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Vie de La Brochure
31 juillet 2025

Vallejo contre les marxistes grammaticaux

Au moment de ce article Vallejo pense encore que Staline est un grand adversaire des marxistes grammaticaux. On peut avoir repéré le danger sans pouvoir l'éviter ! JPD

LOS DOCTORES DEL MARXISMO, César Vallejo

1929, article dans Variedades, Lima

Il y a des hommes qui élaborent une théorie ou la prêtent à d'autres, pour ensuite tenter d'y insérer et d'encadrer la vie, en la découpant et en la réduisant. Dans ce cas, la vie se met au service de la doctrine, et non celle-ci – comme Lénine le souhaitait – au service de la première. Les marxistes rigoureux, les marxistes fanatiques, les marxistes grammaticaux, qui poursuivent la réalisation du marxisme à la lettre, forçant la réalité historique et sociale à vérifier littéralement et fidèlement la théorie du matérialisme historique – allant même jusqu'à déformer les faits et forcer le sens des événements – appartiennent à cette classe d'hommes. À force de vouloir voir dans cette doctrine la certitude par excellence, la vérité définitive, irréfutable et sacrée, une et immuable, ils en ont fait un fer de lance, s'efforçant d'adapter le cours de la vie, si riche en surprises, à leur taille, quitte à se meurtrir les orteils et même à se déboîter les chevilles. Ce sont les docteurs de l'école, les scribes du marxisme, ceux qui veillent et gardent avec le zèle des scribes, la forme et la lettre du nouvel esprit, semblables à tous les scribes de toutes les bonnes nouvelles de l'histoire.

Leur adhésion au marxisme est si excessive, et leur soumission si totale, qu'ils ne se limitent pas à le défendre et à le propager dans son essence – ce que seuls les hommes libres font – mais vont jusqu'à l'interpréter littéralement, de manière restrictive. Ils deviennent ainsi les premiers traîtres et ennemis de ce qu'ils croient, dans leur maigre conscience sectaire, être les gardiens les plus purs et les plus fidèles dépositaires. C'est sans doute en référence à cette tribu d'esclaves que le maître lui-même, le premier, a résisté à se déclarer marxiste.

Partant de la conviction que Marx est le seul philosophe à avoir expliqué scientifiquement le mouvement social et, par conséquent, à avoir, une fois pour toutes, enfoncé le clou sur la tête des lois de l'histoire, le premier malheur de ces fanatiques consiste à amputer à la racine leurs propres possibilités créatrices, se reléguant au rang de simples panégyristes et perroquets du Capital. Selon eux, Marx sera le dernier révolutionnaire de tous les temps, et après lui, personne ne pourra rien découvrir. L'esprit révolutionnaire s'arrête avec lui, et son explication de l'histoire contient la vérité ultime et incontestable, contre laquelle il ne peut y avoir aucune objection ni dérogation possible, ni aujourd'hui ni jamais.

Rien ne peut ni ne sera jamais conçu ou produit dans la vie sans relever de la formule marxiste. Toute réalité universelle est une vérification perpétuelle et quotidienne de la doctrine matérialiste de l'histoire. Pour décider s'il faut rire ou pleurer d'un passant qui glisse dans la rue, ils sortent leur Capital de poche et le consultent. Lorsqu'on leur demande si le ciel est bleu ou nuageux, ils ouvrent leur Marx élémentaire, et d'après ce qu'ils y lisent, telle est la réponse. Ils vivent et agissent aux dépens de Marx. Aucun effort ne leur est demandé face à la vie et à ses vastes problèmes et en constante évolution. Il leur suffit qu'avant eux ait existé le maître qui les libère désormais de l'obligation et de la responsabilité de penser par eux-mêmes et d'entrer en contact direct avec les choses.

Freud expliquerait aisément le cas de ces parasites, dont le comportement répond à des instincts et à des intérêts opposés, précisément, à la philosophie révolutionnaire de Marx. Aussi sincères soient-ils, animés par une intention révolutionnaire, leur action effective et subconsciente les trahit, les dénonçant comme les instruments d'un intérêt de classe ancien et caché, souterrain et refoulé dans leurs entrailles organiquement réactionnaires. Les marxistes formels et les esclaves de la lettre marxiste sont, en général, presque toujours d'origine et de souche sociale bourgeoises ou féodales. L'éducation, la culture et même la volonté n'ont pas réussi à les purifier de ces fléaux et de ces racines de classe.

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