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Vie de La Brochure
30 août 2024

Le capitalisme féodal

Le capitalisme féodal

Quand, en 1972 Umberto Eco parle d’un nouveau Moyen-âge pour qualifier le monde de l’époque il décortique les points suivants :

1 Projet d’apocalypse / 2 Pour un nouveau Moyen-âge

3 Crise de la Pax americana / 4 Vietnamisation du territoire

5 La détérioration écologique / 6 Le néo-nomadisme

7 L’insécurité / 8 Les « vagante »

9 L’ « Auctoritas » / 10 Les formes de la pensée

11 L’art comme bricolage / 12 Les monastères

13 A transition permanente.

Observons tout de suite que la question économique n’est pas directement en première place. De plus il précise bien sûr le terme de Moyen-âge car le premier, qui va de la chute de l’Empire romain d’Occident jusqu’à l’an mille est une époque de crise, de décadence alors que le second va de l’an 1000 jusqu’à l’Humanisme ce qui fait que dans cette période plus florissante, il y a eu trois moments l’un carolingien, puis les siècles suivants XI et XIIème, et enfin la Renaissance tout court.

A partir de là son "hypothèse Moyen-âge" ne vise pas à considérer que le capitalisme de 1970 entrait dans un nouveau Moyen-âge mais que la confrontation avec l’époque pouvait seulement aider à comprendre la nôtre. C’est comme un jeu de laboratoire. Et donc le premier critère qui vient c’est la fin de la pax americana qui fait penser à la fin de la paix romaine. Il s’appuie sur un livre de Furio Colombo pour noter que le politique perd de plus en plus sa capacité à décider. Depuis l’Empire US est ausculté sous tous les angles : il aurait en effet perdu de la puissance, dans un monde multipolaire.

Ensuite la référence au Vietnam (où les USA n’ont pas encore perdu quand Eco écrit son texte) peut paraître dépassée. Là Eco s’appuie sur les études du géographe : Guiseppe Sacco et la mise en place de villes médiévales. Une ville devient un assemblage de quartiers communautaires. Si au Moyen-âge nous étions en période de perte de population nous connaissons la situation inverse sur la planète mais la comparaison a tout de même lieu d'être. En matière d’écologie devenue le pivot de la réflexion actuelle Eco se réfère à Vacca et pointe surtout la production dans la société de consommation de biens qui se détériorent facilement.

Quant au néo-nomadisme il évoque là les mutations technologiques du haut-Moyen-âge (les étriers, le collier avec attelle, le gouvernail postérieur, le moulin à vent) pour le confronter à celui des lignes aériennes (le voyage à Saint-Jacques de Compostelle n’était pas encore à la mode).

Quant à l’insécurité j’ai envie de penser qu’elle a été, sur les routes, de toutes les époques, mais depuis 1972 les vendeurs de système d’alarmes on fait fortune.

Je ne vais pas reprendre tous les points (voir l’article dans La guerre du faux) pour noter seulement que depuis, la réflexion sur le nouveau féodalisme n’a jamais cessé et elle a même pris une tournure économique avec sur ce point un Français dont le livre a même été largement discuté aux USA : Cédric Durand et son Techno-féodalisme.

On devine que quand Umberto Eco écrit son article il travaille à son roman monumental, Le Nom de la rose (publié en 1980), qui donnera lieu à un film fabuleux. J’ai retenu le fait que par la littérature on pouvait se poser des questions globales qui me renvoyaient à des faits concrets et quotidiens dont le premier de tous, tourne autour de l’affaiblissement du politique. Or en 2008 le monde affronte une crise financière puis en 2020 une crise sanitaire et dans les deux cas, sans l’intervention du politique, y compris parmi les politiciens adeptes du système économique, la planète allait peut-être à la catastrophe. Sauf qu’en la matière les pouvoirs politiques n’ont fait que ce que les pouvoirs économiques imposent : l’adaptation permanente. D’ailleurs il y a eu un débat : est-ce qu’après la pandémie la vie sociale rependrait comme avant ? Elle a repris comme avant !

Depuis plus d’un siècle les opposants au capitalisme parlent de son agonie prochaine et crises après crises, il retombe sur ses pieds, comme si les crises étaient sa chance ! Il est donc vital de pouvoir caractériser à chaque époque la nature du capitalisme qu’on affronte sous peine de soigner un cancer comme une grippe. La forme aujourd’hui mondiale du capitalisme s’appuie sur l’histoire des USA et si le concurrent majeur, la Chine, fonctionne à l’inverse (avec au pouvoir un parti communiste !) c’est bien la confirmation que l’économique dicte sa loi, quelque soit le choix de l’orientation politique !

En conséquence, je parle de capitalisme féodal de manière intuitive sans les recherches justificatives appropriées. M’appuyant seulement sur la naissance du féodalisme telle que l’explique Michel Clouscard à partir de l’histoire… de l’amour ! J-P Damaggio

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