Paris populaire

Ils sont quelques-uns à penser aux 150 ans de la Commune en 2021. Certains ne sont pas ma tasse de thé mais je relaie cependant leur travail. https://faisonsvivrelacommune.org/

 Pour ma part j’ouvre une catégorie Commune de Paris avec l’idée d’évoquer au fil des ans les cortèges qui ont célébré la Commune et les textes les plus divers à ce sujet. Et je commence par l’année 1937 avec le point de vue du Petit journal

 

Petit journal 31 mai 1937

Paris populaire a défilé devant le Mur des Fédérés

Les leçons de la Commune

LA Commune de Paris ne tient pas, dans nos souvenirs, la place des grandes journées du passé : Dix Août, Quatorze Juillet. Ces dates-là brillent en chiffres d'or sur l'écran de l'Histoire. Mai 1871 demeure l'épisode sombre, l'évocation de la lutte fratricide et désespérée.

Aristide Briand disait un jour, à la Chambre, répondant au leader royaliste : « Derrière la Commune il y avait la République. »

Briand savait que parmi ce désordre sanglant il était beaucoup de grandeur incomprise. Il connaissait l'abnégation des vaincus et la parfaite noblesse de leurs intentions. Ceux qui succombèrent dans l'atroce bataille n'avaient pas admis la capitulation de Paris; ils souffraient de la honte qu'un empereur de parodie, guidé par une étrangère dont l'ambassadeur d'Autriche disait « Quel oiseau !», venait d'infliger au pays de Danton.

Les « Communards » furent des naïfs héroïques. Ils n’avaient ni méthode ni but précis. Ils étaient trahis à ce point que Thiers avait tous les soirs sur son bureau le procès-verbal de leurs délibérations. Mais rien de vil n’entachait leur entreprise. Tout au, contraire, une frénésie de désintéressement les animait. Ils ne méritaient certes pas l’épouvantable répression que leur infligea Mac-Mahon, et dont la critique la plus terrible a été faite non par un homme politique mais par l’écrivain Alphonse Daudet dans son admirable conte du lundi : le Turco.

Hier, les martyrs de la « Semaine sanglante ont reçu l’hommage du Paris populaire. Cette piété est à l’honneur de notre peuple, qui reste attaché à tout ce qui est généreux et qui sait que le souvenir doit veiller là ou la gloire ne veillera pas. Il ne suffit pas, cependant, de célébrer l’événement, il faut en tirer la leçon. L'expérience de la Commune prouve que le prolétariat isolé ne peut rien… si ce n’est bien mourir.

Toute conquête, et même tout progrès, n’est possible pour lui qu’en accord avec les paysans, la bourgeoisie laborieuse et les intellectuels.

La Commune lutte de secteur aboutit à un désastre. Il n’est pas de succès que par l’unité totale et permanente de toutes les forces de travail et de pensée de la nation.

En 1789, cette, unité a permis une des transformations sociales les plus importantes, sinon la plus importante. En 1871, l’absence d’unité a conduit une foule noble et inutilement courageuse au Mur des Fédérés. Il ne faut plus jamais qu'un mouvement populaire rencontre un nouveau mur tragique,

Nous vivons des heures graves : un front hostile au Front populaire se constitue. Tout s'organise, et s'organise puissamment pour le nouveau Thermidor. L'esprit de sacrifice et de solidarité chez les défenseurs de la démocratie ; la compréhension des besoins des classes moyennes aussi bien que de la soif de justice du prolétariat ; la fidélité de tous au serment du 14 juillet, voilà les garanties de durée et de triomphe définitif de la coalition qui a su vaincre, mais qui a maintenant l’obligation de gérer sa victoire. Gabriel Cudenet

 L’émouvant hommage du peuple parisien

La traditionnelle manifestation au mur des Fédérés s'est déroulée hier après-midi, à l'endroit où les derniers Fédérés tombèrent, en mai 1871, à la fin de la semaine sanglante.

Le départ du défilé était prévu pour 13 heures. Mais, bien avant le moment fixé, un foule très dense stationnait aux points de ralliement, c'est-à-dire place de la Nation, cours de Vincennes, boulevard de Ménilmontant et avenue Phi lippe-Auguste. Puis, divisé en seize groupes, le cortège se mit en marche, les délégations et les porteurs de couronnes ayant seuls accès au mur lui-même.

 

En tête venaient les différentes personnalités des partis socialiste et communiste ; puis les anciens combat tants et amis de la commune, les officiers et sous-officiers de réserve républicains, l'Association des Maisons de la Culture, où l'on remarquait MM. Jean Cassou, Tristan Rémy, Louis Latzarus, directeur de l'Opéra-comique, Paul Nizan, et les députés Jonas et Vaillant-Couturier, les associations de mutilés et d'anciens combattants, les femmes communistes et socialistes, les jeunesses des deux partis, les avocats, intellectuels et étudiants antifascistes, les sportifs de la F. S. G. T., les fédérations de la région parisienne du bâtiment, des transports, des textiles, du métro, de l'habillement, du spectacle, etc., tous drapeaux en tête. Le comité d'organisation, ayant à sa tête M. Maurice Lampe, responsable général, avait prie toutes les mesures nécessaires pour assurer le maximum de discipline et d'ordre dans le défilé auquel participaient près de cent mille manifestants. Dans le cimetière, la foule défila silencieusement. Arrivés près du Mur, les porteurs de gerbes se détachèrent de leurs groupes et vinrent de leurs fleurs grossir l'amoncellement de couronnes et de bouquets rouges. Tout l'après-midi, le défilé, commencé à 13 heures 10, se déroula à une cadence rapide à travers le vieux cimetière, pour se disloquer, peu à peu, dans un calme parfait, près de la porte de l'avenue du Père-Lachaise. Ajoutons que sur le parcours était vendu un insigne demandant l'union de tous pour la réalisation du programme du Front populaire et que des quêteurs sollicitaient les manifestants pour les enfants de Bilbao.