parquet de Rodez à Sauveterre.

Lundi 8 et mardi 9 décembre : des soldats à Sauveterre, arrestation des meneurs.

Mardi 9 décembre : comparution du maire François Magne devant le procureur.

12 décembre : destitution de François Magne en tant que maire. Il est remplacé par Jean-Baptiste BERTRAND.

Quel sens donner à ces événements ?

Voici quelques éléments d'analyse proposés par Jean-Paul DAMAGGIO dans son ouvrage.

«Généralement, et à juste titre, l'histoire s'écrit du haut (le Palais) vers le bas (la commune)... Pour la première fois, l'insurrection du 2 décembre 1851 permet d'étudier le sens inverse de cette histoire traditionnelle...

«Cette révolte ne peut se séparer des autres faits de la Seconde République ; pourtant elle constitue un événement en soi, si on admet que pour une fois, (à travers la France), des milliers de républicains furent obligés de réagir, sans lien avec Paris, face à une actualité qu'ils avaient envisagée mais dont ils n'osaient croire qu'elle se produirait...

«Donc, après mon livre « 2 décembre 1851 la dictature à la française ? », je suis parti d'une vie communale, celle de Sauveterre-de-Rouergue, pour atteindre celle du Palais des Tuileries que Louis Bonaparte a décidé de réinvestir...

«Mais pourquoi Sauveterre-de-Rouergue ? J'aurais pu choisir Bassoues dans le Gers, Castelsarrasin dans le Tarn-et-Garonne, Mazamet dans le Tarn... Trois sources m'ont conduit jusqu'à Sauveterre. Le livre de François Mazenc qui, en 1871, rappelle les faits de 1851 dans l'Aveyron ; le livre de Louis Érignac qui, bien plus tard, fera le portrait des luttes populaires dans le bas-Rouergue ; et le livre de Bernard Alary et Pierre-Marie Marlhiac. Trois premières sources qui vont vite se compléter par d'autres où des personnages de Sauveterre vont jouer un rôle spécial...

«Sauveterre-de-Rouergue est un bon exemple sociologique des diverses formes et des divers degrés de cette résistance. Du maire au limonadier, du cultivateur au cordonnier, du jeune au vieux, on a l'impression que tout un pan de la société communale s'est découvert, au fil des années 1848-1851, un destin commun...

«À tous ceux qui oublient la trace très profonde laissée par le Second Empire dans la vie politique française - je veux dire dans sa forme anti-démocratique - les insurgés de 1851 répondent dans leur chair et par leur vie que l'heure n'était plus aux révoltes armées mais au courage des convictions capables de créer l'unité populaire indispensable pour l'avancée des droits humains, pour l'instauration de la République démocratique et sociale. Liberté, égalité, fraternité voilà l'horizon permanent des luttes sociales. »

Le récit des événements de 1851-1852 montre les contrastes entre l'autorité de l'État et les citoyens, notamment les habitants de villes et de villages autour de leur municipalité, maire et conseillers municipaux.

Les événements d'aujourd'hui peuvent être vus comme un écho de ceux de 1851. Le pouvoir d'État, les membres du gouvernement, les élus à l'Assemblée nationale et au Sénat, rencontrent des oppositions et des manifestations diverses : gilets jaunes, syndicats, associations...

Au-dessus de ce qui serait des conflits d'intérêts ou des désaccords sur des choix économiques, il y a aujourd'hui en outre une conscience des troubles du climat et de la responsabilité des humains vis-à-vis de toutes les manifestations de la nature. René Quantin

Bibliographie.

Pour ceux qui veulent compléter leurs informations, la bibliothèque Pierre-Marie Marlhiac dispose de quelques uns des ouvrages de référence concernant ces événements en Aveyron :

•Inconnu. Souvenirs écrits vers 1881 à Sauveterre, et retranscrits dans un recueil à la mairie.

•F. GINESTET « Un centenaire oublié, Jean-François MAGNE » dans la Revue du Rouergue (juillet 1954).

•François MAZENC « Le coup d'État du 2 décembre 1851 dans l'Aveyron » (1872).

Fernand de BARRAU « La galerie des préfets de l'Aveyron » (tome IV).

•André ANCOURT « Le coup d'état du 2 décembre 1851 et ses répercussions à Villefranche de Rouergue » dans la Revue du Rouergue (oct 1952, janv 1953 et avr 1953).

•Grégory POUGET « La résistance républicaine au coup d'Etat du 2 décembre 1851 en Aveyron », mémoire de maitr ise (2002).