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Vie de La Brochure
10 octobre 2024

René Mauriès et René Bousquet

René Mauriès et René Bousquet

Le 20 janvier 1995 le journal Point Gauche ! invitait Pascale Froment pour présenter son livre sur René Bouquet. Elle avait suggéré d'inviter René Mauriès grand reporteur à La Dépêche. Il m'envoya cette lettre que je reprends aujourd'hui pour l'avoir retrouvé. JPD

René Mauriès à Jean-Paul Damaggio

Le 12 janvier 1995

Cher monsieur,

Je viens de recevoir votre invitation au débat du 20 janvier prochain sur René Bouquet. Je suis doublement navré de ne pouvoir vous répondre favorablement et pour l’intérêt de votre entreprise - On a tellement triché avec et sur René Bousquet – et pour l’affectueuse amitié que je porte à ma jeune consœur Pascale Froment, dont l’ouvrage est un modèle de rigueur et d’honnêteté.

Mais ce 20 janvier je serai en principe à l’île de Pâques – vieux rêve de gosse et de journaliste – confronté aux fameuses statues géants venues d’un autre monde. Rappelez-le, je vous prie, à Pascale Froment, et dites lui que je l’embrasse.

René Bouquet a laissé, voilà plusieurs décennies, un document manuscrit significatif, une très longue lettre à Josée Laval, comtesse de Chambrun, et fille de Pierre Laval. Fort émouvante en soi, elle contient deux certitudes que voici en substance :

  1. Je ne serai jamais jugé car je tiens tout le monde.
  2. Si toutefois un jour, je devais l’être, je serai abattu avant.

Ce document contient toute l’équivoque dont a bénéficié longtemps Bousquet, avec les dérobades et les lâchetés de bien de ceux, et non des moindres, qui l’avaient connu et fréquenté.

La dernière fois que le hasard nous mit en présence voilà 7 ou 8 ans il déplorait précisément la « veulerie » (c’était son mot) qui l’entourait, plus redoutable que ses accusateurs car j’avais dû me hérisser contre ses atteintes à mon indépendance professionnelle qui le contrariait. Des notes concernaient même mes articles du Tour de France cycliste.

Certes on ignorait généralement à l’époque les terribles accusations portées contre lui par la suite. Mais il est certain que l’affaire René Bousquet aurait connu une autre dimension si tous ceux que concernait son comportement avaient eu le courage élémentaire de tout citoyen digne de ce nom : sans haine et sans crainte.

René Bouquet possédait tout pour réussir et était parti pour l’épanouissement de cette réussite. Il est dommage qu’en cours de route il ait cru devoir conforter son ambition par la veulerie d’autrui. Il est tombé comme il l’avait prévu, victime de cette même veulerie, de crainte qu’il ne la dénonce.

Croyez cher monsieur à mes sentiments distingués.

P.S. Puis-je solliciter, à temps perdu, un renseignement, que j’ai demandé en vain à Monsieur le maire de Bruniquel et à M. Malrieu. Savez-vous, par hasard, si, dans les années 1830-1835 quelqu’un, un anglais paraît-il – se serait suicidé à Bruniquel en se jetant du haut du château ? Ce détail l’intéresserait pour une étude historique en cours.

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