Quatre ans après la mort de Pennacchi
Je cherchais un livre de Fausta Garavini et je tombe sur celui de Pennacchi. Je cherche sur internet ce qu’il devient et j’apprends, tristesse, qu’il est mort. J’avais évoqué son cas en 2023 sans me rendre compte qu’il était décédé. Nous l’avions croisé en 2012 au Marathon des Mots et il était si sympathique qu’on lui demanda une dédicace. Alors aujourd’hui je reprends cet article au moment de sa mort. Et j'en profite pour saluer son éditeur français très précieux : Liana Levi. J-P Damaggio
Né à Latina en 1950, il a travaillé pendant environ trente ans comme ouvrier chez Alcatel Cavi (avant Fulgorcavi), une entreprise de Latina (Latium) qui produisait des câbles électriques et téléphoniques. « Je travaillais sur des machines complexes, dans un cycle continu, je travaillais toujours la nuit », raconte Pennacchi à La Repubblica. « Et les camarades, quand j’ai commencé à étudier [il s’est diplômé en Lettres], m’ont aidé », précise-t-il.
Militantisme politique et syndical
Libre penseur, souvent à contre-courant, Pennacchi a aussi eu une vie politique et syndicale très active. Il s’est consacré à la politique d’abord dans les rangs du MSI (Movimento Sociale Italiano, un parti d’extrême droite d’origine fasciste), puis dans ceux du Parti marxiste-léniniste italien.
À plusieurs reprises ces dernières années, il a souligné qu’aujourd’hui nous avons perdu la passion qu’il y avait dans la politique : « Les gens pensaient qu’il était juste de s’intéresser aux affaires publiques. Il y avait encore des idéologies et, peut-être à tort, la certitude de construire un monde meilleur. Nous avons perdu cela, mais il faut le récupérer. » (via)
Pennacchi passe également par plusieurs phases dans sa vie syndicale, entre les années 1970 et 1980 : inscrit à la CGIL, il est exclu, puis rejoint l’UIL, qu’il quitte pour rejoindre à nouveau la CGIL, dont il est exclu une seconde fois.
L’écrivain-ouvrier : les débuts
En 1983, il obtient un diplôme en Lettres et philosophie. Son premier livre, Mammut, sort en 1995 (traduit en français par Nathalie Bauer en 2013 pour les éditions Liana Levi). Ensuite il publie Palude. Une histoire d’amour, de fantômes et de transplantations. En 2003, il a publié Il fasciocomunista. Vita scriteriata di Accio Benassi, un roman autobiographique, dans lequel il retrace son militantisme politique qui a commencé avec le MSI et s’est ensuite déplacé vers la gauche. Le livre a donné lieu à un film en 2007, Mio fratello è figlio unico, réalisé par Daniele Luchetti.
Le succès et le Prix Strega : Canale Mussolini
Le plus grand succès de Pennacchi est Canale Mussolini, finaliste du prix Campiello et lauréat du prix Strega, publié en 2010. Dans ce roman, traduit en français par Nathalie Bauer en 2012 pour les éditions Liana Levi, il retrace l’histoire d’une famille de paysans, les Peruzzi, déracinés de leur terre natale de la vallée du Po pour aller à l’Agro pontino, dans le Latium. En effet sur ces terres, récupérées de la malaria pendant les années du fascisme, de nombreux colons arrivent des régions du nord de l’Italie (Émilie-Romagne, Vénétie, Frioul). Pennacchi lui-même est un descendant de ces colons qui sont arrivés dans le Latium dans la période fasciste.
Il a ensuite écrit Storia di Karel (2013), Camerata Neandertal. Livres, fantômes et funérailles diverses (2014), Canale Mussolini. Deuxième partie (2015), qui vient d’être publiée (mars 2021) en France par les éditions du Globe, avec le titre Diomède, Les Peruzzi, traduit toujours par Nathalie Bauer, Il delitto di Agora (2018), une revisitation du thriller Una nuvola rossa publié en 1998, et La strada del mare (2020).
Le dernier roman : La strada del mare
Avec La strada del mare, l’auteur de Latina est revenu sur un nouveau chapitre de la saga Peruzzi, qui se déroule cette fois dans les années 1950 à l’Agro Pontino.
« Dans la première et la deuxième partie de Canale Mussolini, j’ai raconté les histoires de ma famille, celles qu’on m’avait racontées. Je raconte ici les histoires que j’ai vécues directement », avait-il expliqué au Giornale di Brescia à propos de son dernier livre, un roman historique et pédagogique, qui raconte l’histoire d’une branche de la famille Peruzzi, les Benassi. Et il explique aussi que raconter les choses qu’il a vécues directement est « plus difficile », car « cela implique d’affronter les fantômes et les traumatismes de l’enfance ».
À l’occasion de la sortie de son dernier livre, il a déclaré dans une interview accordée à Ansa : « À 70 ans, j’ai perdu mon innocence, mais aussi mon enthousiasme et mes espoirs. Mon meilleur moment est parti. Il me reste les années de descente et de réflexion. Dans le scénario général, je pense qu’il y a des constantes historiques, méta-historiques je dirais, par rapport auxquelles ceux qui sont jeunes aujourd’hui sont comme moi à l’époque, quand j’étais jeune, plein d’espoir et de désir. C’est le cycle de la vie. Les énergies et les impulsions vitales restent constantes. Les scénarios et contextes environnants changent. »
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