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Vie de La Brochure
15 juillet 2025

Yves Sauton et la Chapelle des Italiens

Yves Sauton et la Chapelle des Italiens
Yves Sauton et la Chapelle des Italiens

En investissant le Palais des Papes, Jean Vilar avait compris que les lieux religieux de la ville pouvaient se transformer en lieux théâtraux. La Chapelle de l’Oratoire, La Chapelle du verbe incarné et donc aujourd’hui, découverte de la Chapelle des Italiens. "Yves Sauton, avec sa Compagnie l'Echo du Soleil veut transmettre à des jeunes comédiens, musiciens, danseurs ou autres l'envie de participer à des projets accompagnés de comédiens confirmés, de créer un lien entre les générations et d'apprendre l'une de l'autre. Depuis 2021 cette compagnie occupe la Chapelle des Italiens avec cette volonté de partage et de solidarité, accompagne des jeunes compagnies dans leurs réalisations."

Yves Sauton indique : « L'équipe autour de notre reprise d'Adolf Benito & Joseph s'agrandit et nous sommes heureux d'accueillir ceux qui ont accepté de donner un nouvel élan à ce spectacle. Il y a d'abord Angeline Boissière qui va s'occuper des chorégraphies (car oui, il y aura des chorégraphies... Nous allons faire danser nos dictateurs), Coline Mercier qui nous fait travailler sur le burlesque et s'occupe de la direction des comédiens, et Aurélia Lisoie pour la communication assistée de Lou, Louane et Atta. Le décor aussi a été repensé... Bref, nous peaufinons, nous affinons... Et nous avançons vers ce festival si important pour l'ensemble des compagnies présentes, dans un contexte particulier (mais cela se dit depuis plusieurs années maintenant). Et c'est là qu'il nous paraît important de rappeler à tous ceux qui veulent défendre la culture, qui nous servent des beaux discours, que le meilleur moyen de s'opposer à cette destruction d'une arme de dérision massive, de réflexions, d'interrogations, c'est avant tout de se rendre aux spectacles. Votre présence est plus nécessaire dans les salles que dans des salons ! Avant de se rendre aux funérailles, il vaut mieux participer aux festivités ! »

Yves Sauton est à demeure à Avignon et sa pièce était l’année avant au Théâtre des Carmes. Peut-on rire de tout et les trois dictateurs peuvent-ils passer à la moulinette du burlesque ? L’exercice est dangereux d’autant qu’il ne faut pas les confondre. Mais puisque ce sont trois morts qui « jouent » nous vérifions qu’un est mort avec son corps sur la place publique, l’autre est mort dans un souterrain et le troisième est mort dans son lit après avoir siégé en 1945 aux côtés des « démocrates ». Avec les trois dictateurs, il y a une femme dont après coup je ne peux trop dire le rôle. La critique que je reprends donne une explication. Je serais moins élogieux. Oui, on rigole, on réfléchit, on cherche et on quitte le spectacle réjouit. On mesure les différences avec un Staline cherchant à se différencier, et on a envie de relire le texte. Mais relire le texte n’aurait aucun sens car le sens vient seulement de la façon de jouer. Un dictateur est-il un égo surdimensionné ? Le spectacle commence par une partie d’échec (d’où le titre) impossible, puisque tous les pions sont noirs. Les dictateurs sont des tricheurs ? Ou bien sont-ils condamnés à l’échec ? Un échec temporaire quand ils redeviennent une référence sociale ? Jean-Paul Damaggio

PS : J'ajoute le dessin d'un livre  d'Yves Sauton et sur la photo des acteurs je suppose que Sauton est le premier à gauche (il joue Staline) mais rares sont ses photos sur le net.

Une critique :

Trois prénoms qui rappellent tragiquement leurs noms, Hitler, Mussolini et Staline, trois personnages historiquement inoubliables, trois criminels de guerre se retrouvent autour d’une partie d’échecs, prétexte inopiné à remonter l’Histoire. La mise en scène de Christine Eckenchwiller et Yves Sauton est des plus audacieuses. Il s’agit d’exposer les trois monstres dans un huis-clos étrange post-mortem, intime et symbolique de leurs pensées, face à leurs comportements et leurs débordements. Un face à âme. Tous les trois sont en réaction, en exacerbation de leur ego surdimentionné. L’excès est partout, les gestes, les voix qui grimpent dans les aigus, les pas qui arpentent le plateau piétinent dans le burlesque un monde qui sombre dans son chaos à l’aube naissante d’un siècle de folie. Le quatrième personnage Manuelle Molinas tente de s’immiscer dans la folie ordinaire des trois tyrans, elle incarne la mémoire encore vivante ineffaçable en raison des atrocités perpétrées. Irréelle comme un a parté convenu et admis de facto par le public, la mémoire questionne, dérange donc un désordre établi par les trois compères.

Personnages en pure folie, la chambrée intimiste avec les pensées délirantes des trois infâmes va se transformer en un lieu de remise en cause, d’accusation, de compréhension enfin possible de l’inhumanité. La mise en scène va au delà de la caricature, la pantomime n’est pas loin et le burlesque exacerbe des rôles de plus en plus déglingués. Le parti pris d’outrer leur jeu renforce la possibilité d’envisager les trois rôles comme des manifestations de lourdes pathologies. L’interprétation d’Hitler par Olindo Cavadini dont la voix se fait pure hystérie donne le ton de façon spectaculaire et parfaitement maitrisé aux deux autres personnages. Yves Sauton et Salvatore Caltabiano sont stupéfiants. L’inconscience et l’irréalité les placent dans des moments extraordinaires de bouffées délirantes et la partie d’échecs prend une bien singulière tournure. La raison et la voix de la conscience peinent à se faire entendre. La folie elle seule est audible et le dénouement tarde à se profiler si tant est qu’il puisse exister. La mise en scène fonctionne à merveille, les comédiens amusent, intriguent et font entrevoir avec subtilité des personnages hauts en couleur, tragiquement drôles et pitoyablement comiques. Condamner par la dérision, énoncer des atrocités dans un sourire, provoquer le rire en lieu et place des larmes c’est là tout l’art d‘une écriture intelligente apte à toucher en prenant le parti pris de ne pas le faire. C’est élégant et redoutablement efficace puisque tout se passe à notre insu comme à la leur ! À voir ou à revoir pour le plaisir et pour l’exemple, si toutefois l’exemple peut être exemplaire ! Nadine Eid

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