Les pacifistes de 1938
Souvent des commentateurs divers répètent que la montée de l’extrême-droite aujourd’hui fait penser à celle des années 1930. Qu’en est-il ?
En 1938 celui qui avait 40 ans en avait eu 20 en 1918 aussi le combat pacifiste était un des axes des luttes de l’époque. Surtout ne pas recommencer le massacre de la grande Guerre !
On m’a offert un jour la collection du journal L’Ecole Libératrice 1920-1940 du Syndicat des Instituteurs, place forte de ce pacifisme qui circulait dans une grande partie de la gauche.
Le fascisme d’abord puis le nazisme ensuite ne furent pas analysés par l’essentiel de la société pour ce qu’ils étaient, malgré quelques mises en garde individuelles. Sauf par cette frange marginale qui criait : « plutôt Hitler que le Front populaire ».
La Guerre d’Espagne est venue ajouter à la confusion entre ceux qui y voyaient la répétition de la guerre future, et ceux qui y voyaient une affaire locale.
Les années 1930 s’achèvent avec la déclaration de guerre à l’Allemagne par la France et l’Angleterre pendant qu’Hitler et Staline se partageaient la Pologne.
Les militaires se sentaient à l’abri derrière la ligne Maginot. Erreur d’analyse.
Les communistes se sont divisés entre ceux qui pensaient au retour de la Guerre Impérialistes entre Allemagne et France+Angleterre (Erreur analyse) et ceux qui pensaient à une guerre pour la liberté. Aujourd’hui encore cette division est contestée pour répéter que le PCF fut Résistant dès 1940. Pour Malou Rauzet qui fut une grande Résistante à partir de 1941, elle n’en doutait pas, en 1940 les deux belligérants étaient renvoyés dos à dos.
Pendant toute cette période des années 30 la grande majorité de la classe politique en France a refusé de voir la réalité en face car la dite réalité faisait trop mal aux yeux. Si en 1934 le fascisme local a été mis en échec, cette victoire ajouta à l’aveuglement. Et pour des raisons diverses, ce fut vrai à droite comme à gauche.
Le fascisme, puis le nazisme et ensuite le franquisme n’étaient pas seulement la forme que le capitalisme a prise pour se sauver, mais une forme politique autonome qui avait sa propre logique. Franco en fit la démonstration marginale quand, après sa victoire, il rejeta dans l’oubli les grands capitalistes qui espéraient leur part du succès. Ils auraient fait de l’ombre à sa domination totale.
Alors aujourd’hui ?
La classe politique est nettement moins forte par rapport aux forces du capital qui, elles, sont de plus en plus concentrées. Aucune forme politique autonome n’est possible. En conséquence les dites forces du capital s’imposent en politique. L’exemple majeur nous est venu d’Italie : alors que le PCI devenu PDS pensait tirer bénéfice d’une opération judiciaire contre la classe politique au pouvoir totalement pourrie, c’est le grand patron Berlusconi qui a ramassé la mise. La classe politique est aujourd’hui totalement vassale de l’économie… sauf dans quelques dictatures où les deux pouvoirs se fondent. Et ce n’est pas le seul renversement. Plus que jamais la Révolution est du côté du Capital. En conséquence dénoncer le RN comme étant aux mains du Capital c’est peine perdue, le fait étant plus ou moins général dans la société comme dans la politique !
La classe politique qui s’est trompée en 1938 sur la nature du fascisme et du nazisme se trompe aujourd’hui sur la nature du capitalisme mondial.
Aussi quand un pays se dit communiste et en même temps adepte du capitalisme il y aurait de quoi s’interroger ? Surtout vu sa réussite qui en fait la plus grande puissance économique mondiale (ce n’est pas le cas sur le plan militaire mais il est second dans la guerre économique).
Oui, la Chine est dirigée par un Parti communiste et sa force vient du fait que son capitalisme s’insère totalement dans des structures politiques.
Relancer les machines militaires c’est nier que les guerres futures seront seulement économiques. Bien sûr l’industrie militaire peut aider à l’industrialisation (c’est le modèle USA) mais en France par exemple ça ne peut pas suffire.
Depuis 1930 le monde a changé de base mais pas dans le sens espéré par des gauches. Ne pas le voir c’est répéter de façon comique les erreurs tragiques de 1938. Un comique qui à son tour semble devenir tragique et les erreurs d'analyse au sujet de l'extrême-droite en sont un des éléments, du tragique ! J-P Damaggio