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Vie de La Brochure
31 octobre 2025

Mort au travail en 1939

Mort au travail en 1939

Sur le blog il m'arriva d'évoquer un accident à l'usine de Castelsarrasin qui réveilla la mémoire de l'ami René Pautal. Il a en plus une photo du jeune accidenté. Très émouvant de revivre en direct ce mort au travail. Merci beaucoup René. JPD 

 

L'accident sur le journal : 4 mars 1939

Accident mortel. — La semaine dernière, un jeune homme, demeurant à Moissac, M. Fossat, à peine âgé de plus de 20 ans, ouvrier à notre usine de la Compagnie française des métaux, de service de nuit dans l'atelier des alliages légers eut les vêtements, sans doute imbibés d'huile, graisse ou essence par le fait du travail, à l'approche d'un poêle, soudainement en feu. Se voyant brûler le malheureux dans l’affolement général se plongea dans un bassin d'eau servant à trempe des métaux. Des camarades de travail intervenus, le conduisirent à l'infirmerie de l'usine. Il dut être transporté d'urgence à Mois- sac, auprès de sa famille. Et nous apprenons avec peine qu'il est décédé des suites de ce navrant accident, après des jours d'atroces souffrances.

L'accident mortel du Moissagais Roger FOSSAT à l'usine de Castelsarrasin

Mars 1939, je venais d'avoir cinq ans lorsque survint ce terrible accident à l'usine des métaux de Castelsarrasin. A cette époque je demeurais à Moissac avec mes parents rue Louis d'Anjou mais on disait toujours que l'on habitait « rue des Jumeaux » malgré le décret municipal qui, en 1936, l'avait rebaptisée sous le nom de « rue Louis d'Anjou ». Mon père, Henri Pautal, était tailleur d'habit établi à son compte et ma mère qui était culottière, giletière travaillait avec lui.

Nos voisins, les Fossat, étaient des gens sans histoire et toujours serviables. Nous n'avions que de très bons rapports. Ils étaient locataires de Madame Redon qui habitait à proximité dans la même rue. Cette femme était la veuve d'un ancien marchand de volailles qui avait réussi (comme on disait à l'époque) et qui fut collègue du grand- père de Jacques Serbat de Lamagistère mais ce dernier n'a pas réussi ses affaires.

La famille Fossat en 1939 comprenait les parents et leurs cinq enfants. Le père, déjà vieux et perclus de rhumatismes, ancien ouvrier agricole, ne parlait pratiquement qu'en occitan. La mère, un peu plus jeune, travaillait à l'hôpital de Moissac. Ils eurent beaucoup d'enfants mais certains ne vécurent que quelques jours.

A l'époque où je commence à comprendre mon environnement il y avait trois ainés : une fille Odile, déjà mariée à un certain Libéros, suivie de deux garçons, Roger et Gaston ; ce dernier je l'ai bien connu.

Gaston appartenait à la génération des jeunes hommes qui furent envoyés en Allemagne durant la Seconde guerre mondiale dans le cadre du STO. Lui il a travaillé à Hanovre dans une usine métallurgique. Après la guerre il travailla, bien sûr à l'usine de Castel (on lui devait bien ça disaient les gens à l'époque).

Deux filles clôturaient la liste : Jeannine et Suzanne Fossat. Cette dernière avait un an de plus que moi, elle était souvent ma compagne de jeux.

Donc au moment du décès de Roger Fossat, le jour de l'enterrement on m'avait confié à la garde d'une voisine, madame Ghio, dont la maison se trouve en face des Fossat. Je revois encore (vaguement il est vrai) énormément de monde devant chez eux mais madame Ghio m'a éloigné de la fenêtre.

C'était la stupéfaction générale dans notre petite rue, je suppose.

Plus tard, lorsque mon père racontait cet événement à des clients qui venaient à l'atelier il disait que « ce pauvre Roger avait plongé dans une cuve pleine d'acide pour éteindre le feu qui avait pris sur ses vêtements et qu'il était mort dans d'atroces souffrances »

Ce que je peux ajouter c'est que, à ma connaissance, les Moissagais qui travaillaient à l'usine de Castel étaient relativement nombreux. Au début des années soixante l'un de mes meilleurs amis, André Juilhac, avait réussi à se faire embaucher à Castel. Pour se déplacer il utilisa d'abord sa bicyclette, puis une pétrolette et pour finir une 2 CV Citroën.

Un an plus tard, après cet accident, la Guerre, la défaite, l'invasion, la débâcle et l'arrivée de nombreux réfugiés en provenance du Nord de la France.

René Pautal

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