Municipales

Les éditions Gallimard ont décidé d’inventer une collection qui reprend une idée née ailleurs : un petit livre agrafé de 40 pages avec comme nom : Tracts Gallimard. L’alliance entre la notoriété du mot Gallimard et la vulgarité du mot Tract (qu’il est de bon ton de remplacer par flyer) a de quoi surprendre. Les Editions La Brochure sont nées avec la même idée mais sans avoir en réserve des signatures de grand talent à commencer par Regis Debray, puis Erri de Luca etc. qui fait que Daeninckx est le n° 13.

Ce n’est donc pas une obsession qui a poussé Didier Daeninckx a revenir sur le thème de son dernier roman mais une volonté d’éditeur et comment résister à une telle volonté ?

Après lecture on n’apprend rien que l’auteur n’ait déjà dit ou écrit mais peut-être a-t-il pensé toucher ainsi un nouveau public.

Le thème est simple : sa chère banlieue rouge est passée entre les mains de l’islam politique.

Conséquence classique : il est aussitôt interrogé par Le Point ou Le Parisien.

Le Parisien qui, donne aussi la parole aux adversaires de Daeninckx.

Commençons par Madjid Messaoudène, adjoint à l’égalité femmes hommes à Saint-Denis : « C’est un bon écrivain mais un mauvais éditorialiste politique. Il aurait dû faire préfacer son livre par Zemmour. Il en fait trop sur l’islam et a l’indignation sélective. »

J’ai déjà évoqué son cas au moment de l’appel à manifester contre l’islamophobie. Le cas de ce personnage est sidérant au vu de ses responsabilité sur l’égalité femmes – hommes, lui pour qui les femmes doivent être inférieures. Et sa réaction est à la mesure de son hypocrisie : un bon écrivain ? Et aussitôt renvoyé dans la case Zemmour.

Mais parlons d’Aubervilliers :

Meriem Derkaoui, maire PC d’Aubervilliers après la démission en 2016 de celui élu en 2014, Pascal Beaudet, le gendre de Jack Ralite qui fut l'idole de Daeninckx : « C’est un procureur et un censeur. Il parle de dossiers, de gens qu’il ne connaît pas. On ne se connaît pas. C’est un transfert de haine pour ceux qui ont perdu leur mandat en 2014. Il s’invite dans la campagne et nous dit : à Aubervilliers vous êtes tous des affreux, c’est une marée de misère, le clientélisme règne. C’est une opération électoraliste. En salissant la ville qui l’a fait écrivain, il dénigre la population. Quel est son projet ? Quand les gens vont mal, on les quitte ? Moi je combats, je ne suis pas avec ceux qui prennent la fuite. Sinon dans ce cas, le silence est d’or. Si je ne m’appelais pas Derkaoui, il n’aurait pas ce problème. Il oublie de dire que sous mon mandat Chanel et maintenant Hermes vont s’implanter à Aubervilliers. Ils n’ont, semble-t-il, pas lu Daeninckx ! S’il veut parler de clientélisme, qu’il s’intéresse aux villes de droite. Moi, je ne suis sous le coup d’aucune enquête du parquet national financier (PNF). J’ai enlevé les délégations à tous ceux qu’il dénonce dans son livre. Il devrait plutôt me dire merci. »

Elle a enlevé les délégations à tous ceux qu’il dénonce dans son livre ? Mais alors c’est bien qu’ils n’étaient pas fréquentables ?

Et oui, il faudrait qu’il aille dans les mairies de droite sauf que c’est à Aubervilliers qu’il vivait et que quand la droite fait du clientélisme (ou pire) c’est souvent dans ses habitudes, tandis que quand les personnes de son idéal font de même ce sont des trahisons. Dénoncer Balkany pour oublier Aubervilliers ?

La mise en place de la manifestation contre l’islamophobie (et les soutiens obtenus) démontrent que depuis 1979 la question posée est toujours plus cruciale : la révolution iranienne a-t-elle été une révolution ou une contre-révolution ? l’islam politique parce qu’il rencontre des appuis populaires est-il un allié du combat démocratique ?

Un pamphlet n’est pas là pour proposer des réponses mais pour lancer des alertes. J-P Damaggio