L'aide à l'enfance au Conseil départemental du 82
J'ai déjà évoqué cette question à partir de l'article de La Dépêche qui ne dit rien des revendications. Le Petit Journal consacre deux pages à la question et on peut mieux en saisir l'importance. .
ça craque de partout Petit Journal 16 février
Le nombre de placements d’enfants ne cesse de progresser dans le Tarn-et-Garonne comme dans toute la France. Pour y faire face, le Département, qui y a consacré 41 millions d’euros en 2024, promet d’augmenter l’enveloppe pour la porter à 44 M€. Une somme encore dérisoire pour combler un fossé qui ne cesse de se creuser depuis la fin de la crise covid entre les moyens mis à disposition par le conseil départemental et la hausse d’enfants pris en charge : +20 % sur le budget face à +30 % de mineurs placés. Ils étaient 600 à 700, ils sont aujourd’hui plus de 1 100.
La situation est devenue intenable avec des gros dysfonctionnements qui ont fait la une de l’actualité lorsqu’une employée a fait l’objet d’une enquête pour avoir renseigné un proxénète sur des jeunes filles vulnérables. Dernièrement d’autres affaires auraient eu lieu avec notamment deux mises à pied. Face à ça, la trentaine d’agents du service de placement ont fait valoir leur droit de retrait qui n’a pris fin que le 11 février après deux semaines d’action. Ils dénoncent des problèmes au niveau de la hiérarchie et des décisions prisent par la présidence. Cette prise en charge des enfants vulnérable est également mise en péril par le manque de places dans le secteur soignant, hospitalier et pédopsychiatrie.C’est pour mettre en lumière tout cela qu’ils étaient une centaine à s’être invité à la session du Conseil départemental : « Ce n’est pas un combat contre vous mais un combat à mener avec nous » ont-ils lancé aux élus.Le système de protection de l’enfance s’est énormément dégradé. Le constat est terrible : « Nous devenons maltraitants malgré nous à cause d’une situation que l’on subit et c’est pour cela que nous avons usé de notre droit de retrait ».
L’HUMAIN N’EST PLUS UNE PRIORITÉ En Tarn-et-Garonne, l’humain ne devient plus une priorité. Seuls les chiffres comptent avec le non-remplacement de postes, des changements de référents avec des postes précaires et d’autres promis qui ne sont pas arrivés pour s’occuper des personnes âgées et handicapées. Les agents doivent faire face à une population de plus en plus précarisée : « On gère les urgences et l’on oublie la prévention. On est sous l’eau en permanence ». Cette situation va au-delà des services du département avec des juges des enfants débordés, des parents déjà en difficulté qui deviennent violents : « on retrouve nos voitures abîmées, on se fait agresser ! On ne peut plus travailler comme ça. »La situation est tellement tendue dans un département sinistré en termes de pédopsychiatrie que les agents doivent souvent faire face au refus de l’hôpital de jour pour prendre en charge des enfants au motif qu’ils sont « trop handicapés ».
Les moyens proposés sont largement insuffisants pour des services qui gèrent des crises continuelles avec parfois d’autres solutions que de renvoyer les jeunes victimes chez leurs parents car ils n’ont plus les moyens de le protéger : « on est devenu le 115 de certains enfants ». La situation est devenue catastrophique, il manque des places partout, certaines familles d’accueil se voient confier 6 à 7 enfants et d’autres sont envoyés hors du département. Il y a pourtant des candidats mais trop peu de personnel pour les voir. Les instructions de dossier s’allongent et, découragée, certaines familles candidates pour devenir famille d’accueil préfèrent se tourner vers d’autres départements plus efficients.
UN TRAVAIL DEVENU UN SACERDOCE C’est que le travail d’un référant n’est pas de tout repos avec 25 à 30 enfants à gérer et, en moyenne, deux qui se retrouveront sans solution de placement. Pour ces personnes, une journée se traduit à une quarantaine de mails à traiter, des insultes et des kilomètres à avaler : « C’est ça une journée. On court toujours ».Dans les foyers la situation n’est pas plus enviable. Le travail d’un éducateur c’est semaine et week-end avec parfois la nécessité de revenir sur place alors que la journée est terminée… et tout cela pour 1 500 à 2000€ par mois. DES ÉLUS MÉDUSÉS L’atmosphère est tendue devant la salle du conseil où manifestants et élus se font face : « Venez voir, on vous y invite » lance un des manifestants à l’attention d’un élu : « On est inquiet des prochains départs à la retraite. Est-ce que vous allez maintenir tous les postes ? On est déjà en sous-effectifs ! Est-ce que les budgets vont baisser sur tous les services ? ». Le département cherche à faire des économies lui répond l’un des vice-présidents « chaque départ sera regardé de près ». Rien d’encourageant mais Jean-Luc Deprince s’explique « le désengagement de l’État, c’est nous qui le subissons ».
OÙ VA L’ARGENT ? Les manifestants dénoncent des dépenses mal fléchées. Récemment la Cour Régionale des Comptes a d’ailleurs demandé au Conseil Départemental de Tarn-et-Garonne de se concentrer sur ses prérogatives et l’aide à l’enfance en fait partie. Les services à l’enfance manquent de monde « et on ne pérennise pas les contrats qui sont là ». Ce sont des précaires pour s’occuper d’autres précaires avec des contrats de 6 ou 3 mois. Aujourd’hui, le service de placement rassemble 15 agents dont seulement 5 sont titulaires. La gestion paraît tellement ubuesque que l’on se trouve avec des agents ayant réussi le concours mais embauchés en CDD. À chaque fois que l’un d’eux s’en va, c’est 25 à 30 enfants pour qui il faut tout recommencer : « Vous mettez des centaines de milliers d’euros d’argent sur des clubs sportifs alors que tous les métiers de l’action sociale sont en grande difficulté. Si l’on massacre nos enfants, c’est quoi ce que l’on veut demain. C’est eux l’avenir. » Dominique Sardeing, vice-présidente tente alors de faire baisser la tension : « les dépenses sur l’aide à l’enfance sont très importantes. On y répond. Pas à la hauteur que vous attendiez mais on fait ce que l’on peut ». Faire son possible n’est visiblement pas suffisant : « Je suis élue d’une petite commune. Les choix budgétaires, je sais ce que c’est. Vos choix ont des conséquences sur la santé mentale de vos agents. En à peine plus d’un an, ce sont trois collègues qui ont fait un burn-out. Je les ai vues craquer ».
LA PRÉSIDENCE PERD LE CONTRÔLE La rupture est profonde entre la présidence et les services. Des anciennes employées avec 20 ans de métiers sont parties. Certaines évoquent des pressions et la « promesse de sanction » envers des salariés qui ont fait valoir leur droit de retrait. Des affirmations que la plupart des élus apprennent avec stupéfaction, même au seing de la majorité : « J’aimerais bien que vous nous envoyiez des éléments sur les pressions reçues » s’étonne Valérie Rabault.Pourtant, les élus de la majorité ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas : « Ils sont au courant. On a eu 5 à 6 tables rondes avec Marie-Claude Nègre (vice-présidente) » s’exclame une des manifestantes bien heureuse de percer l’abcès. Du côté de l’opposition, la situation paraît lunaire : « On ne savait rien. On a été tenu dans l’ignorance » regrette Mathieu Albugues. La réaction est identique pour Jean-Philippe Bésiers qui découvre tout ça. Certains avaient bien demandé les raisons de ce droit au retrait, une requête qui est restée sans réponse de la part de la présidence.
LA PATATE CHAUDE AU PRÉFET… Le Tarn-et-Garonne compte aujourd’hui 1 150 enfants confiés à l’aide à l’enfance et 200 en attente de placement. Pour gérer cela, ils sont 24 agents de placements, 4 foyers et deux lieux de vie. Les lieux de vie sont de petites structures où six personnes se relaient jour et nuit, 24 heures/24, pour s’occuper des enfants comme ce serait le cas dans une famille normale, avec le ménage, les devoirs, les repas… « on passe une semaine avec eux puis la deuxième équipe prend le relais pour la semaine suivante ». Avec ce coup d’éclat, les agents ont voulu dénoncer des moyens insuffisants mais aussi une direction non-incarnée : « On voudrait des cadres compétents. L’institution doit être structurée de façon sécure » espèrent-ils. Ce qui est sûr, c’est qu’ils ne lâcheront rien. La balle est dans le camp de la présidence qui botte en touche en renvoyant la balle vers le préfet de Tarn-et-Garonne et une réunion qui doit avoir lieu le 19 février.
A SAVOIR
Qui sont les enfants placés ?
Un mineur peut être retiré de son domicile familial lorsque sa santé, sa sécurité sont en danger, ou quand les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises. Dans ce cas, une mesure de placement est ordonnée par un juge des enfants. Une fois l’ordonnance de placement provisoire prononcée, le mineur est confié aux services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental. Ce dernier va identifier la structure d’accueil la plus adaptée aux besoins de l’enfant (famille d’accueil, Foyer, Maison d’enfants à caractère social, Lieu de vie et d’accueil ou Village d’enfants et d’adolescents).
Le Tarn-et-Garonne compte
- 1150 enfants placés (+ 30 % depuis 2022). - 200 enfants en attente de placement. - 200 enfants suivies en PHD. Ils ne sont pas placés en structure d’accueil et demeure dans leur lieu de vie habituel. - Budget de l’Aide à l’Enfance en 2024: 41 M€ (+20 % depuis 2022) - 24 référents avec 25 à 30 enfants à gérer - 200 à 250 familles d’accueil - 4 foyers - 2 lieux de vie
LP
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