La Périchole en 1874
Ce soir c'est la dernière de la Péricole à Bruniquel alors ce clin d'oeil historique. PD
Le Don Quichotte 5 septembre 1874
La Périchole. Hip! bip! hurrah!.. hip! bip ! hurrah!... C’est du fanatisme, du délire, Paola for ever !... les bouquets, les chapeaux, les pardessus jonchent la scène, nous nous espagnolisons, nous nous américanisons. Si Mlle Paola avait un équipage, la foule enivrée prendrait la place des chevaux et la traînerait en triomphe. Mais aussi comme elle chante avec brio :
Mon Dieu, mon Dieu que les hommes sont bêtes !
Que les hommes sont bêtes...
La Périchole a été un succès pour Melle Paola Marié ; charmante dans les Brigands, fort appétissante dans le Petit Faust, elle été actrice et chanteuse remarquable dans le rôle de la Périchole.
En revanche, que d'applaudissements, que de bravos, que de bis, que de fleurs!..
A la première représentation, le public était accouru quelque peu anxieux.
La direction du Théâtre-Français avait fait afficher que le traité avec Mlle Paola Marié expirant vendredi, la Périchole n'aurait que 4 représentations.
Par le fait du hasard ou d’un mauvais plaisant les mots «le traité avec » avaient été enlevés, en sorte qu’on lisait : « Melle Paola Marié expirant vendredi prochain, la Périchole n'aura que 4 représentations. »
Pauvre jeune femme !., on cherchait à découvrir sur son visage les symptômes avant-coureurs de ce trépas prématuré : on ne trouvait que les grâces et l’éclat de la jeunesse.
La 1ère représentation s’est terminé au milieu de l’enthousiasme général, et parmi les incidents qui se sont produits nous n’en signalerons qu'un. Un monsieur a lancé des fauteuils un bouquet qui allait frapper Melle Paola... elle a pu gracieusement éviter le projectile une première fois, mais le monsieur récidivant, elle a été touchée en plein... n’est-ce pas Mademoiselle ! et vous chantiez toujours :
Mon Dieu, mon Dieu que les hommes sont bêtes!
Que les hommes sont bêtes...
La pièce a donc réussi. M. Dupin y est excellent dans le rôle de Piquillo. M. Roque, fort amusant dans celui du vice-roi; MM. Froger et Noirot ont la gaieté un peu triste, et Melle Prada chante fort gentiment les couplets des trois cousines.
MM. Dunoyer et Benoist sont habillés en notaires, et, chose invraisemblable, M. Benoist a pris un faux nez ! Vous allez me dire que je me suis trompé, et que la nature s'étant chargée de ce soin, il n’avait nul besoin de fouiller dans le magasin des accessoires pour y prendre un appendice nasal. Le fait est exact cependant, il a un vrai faux nez, en carton, moi je préfère celui qui est faux, non... je veux dire son vrai nez qui est un véritable faux nez naturel... je crois que je n’en sortirai pas.
M. L. a envoyé, pendant la première représentation, trois bouquets à Melle Paola, quatre à la seconde, cinq à la troisième, etc..: M. X. lui a fait jeter un bouquet qui contenait... je le sais, mais je ne veux pas être indiscret. Quant à M. Y... il était tellement fanatisé que...
Mon Dieu, mon Dieu que les hommes sont bêtes !
Que les hommes sont bêtes
Mais elle a raison, la petite, quand elle dit qu’il n’y a que les femmes qui font de l'argent. Et maintenant les voilà partis, les deux petits chanteurs, Piquillo-Dupin, et Paola-Périchole les voilà... qu’allais-je dire! La moisson est bonne, ils s’en vont heureux, et ne laissant que des regrets derrière eux.
Au revoir, jolis chanteurs, et que le voyage de la vie vous soit doux et facile. Le Paladin.