L’avenir de la commune en 1971 avec Camille Bégué
Chaque pays a ses anomalies historiques qui en font… un pays.
Qui dit pays, dit frontières et leur défense fabrique les nationalistes.
Contre les nationalistes, les marxistes ont appelé à l’internationalisme.
Les nations sont de plus en plus nombreuses et l’internationalisme de plus en plus faible.
Parmi les anomalies françaises il existe le nombre considérable de communes.
Depuis les années 1970, les technocrates en appellent à en finir.
La fin des communes est depuis toujours annoncée mais toujours repoussée, du moins en partie.
En 1971 le maire de Larrazet un homme de droite bien implanté parmi les autorités politiques, découvre que les dits technocrates concoctent la réduction du nombre de communes.
Il en parle dans sa profession de foi, ce qui est plutôt rare et en termes utiles aujourd’hui :
« Il ne vous échappera pas, nous voulons l’espérer, que l’intérêt primordial de chacun et de chaque famille exige que la commune continue. Nous le devons aux morts qui, pendant près de mille ans, ont assuré son existence. Nous le devons aux générations qui viendront, qui attendent de nous que nous leur préparions les moyens de prospérer sous leur ciel et sur lu terre.
Vous avez besoin vous-mêmes, chacun pris individuellement, que votre commune subsiste. Ceux qui se plaignent devraient se demander comment ils seront traités le jour où ils dépendront de bureaux administratifs anonymes, installés au loin et où leurs contributions seront fixées par un organisme où ils seront représentés en proportion insignifiante.»
Cet appel à sauver la commune a dû paraitre bien étrange à l’électeur ordinaire peu au fait des tractations internes au pouvoir. Sauf que l’idée de la fin des communes est bien une obsession qui dure depuis et qui est un des chantiers qui prouve que la frontière entre la droite et la gauche est très mince.
Une commune qui existe depuis mille ans ? Belle occasion de revenir sur les décisions de la Révolution française qui font souvent passer les paroisses au rang de commune. Alors que sur le plan régional elle élimine les féodalités même si un département comme l’Aveyron recoupe plus ou moins le Rouergue, globalement le système politique mis en place, commune-canton pour le département-nation, est une clarification politique majeure. Dans ce contexte la naissance des communes en tant qu’institution démocratique joue le rôle de pilier de l’édifice, sans trop heurter les traditions. Et c’est là que la conscience politique va naître.
Depuis on a vu renaître les régions : la Provence, la Bretagne etc… et les intercommunalités. Le système nouveau serait : intercommunalités (variables), régions, nation, Europe.
Pour alerter les citoyens, le maire de Larrazet en appelle à leur intérêt particulier. Et il décrit exactement ce qui est arrivé : un organisme éloigné où la commune est faiblement représentée.
En fait, suivant les services, l’éclatement du schéma simple issu de 1790 est catastrophique. Prenons le canton qui était structurel dans le système ancien, il existe seulement au moment des élections sur des limites incompréhensibles. Ainsi ma commune dépend d’une intercommunalité qui n’a rien à voir avec mon canton ! De quel syndicat des eaux, de quel district EDF dépend-t-elle ?
Une loi a décidé des compétences de chaque étage mais dans les faits, si c’est dans l’intérêt général, la répartition des compétences est éliminée !
A tous les étages les féodalités se sont réinstallées. « Si tu ne réponds pas à ma demande, je quitte l’intercommunalité ! » Un bras de fer permanent ! Qui devient incompréhensible pour le citoyen. Pendant ce temps les impôts s’ajoutent aux impôts chaque étage voulant sa part.
Il suffit pour comprendre de suivre l’évolution des constructions des institutions politiques. Autrefois il y avait la mairie (souvent avec l’école), le conseil général (souvent avec la préfecture), et les institutions de l’Etat.
Aujourd’hui les mairies sont souvent neuves, mais il faut surtout visiter les maisons intercommunales, les hôtels du département, les hôtels régionaux et on prétend en même temps que le politique a perdu du poids par rapport aux forces économiques !
Que faudrait-il faire ? Tout reconstruire comme en 1790 avec des intercommunalités réduites et solides, des régions réduites et solides, un Etat clair et solide et une Europe réduite et solide. Avec pour chaque étage de élections claires et solides. Donc la commune disparaît enfin ? Non elle disparaît dans les vastes intercommunalités actuelles en gardant seulement une façade. Elle pourrait se redynamiser dans une intercommunalité à taille humaine. J-P Damaggio