J’ai toujours pensé que la fierté était plutôt une valeur de droite, celle de personnes se sentant supérieures de par leur réussite. Je n’ai donc jamais apprécié le nom de «la marche des Fiertés ». Comme je ne suis pas totalement idiot je sais très bien qu’il s’agit d’afficher une fierté face à tant de hontes cumulées à travers l’histoire pour des homosexuels pourchassés. Peut-on en conséquence distinguer une fierté de droite et une fierté de gauche comme j’ai appris à différencier une fidélité de droite et une fidélité de gauche ?

Jean Cassou a été un journaliste, un romancier, un poète, un essayiste, bref un écrivain tout terrain mais quand on lui demande ce qu’il a fait dans sa vie il répond : fonctionnaire (sauf sous Vichy où il fut destitué). Et en effet il fut fonctionnaire comme tant d’autres écrivains tout terrain dont la liste serait longue.

On retiendra de Guillevic qu’il était poète et non qu’il était fonctionnaire !

Jean Cassou a été un fonctionnaire qui a gravi les marches de la fonction, au service dit-il «du bien public».

Et ce service du bien public le rendait fier. Peut-on être fier d’être un romancier ? Le romancier est au service de quelques-uns et non au service de tous comme le permet le statut de fonctionnaire !

La fierté selon Jean Cassou n’est donc pas la marque d’une réussite sociale personnelle mais d’une personne faisant abstraction d’elle-même pour le bien de tous !

La question se pose à de grands journalistes télé qui préfèrent rester dans le service public plutôt que de courir derrière les ponts d’or proposés par le privé (vu leur valeur marchande).

A lire Jean Cassou je me dis que, moi aussi, j’ai été fier d’être instituteur, fier et heureux. Et là on se trouve face à une contradiction quand on est militant syndical. D’un côté il faut pointer tout ce qui ne va pas dans le métier, et de l’autre comment dire que c’est un beau métier dont on est fier ?

Nous sommes dans une société glorifiant toujours plus le privé et la haine du fonctionnaire a changé de camp : du paysan pensant qu’il s’agit d’un feignant, on est passé aux Gagneurs pensant qu’il s’agit d’un ankylosé ! Les fonctionnaires, par la sécurité de l’emploi, sont gens à ne prendre aucun risque dans un système insensible aux mutations du monde et dans cette haine du fonctionnaire, la haine des enseignants n’est pas la moindre.

On pourrait donc être fier d’être paysan, mais pas fier d’être instit ?

Le travail des fonctionnaires mérite des améliorations perpétuelles, des évolutions, des mutations même et passer de la machine à alcool au traitement de texte fait partie de cette évolution. Il comporte ses tares, ses erreurs.

Mais qu’on le veuille ou non, c’est là une part de la société nouvelle à laquelle tout esprit émancipateur peut aspirer. On parle souvent du décalage salarial entre hommes et femmes or chez les fonctionnaires il n’existe pas, même si je sais que les hommes accèdent plus facilement aux postes de responsabilité mieux rémunérés. Mais oui, les instituteurs peuvent être nommés dans des endroits reculés où les médecins ne veulent plus aller. Comme pour les pharmacies mais pour des raisons différentes, il y a égalité des territoires. En fait la fierté de gauche est celle qui aide la société à s’émanciper de la course à l’individualisme. J-P Damaggio