Fabio Marra Les couleurs du souvenir
Sur la photo Fabio Marra est le deuxième en commençant par la gauche. Comme l’indique le nom et le prénom, il est d’origine italienne. Il est né à Naples le 25 juin 1984 où il débute au Théâtre Bellini et depuis il a beaucoup voyagé. Avignon aura été son tremplin voici déjà plusieurs années. Comme Nanni Moretti, il fait tout, il écrit, il met en scène, il joue.
Cette année c’est l’histoire d’un peintre qui devient aveugle dont il joue le fils mal aimé. Le rôle du peintre revient à Dominique Pinot et c’est en le voyant à notre resto habituel, chez Avidis, qu’on a pensé aller le voir. D’autant que comme sur la photo il tient la main à Catherine Arditti la sœur de Pierre, la sœur éclipsée par Pierre.
La famille Arditti a eu pour père un peintre.
Sans écrire toute l’histoire Fabio Marra qui quitte l'Italie en 2005 pour s’installer à Paris où il se forme à l’École Internationale Jacques Lecoq. Et il crée sa Compagnie Carrozzone en 2006, celle qui est toujours là à Avignon en 2025 !
II débute donc à Avignon en 2008 avec Teresina. En 2010 et 2011 il y présente La Naïve. En 2012 et 2013, c’est Rappelle-toi. Dans les chaussures d’un autre c’est en 2014. En 2015, toujours à Avignon, il écrit et met en scène Ensemble, interprété par Catherine Arditi dans le rôle principal. La pièce se déroule autour d’un thème aussi inconnu qu’universel : la normalité. La pièce est nommée aux Prix Molières en deux catégories, Fabio Marra en tant que révélation masculine et Catherine Arditi est couronnée Meilleure Comédienne du Théâtre Privé 2017. Ensemble a été traduite et produite en plusieurs pays :
Royaume-Uni, République tchèque, Corée du Sud, Allemagne, Grèce, Luxembourg, Pologne, Panama, Argentine, Finlande, Bulgarie, Lettonie et Turquie.
Il passera par l’Espagne mais surtout en 2020 il écrit Un pas après l'autre jouée au Théâtre La Scala Provence dans le cadre du Festival d'Avignon 2022
Le spectacle de 2025 est né en fait en 2023 avec Dominique Pinon, Catherine Arditi, Sonia Palau, Floriane Vincent, Aurélien Chaussade et Fabio Marra. La création a lieu au Théâtre des Halles d'Avignon. En coproduction avec La Comédie de Picardie d'Amiens.
En 2024 il met en scène Des pivoines du Japon, d'Emmanuel Robert-Espalieu, avec Marion Christmann et Gaël Cottat. Produit par le théâtre La Scala, à l'affiche lors du Festival d'Avignon Off 2024 à La Scala Provence.
Quel parcours !
Que dire de La couleur des souvenirs ?
Voici le résumé simple : « Sur la joue de Vittorio, peintre raté et acariâtre, la douleur indélébile d’une gifle reçue enfant. Longtemps enfoui, ce souvenir refait brusquement surface quand il apprend qu’une maladie le rend aveugle. Ses défenses tombent, laissant apparaître un homme terrassé par son histoire familiale. Dominique Pinon excelle en grand blessé de la vie que rien n’apaise : ni son fils Luca (Fabio Marra) ni sa soeur Clara qui pourtant le chérit (formidable Catherine Arditi). Fabio Marra nous prend par les sentiments et ne nous lâche plus, nous renvoyant aux blessures de notre propre enfance et à la couleur de nos souvenirs. »
La mise en scène est superbe. Les vidéos sont bien inscrites dans le spectacle.
Je reprends là aussi une critique que je trouve judicieuse :
« Après Ensemble, Un pas vers l’autre, c’est la troisième fois que Catherine Arditi joue dans une pièce de Fabio Marra. Il existe entre eux une belle osmose. Elle incarne à la perfection la sœur de Vittorio. Depuis des années, cette femme a perdu tout contact avec son frère et en souffre. Il est son unique et dernier lien avec son enfance. L’âge venant, elle a besoin de retrouver cette complicité perdue. C’est une « dame » qui a bien réussi dans la vie. Une bourgeoise qui n’a jamais oublié d’où elle venait. Elle dirige tout d’une main de fer et ne laisse pas souvent de place aux autres. Ce n’est pas sa fille (épatante Floriane Vincent) qui va nous contredire. Devant la maladie de son frère, elle décide, malgré son refus, de le prendre chez elle. Et puis, il y a le fils rejeté. Un être fragile, naïf et touchant. Ce personnage, récurrent dans son œuvre, est toujours interprété par l’auteur. Fabio Marra y excelle car, comme je l’ai toujours dit, il y a du Pierre Étaix en lui. Il est remarquable dans ce registre qui demande une belle sincérité. Son ultime cadeau à son père est bouleversant.
Un écrin brillant
Cette nouvelle production séduit également par la beauté de la mise en scène. C’est du grand et du beau spectacle. La scénographie est d’une grande réussite, avec une admirable utilisation des projections vidéo. Elles sont autant décoratives que poétiques. Les trois espaces principaux, l’atelier de Vittorio, l’appartement de Clara et la galerie, mais également le restaurant et l’aéroport, prennent forme judicieusement. Quant aux costumes, toujours soignés, ils contribuent à cette atmosphère particulière qui règne dans les pièces de Marra. Laissez-vous emporter par cette Couleur des souvenirs. »
Le spectacle est passé à Montauban en novembre 2024 !
JPD