César Vallejo et Fédor Kelin
L'enthousiasme de César Vallejo pour l'Union soviétique ne s'est pas seulement manifesté après ses trois séjours dans ce pays : 1928, 1929 et 1931, mais remonte également à une lettre plus ancienne à Pablo Abril de Vivero. Considérant qu'El tungsteno avait été traduit et publié en russe, Vallejo tenta d'y retourner une quatrième fois pour y présenter ses pièces Lock-out (1930) et Presidents of America (1934), qui, en réalité, ne furent jamais publiées ni jouées sur une scène soviétique. Ses relations avec l'Union internationale des écrivains révolutionnaires, dont Fédor Kelin était secrétaire, a produit douze lettres dans lesquelles les projets créatifs, éditoriaux et politiques de l'écrivain péruvien sont attestés, ainsi que le silence pernicieux de son traducteur russe.
Fédor Kelin refusera de répondre à ses lettres à partir de 1933 mais ils se retrouvent en 1937 en route pour le Congrès de Valence, sauf que dans ce témoignage Fédor ne dit rien de la raison pour laquelle il est resté silencieux. Il se contente de pointer :
« Lorsque je l'ai rencontré en voiture sur la route de Barcelone à Valence en 1937, je ne l'ai pas reconnu immédiatement, tant il avait changé. Il semblait que la mort l'avait déjà touché. Mais dès que je lui ai parlé, j'ai compris qu'aucune maladie, aucune privation ne pouvait briser son énergie, son enthousiasme, sa foi en la victoire finale de la cause commune. (Popova, 2022, p. 263) »
Il lui a parlé mais que dire des sujets de discorde ?
J-P Damaggio