willow street scholl

A me replonger dans un roman de Russell Banks je tombe sur le mot pick-up sans traduction qui réveille en moi l’envie de raconter cette histoire.

La première fois que je suis entré dans une école aux USA ce fut par erreur à cause d’un mot négligé ou incompris. La veille le responsable scolaire du secteur, un homme attentionné et heureux de recevoir des enseignants français, nous avait installés, avec ma compagne d’alors, dans une maison sur Willow Sreet et nous avait donné rendez-vous pour le lendemain au school-board.

Dans cette petite ville qui a servi à plusieurs décors de films, (Easy Rider (1969) avec Jack Nicholson, Dennis Hopper, Peter Fonda;The Drowning Pool (1975) avec Paul Newman, Joanne Woodward et Melanie Griffith; All the King's Men (2006) avec Sean Penn, Jude Law et Anthony Hopkins) Willow street est une artère majeure qui croise Main street et pendant longtemps je me suis demandé à quoi pouvait correspondre ce mot de Main, si ce n’est à dire qu’il s’agissait de la rue commerçante.

Donc le lendemain matin nous avons suivi la rue, à pied, et après avoir bien marché nous avons en effet atteint l’école où je ne sais si la noria des school-bus était achevée. Une rue sans commerces où par conséquence peu de personnes marchaient sur des trottoirs pourtant agréables. Nous longions le quartier noir et en arrivant à l’école, l’allée couverte de l’entrée marquera ma vie pendant deux ans (sur la photo).

pich up 1

A l’intérieur de l’école nous avons été aimablment invité à nous asseoir dans une salle, un peu comme un hall, où les gens passaient dans un sens et dans l’autre sans qu’on comprenne bien ce que nous faisions là, à attendre qui sait quoi.

Au bout d’un moment, de la porte, vers laquelle des gens ne cessaient d’entrer, puis d'en sortir, est apparu un homme svelte et grand, très noir, à l’air amusé, qui nous invita à le suivre. Enfin, nous sortions de l’attente ! Ayant compris notre maigre connaissance de l’anglais, et étant doté d’un grand sens pratique, il nous entraîna à sa suite sans commentaire, jusqu’à son véhicule aussi blanc qu’il était noir et qu’on appelle pick-up.

En cet instant j’ai compris pour la deuxième fois que je mettais les pieds aux USA. Pourquoi un directeur d’école avait-il un pick-up ? Le véhicule classique du pays tient plus de la belle voiture dite américaine, à six pistons et grandes ailes, que de cette fausse camionnette. Je dis camionnette car mes parents cultivateurs avaient ce type de véhicule, une aronde simca avec une bâche que l’on pouvait enlever pour ressembler à un pick-up mais cette camionnette restait plus une voiture qu’un camion, et de toute façon le pick-up n’est pas un camion. Il fait penser au 4X4 qui s’est développé en France comme partout. Surélevé, large, facile d’y entrer à trois sur les fauteuils de devant. Parfois il existe des places pour s’asseoir derrière sans rien réduire de la partie servant au transport des marchandises.

Mais que pouvait-transporter un directeur d’école, jusqu’à faire de son pick-up son outil quotidien ? En fait, j’imagine qu’il s’agit là d’un vestige du passé agricole du pays. Dans bien des films nous découvrons, dans des fermes, le pick-up des années 50 qui sert à transporter un peu tout et davantage. Peut-être ne faut-il pas oublier que seules les routes principales sont asphaltées aux USA et que dans les autres routes poussiéreuses la voiture est peu recommandée. Il s’est urbanisé comme le 4x4. Ce souvenir reste fort en ma mémoire car ça reste ma seule entrée dans un pick-up dont par la suite j’ai pu vérifier les multiples usages.

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Mais où allions-nous ?

Après quelques minutes de traversée de la petite ville nous sommes arrivés devant le school-board. Même en traduisant nous ne pouvions comprendre car comme le pick-up le mot n’a pas d’équivalent en français. Le système scolaire du primaire est aux USA totalement communal et chaque établissement a une large part d’autonomie. Le school-board est donc le siège de cette administration qu’en France nous pourrions appeler Inspection académique, sauf que la dite institution est là pour transmettre les ordres nationaux alors que le school-board est là pour faire exister les ordres locaux.

Pourquoi le pick-up dans le livre de Russell Banks ? « Anthéa a quitté la route et tourné dans l’allée, les phares de son pick-up GMC cabossé ballotant comme des fruits trop lourds lorsqu’elle passait dans des ornières, les chiens, comme chaque jour, se sont lancés à la poursuite du véhicule. » Anthéa est une fermière. Jean-Paul Damaggio