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Vie de La Brochure
30 novembre 2025

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Retour encore vers l'Algérie mais dans le cadre d'un débat algéro-algérien. Celui qui s'exprime est un homme qui participe à la vie politique de son pays depuis des années. Son texte confirme que le pays est mal dirigé mais le dire, en France aussi, est-ce porter tort à un pays si beau ? Ou est-ce lui souhaiter une avancée démocratique qui serait bénéfique à tous ? Si demain le RN arrive au pouvoir les relations France-Algérie vont devenir dramatiques et si au même moment la démocratie l'emporte en Algérie, nous aurons le monde à l'envers. JPD
 
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SAID SADI
Le journaliste Saad Bouakba vient d’être arrêté pour avoir déclaré que des responsables historiques du FLN avaient pris leur part du trésor du FLN dont la gestion avait été confiée au défunt Mohamed Khider au lendemain de la guerre. Restons d’abord sur les faits. Dans un témoignage rigoureusement documenté et qui avait rencontré un large écho lors de sa publication, l’écrivain français Pierre Péan avait longuement fait état de cette information. Les bénéficiaires du partage qui avaient porté plainte contre lui pour diffamation devant la justice française avaient perdu leur procès*.
Revenons au fond. Comme je l’avais fait pour Boualem Sansal, je tiens à souligner dans ce cas également, que le fait de défendre Saad Bouakba ne signifie pas que je partage ses positions politiques ni sa façon de relater les événements. Inconditionnel admirateur de Boumediène, il fait montre d’un manque de lucidité qui l’a conduit à justifier sinon légitimer les séquestrations des ossements des colonels Amirouche et Haoues. On l’a entendu récemment dire que la plate-forme de la Soummam était…d’inspiration islamiste. Il avait écrit dans les colonnes du quotidien arabophone El Khabar que j’étais titulaire d’un passeport français, reprenant une des calomnies distillées contre ma personne par les islamistes dont il était proche... Lorsque je lui demandai de m’expliquer ce qui lui avait permis de distiller de telles contre-vérités, il me répondit avec sa légendaire gouaille que des fois il avait « la plume chaude ». Cependant, ces désaccords ou d’autres ne doivent en aucune manière nous autoriser à manquer de discernement et de solidarité quand un citoyen subit un arbitraire. Nul patriote ne doit accepter que des femmes et des hommes soient privés de liberté pour avoir émis pacifiquement leur opinion dès lors que celles-ci n’attentent pas à l’honneur ou à la sécurité des personnes.
Or, que reproche-t-on à Bouakba ? D’avoir, selon les rumeurs qui suintent des couloirs de la justice, rapporté un fait historique supposé contestable au sujet d’un ancien président de la République, en l’occurrence Ahmed Ben Bella. Outre que ledit fait s’avère conforme à la vérité, il était loisible aux contradicteurs de Bouakba de lui opposer des arguments contestant sa thèse au lieu de provoquer son emprisonnement.
Si quelqu’un s’est méthodiquement employé à diaboliser Ben Bella, c’est bien Houari Boumediène. Il l’avait accablé de tous les maux, embastillé pendant treize ans sans jugement pour, ensuite, carrément bannir son nom. A-t-on un jour entendu quelqu’un simplement déplorer les tombereaux d’outrances avant le silence assassin dont fut victime Ben Bella de la part de Boumediène ? Non. Autre intervention attestant du double standard qui caractérise l’appréciation de notre patrimoine mémoriel : dans un long réquisitoire — consultable sur la toile — le premier ministre de la justice de l’Algérie indépendante, Amar Bentoumi**, dresse un profil et décrit un parcours peu flatteur de l’homme que l’on souhaite réhabiliter aujourd’hui. À ce jour, aucun responsable n’a émis la moindre remarque sur cette implacable narration.
Et c’est là que l’on touche un problème qui mine, hélas dans l’indifférence générale, les fondements d’une nation jeune, fragile et malmenée par des impostures qui font de l’histoire un artifice par lequel chaque pouvoir se pose en dépositaire attitré et exclusif du passé, du présent et du futur algériens. Du coup, ce qui est censé être l’invariant qui doit garantir la cohérence, la crédibilité et la pérennité du récit national devient une variable que l’on maquille au gré des intérêts et des humeurs de chaque équipe dirigeante voire de chaque clan.
Selon qu’elle émane de Boumediène, de Bentoumi ou de Bouakba, la même parole est appréhendée de façon radicalement différente. En déposant et en humiliant Ben Bella, le premier avait accompli « un redressement révolutionnaire », le second fut crédité du mérite d’avoir rétabli des vérités salutaires pour la nation et, pour ce qui le concerne, Bouakba aurait commis l’irréparable !
Il y a le premier collège qui a droit à tout et sur tout, y compris celui de décréter ce qui, contre toute évidence et bon sens, doit être adopté et transmis comme la vérité intangible et le second collège dont l’existence sert de garniture à une doxa inaccessible à la loi, défiant la raison et heurtant la morale.
On ne semble pas prendre la mesure des périls dont sont porteurs ces aveuglements.
Combien de fois a-t-on vu les sorciers de l’Histoire à la carte conduire au délitement de leur nation ?
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