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Vie de La Brochure
11 septembre 2025

Des leçons bruniquelaises

Un grand écrivain italien a écrit ses leçons américaines. Je me contente de celles liées à Bruniquel. A quoi ça peut servir ?

En 1979 l’ami Guy Catusse avait prévu pour moi une carrière au sein du PCF. Il me fit entrer au comité fédéral, me convainquit du bien fondé de faire l’école du PCF d’un mois, m’invita à animer un cours à l’école fédérale du PCF etc.

Il fut cependant inquiet quand il découvrit ma passion pour l’historie car elle pouvait nuire à cet avenir qu’il m’avait tracé.

Il n’avait pas compris deux choses :

  • Je ne concevais d’avenir sérieux qu’appuyé sur une connaissance de l’histoire locale.
  • Je n’aspirais à aucune carrière.

Inversement, quand vers 1983 il quitta le Tarn-et-Garonne pour Paris je le voyais aussitôt entrer au Comité central or je n’avais pas compris deux choses :

  • Pour lui, toute carrière valait moins que l’amour
  • Et il se plongea dans l’histoire du baroque.

Cinquante après (presque) le résumé de ma vie s’appelle : une passion pour l’histoire comme source d’avenirs, sans souci de carrière.

A faire ce bilan (et je connais ceux qui pensent que c’est inutile et même nuisible), le cas de Bruniquel devient une source immense de réflexions.

A rassembler les documents du livre (j’en ai oublié certains) je vérifie que j’ai pu découvrir d’un côté l’histoire d’une gauche vivante, honnête, populaire, face souvent à une gauche carriériste, clanique, incohérente. Cette dernière ayant dominé la France, la gauche politique est morte un soir de 2002 quand elle fut absente du second tour de la présidentielle. Bien sûr la gauche citoyenne a continué mais sans représentant digne d’elle tellement les chefs promotionnent surtout leur clan et oublient les mutations en marche.

Quand en 1981 elle gagna je n’imaginais pas que cinq ans près elle puisse perdre. Non que je fasse une grande confiance à Mitterrand mais ayant en main tous les pouvoirs, elle ne pouvait que satisfaire une part croissante de l’opinion… et gagner à jamais. Le Mitterrand 2 gagna à nouveau mais cinq ans après… Jospin arriva au pouvoir mais cinq ans après… Hollande arriva au pouvoir mais cinq ans après… Lui fut le plus terrible puisqu’il promotionna un adversaire qui sut se faire réélire !

Qui a tiré les leçons ? Mélenchon répondra, moi qui suis la république ! Roussel répondra, moi qui ai fini par prendre la direction du PCF. Olivier Faure répondra…

A Bruniquel la gauche a toujours été forte et le restera mais dans le pays elle est devenue une illusion qui a épuisé son capital de sympathie sur lequel elle s’appuyait.

Hollande n’a pas compris qu’il sciait la planche sur laquelle il s’était posé.

Jospin n’a pas compris que c’est grâce au FN qu’il est devenu premier ministre (le maintien du FN dans les triangulaires permit la victoire d’élus de gauche).

Rocard n’a pas compris que Mitterrand lui savonnerait la planche.

Pourquoi la classe politique n’a pas écouté le peuple politique ?

Car un fossé s’est creusé dans lequel l’extrême-droite s’est engouffrée et le cas français a pu se généraliser en Europe, et plus loin. Partout la mort de la gauche politique est un drame planétaire, drame toujours nié avec énergie malgré les évidences. Que peut-on espérer malgré tout ?

Les rebelles sont ceux qui délaissent les grands drapeaux pour conserver au quotidien la passion de la vie honnête, lucide. C’est déjà beaucoup. J-P Damaggio

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