Frank T’Hézan sur La Dépêche
Comme chaque année le Festival Offenbach de Bruniquel se prépare... et La Dépêche interroge Franck T'Hézan.
La Dépêche du jour
Du 1er au 11 août, entre 6 et 7 000 personnes assisteront au festival des châteaux de Bruniquel, en Tarn-et-Garonne, qui sublime les opéras-bouffes d’Offenbach. Rencontre avec Frank T’Hézan.
Script en main, son indéfectible sourire s’esquisse souvent dans des volutes de fumée de tabac à rouler. Alors que les répétitions du prochain festival des châteaux de Bruniquel s’enchaînent par un soleil de plomb au-dessus des gorges de l’Aveyron, le directeur Frank T’Hézan a accepté de présenter les enjeux de cette 28e édition. Du 1er au 11 août*, sa joyeuse bande d’artistes lyriques jouera « Le Chateau à Toto » qui est, comme toujours, un opéra-bouffe de Jacques Offenbach.
Quand est-ce que vous avez découvert Bruniquel pour la première fois ?
Quand j’étais enfant. Ma famille a une maison à Puycelsi et moi j’allais chez les scouts, sur la colline juste en face de Bruniquel. Petit, je voyais ce château au loin que j’ai pu visiter à 11 ou 12 ans. C’est un site qui me fascinait.
Et très vite, le metteur en scène et comédien que vous êtes a eu envie d’y jouer…
La première année où j’ai joué Croquefer, qui se déroule de surcroît au Moyen-Âge, j’ai eu envie de la monter dans un décor naturel. Je ne connaissais personne et je l’ai proposée partout. Mais j’avais peur que l’on me dise non à Bruniquel. Or, toutes les communes sollicitées ont refusé et j’ai fini par prendre rendez-vous avec le maire de Bruniquel. Il m’a dit oui et aujourd’hui, Michel Montet est devenu l’un de mes meilleurs amis. Même s’il n’est plus à la mairie, il est toujours très actif sur le festival. C’est notre protecteur.
Qu’est-ce qui vous plaît tant dans l’œuvre d’Offenbach ?
Mis à part le fait que sa musique est géniale, on a aussi eu la chance d’avoir des librettistes tout aussi talentueux. Il s’agit toujours de satires de la société. Et les rapports humains, cela ne vieillit pas, que l’on passe par l’Antiquité, le Moyen Âge ou par une période plus contemporaine. « Le Chateau à Toto », basé sur un livret de Meilhac et Halévy, est une pièce champêtre avec une intrigue amoureuse qui oppose deux familles rivales, les La Roche-Trompette et les de Crécy-Crécy, sur le modèle de Roméo et Juliette. Toto, qui a cramé toute sa fortune, souhaite vendre son château pour partir à Paris. Et lorsqu’il revient à Bruniquel pour le vendre, il est accompagné de viveurs parisiens. Dès cette époque, on observe la confrontation entre les mondes urbains et ruraux. On a de faux marquis, une fausse vicomtesse comme aujourd’hui il en existe encore chez les mondains. Tous ces gens débarquent avec leur mépris avant de comprendre que la vraie vie, c’est la campagne.
Comment parvenez-vous à vous renouveler après près de 30 ans de festival ?
C’est le miracle d’ici ! Chaque année, c’est un peu la première fois alors qu’entre les professionnels et les amateurs, on se connaît bien. L’événement a acquis une certaine notoriété dans le monde lyrique et on a beaucoup de demandes. Mais il nous faut des gens qui savent autant chanter de l’opéra que jouer la comédie : nous sommes attentifs aux deux.
Hector de La Roche-Trompette, dit « Toto », est joué par Aude Fabre. Pourquoi opter pour un rôle travesti ?
Cela se faisait beaucoup à l’époque. Lorsqu’il fallait jouer une histoire d’amour, on trouvait que deux voix féminines se marraient mieux. Et on a longtemps considéré que c’était un vecteur de jeunesse. Or, Toto est jeune. Moi-même, j’ai déjà joué une femme dans « Mesdames de la halle » qui avait été écrit par trois hommes. Cela permet d’ajouter la dimension comique.
Vous jouerez le baron de Crécy-Crécy. Est-ce qu’il vous arrive encore d’être stressé ?
Non, non : je n’ai pas le temps pour ça, j’ai trop de choses à faire ! Comme disait Louis Jouvet, le trac viendra avec le talent [rires] !