finale 1921

Au départ l’élite du rugby fut urbaine en tant que sport d’étudiants (donc de la classe aisée) : Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse.

Il va devenir terre du Sud-ouest petit à petit à partir de 1920 (Tarbes devient alors champion) et la finale de 1921 est majeure de ce point de vue avec l’arrivée de l’USAP dans la cour des grands.

Ceci étant Perpignan avec ses 75 000 habitants reste parmi les grandes villes mais cette année là l’USAP bat le Stade Toulousain. Victoire symbolique car ensuite tout revient dans l’ordre avec trois victoires successives de Toulouse à qui va succéder parmi les champions… l’USAP.

En 1921 le rugby devient un sport très populaire. L’Humanité en parle enfin sous le titre de « beau sport » et la FST (Fédération Sportive du Travail) a sa section rugby avec les cheminots en pointe.

La finale de 1921 se déroule à Béziers avec 20 000 personnes et une recette exceptionnelle. La Dépêche se fere le relais de cet engouement et le 17 avril, veille du match elle publie un article de Jean Payra qui dit bien l’ambiance.

La Dépêche 17 avril 1921 VIVE LE RUGBY

Par M. Jean PAYRA

Qui ne crie aujourd'hui ou n'est tenté de crier : « Vive le rugby 1 » ? Quelle est la ville ou simplement le hameau de France ne comptant pas des favorisés qui sont partis pour aller à Béziers assister à la finale du championnat, ou des sportsmen attentifs qui, n'ayant pu se déplacer, attendront anxieusement le résultat d’une partie autour de laquelle ils discutent depuis quinze jours et qu'ils commenteront des mois durant ?

Combien de centaines de mille sont-ils ceux-là qui, chez nous comme à l'étranger rôderont dès cinq heures du soir autour des agences d'information pour savoir lequel, de Toulouse ou de Perpignan, l'a emporté dans cette ultime rencontre ?

Et, signe des temps, et danger également, combien sont-ils aussi ceux-là qui, il n'y a pas très longtemps encore, se gaussaient de notre enthousiasme, raillaient notre entêtement ou tentaient de nous ridiculiser, et qui, aujourd'hui, — découvrant subitement les sports et plus particulièrement le rugby, sans doute comme une force suffrageante dont il faut tenir compte — ou se plaignent qu'on ne leur fasse pas une place qu'ils ne méritent pas, ou astucieusement tentent de supplanter ceux-là qui, convaincus, ont fait du sport et plus particulièrement du rugby, après vingt ans d'efforts, ce qu'il est aujourd'hui.

Gaston Vidal qui, en dehors et au-dessus des petites combinaisons, est et demeurera le ministre des vrais sportsmen de France, disait, dimanche dernier, au cours de notre réunion du conseil : «Méfions-nous ! C'est aux heures où les collectivités paraissent les plus fortes, qu'elles courent les pires dangers; évitons tout ce qui peut diminuer la magnifique vitalité de la splendide phalange sportive que nous avons réussi à constituer. »

Vidal avait raison et chaque sportsmen à l'obligation, à cette heure, de comprendre exactement la part de devoir qui lui incombe.

Qui sera champion de France ce soir ?

Peu importe. Deux grandes équipes se rencontrent. Un public qui aime le rugby suivra passionnément toutes les phases de la partie que dirigera M. Dussaut, arbitre d'une compétence, d'une autorité et d'une impartialité incontestables. Que chacun de nous se dise bien — qu'il soit sur le ground ou dans le public — qu'aucune note discordante ne doit venir troubler la belle manifestation qui va se dérouler. Sans doute, a-t-on le droit de soutenir l'équipe que l'on préfère. Et j'entends bien, par exemple, que même parmi ceux qui sont à la tête du rugby il se trouvera de parfaits sportamen, comme Léry ou Escaffit, qui soutiendront énergiquement Toulouse en toute loyauté, j'en suis sûr, pendant que je ferai tout ce qui dépend de moi pour que Perpignan, qui régulièrement doit gagner, se montre digne de lui-même.

Mais au-dessus des désirs légitimes de chacun de nous, il y a, ne l'oublions pas, l’intérêt supérieur de la magnifique cause que nous avons créée et que nous servons - Vive le Rugby !

Jean PAYRA.

Président de la F. F. R., président de l'U. F. P. S, A., président fondateur de l'Union sportive Perpignanaise.

Voici en plus l’article de La Dépêche présentant le match.    USAP_Stade_Toulousain