Griolet perd son procès face à Vautrin
https://www.lemonde.fr/archives/article/1991/01/25/
l'universitaire patrick griolet debouté par le tribunal de paris jean vautrin n'est pas un plagiaire
La première chambre du tribunal de grande instance de Paris, présidé par M. Diet a rendu mercredi 16 janvier un jugement déboutant entièrement M. Patrick Griolet qui accusait l'écrivain Jean Vautrin de l'avoir plagié dans son roman Un grand pas vers le Bon Dieu.
M. Patrick Griolet est un universitaire qui a consacré ses recherches à la présence francophone en Louisiane. Il a publié ses travaux dans deux livres, Cadjins et Créoles en Louisiane et Mots de Louisiane, étude lexicale d'une francophonie, publiés respectivement en 1986 et 1987. Le 6 mars 1990, il avait assigné Jean Vautrin en contrefaçon, estimant que l'écrivain s'était entièrement nourri de son travail pour écrire Un grand pas vers le Bon Dieu qui venait d'obtenir le prix Goncourt en novembre 1989.
Peut-on " plagier " un dictionnaire ? Un chercheur qui recueille la littérature orale et le langage d'une population peut-il avoir des droits d'auteur sur le matériel folklorique qu'il a collecté ? Telles étaient les questions auxquelles devait répondre le tribunal, saisi par un chercheur qui ne réclamait rien moins que la saisie du prix Goncourt et la moitié des droits d'auteur déjà touchés par Jean Vautrin.
Sa réponse est sans ambiguïté et insiste sur la frontière qui sépare l'étude historique de la création romanesque : " L'auteur d'un dictionnaire ou d'un lexique (...) ne dispose de droits essentiellement que sur les textes explicatifs et les définitions qui y sont introduits (...). alors que les mots, de même que les expressions issues de leurs associations, faisant partie du domaine public, sont insusceptibles d'appropriation ".