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Vie de La Brochure
7 avril 2026

Les Pastoureaux de 1320 avec Georges Passerat

Les Pastoureaux de 1320 avec Georges Passerat

Georges Passerat va venir présenter l’histoire des Pastoureaux à Castelsarrasin dans le cadre de l’ASPC (mercredi prochain). Une histoire évoquée par Pautal, Borzeix, Serbat dans Révoltes populaires en Occitanie que je reprends ici comme un avant-goût de la conférence de l’érudit Passerat. Mon cher Mary-Lafon a mentionné la question mais je ne retrouve pas son texte, je retiens la caricature. J-P Damaggio.

"Le mouvement populaire débute en Normandie, mais, à l’approche de Paris, il change d’objectif. La monarchie, inquiète, semble avoir orientés les Pastoureaux non plus contre le Clergé et la Noblesse mais contre les Juifs[1]. Cette pastorale est dirigée sur l’Occitanie, terre récemment conquise et où les Juifs, bénéficiant jadis d’un statut particulier, sont encore nombreux[2].

Les Pastoureaux entrent en Occitanie par le Limousin, se répandent dans le Périgord, le Bordelais et le Toulousain. Dans chaque ville traversée on assiste à la même scène : soutenus par les Notables qui entraînent avec eux une partie de la population ils se dirigent vers le quartier, la rue ou la maison des Juifs. Si ceux-ci refusent le baptême, ils sont massacrés sur le champ et leurs biens sont partagés. S’ils acceptent, leurs biens sont malgré tout pillés.

Citons pour mémoire les principales scènes de carnage :

—        Grenade s/Garonne : le bayle assiste sans intervenir au massacre et au pillage.

—        Auch : massacre des circoncis.

—        Montgiscard (près Toulouse) : même entente entre notables et Pastoureaux.

—        Albi : l’évêque, craignant pour sa propre personne, négocie avec eux malgré les consuls qui essaient de leur interdire l’entrée de la cité. Cependant la population les reçoit avec joie et leur permet de vendre leur butin, emporté de Gaillac Rabastens et d’ailleurs, sur la place publique, sans être inquiétés.

—        Lézat (Ariège) : La maison du seul juif est pillée et les actes notariés concernant les reconnaissances de dettes envers les Juifs sont brûlés (ceci se renouvellera dans tous les lieux où les gens avaient contractés des dettes envers les Juifs).

—        Castelsarrasin : les notables locaux tolèrent le massacre de 125 Juifs et font appel ensuite au sous-viguier de Toulouse Celui-ci ramène vers sa ville plusieurs chariots de prisonniers

—        Toulouse : les prisonniers sont délivrés et avec ceux qui les ont libérés se ruent dans le quartier juif où 115 d’entre eux sont égorgés. « On les accusait d’avoir soudoyé les lépreux pour faire empoisonner toutes les sources »[3].

—        Verdun si Garonne : On atteint là le comble de l’horreur. Le Gouverneur, encore un notable, rassemble sciemment tous les Juifs de la région dans une tour et dès l’arrivée des Pastoureaux, avec ses gens d’armes, croise les bras et attend. Les Juifs, se sentant perdus, préfèrent l’auto-destruction à leur massacre par les Pastoureaux. L’un d’entre eux égorge les 500 Juifs et se rend avec quelques enfants qui seront baptisés et épargnés tandis que lui sera écartelé.

—        Aigues-Mortes : Ils s’emparent de la ville. Le pape, Jean XXII, alors à Avignon et qui tremble pour ses biens, implore l’intervention du sénéchal de Beaucaire. Ce dernier, à la tête de ses troupes, renforcées par les habitants d’Aigues-Mortes, dissipe cette « multitude indisciplinée ». De nombreux Pastoureaux sont pendus aux arbres de la campagne. « C’était, dit un chroniqueur, un singulier spectacle qu’une forêt portant tels fruits ».

— Quercy : Les Pastoureaux massacrent un grand nombre de Juifs à « Figeac, Fons, Gramat, Gourdon, Cahors, Moissac, Montauban, mais principalement à Lauzerte où les Juifs s’étaient réfugiés en très grand nombre, comme étant ville royale »[4] .

— Périgord : « En l’an 1320, il y eut grande agitation vers le moi de mai. On appelait Pastoureaux ceux qui y prirent part » (Cartulaire de Montpellier). Ils sévirent à Bergerac, Eymet, Montguyard, St-Sulpice, Rouquette, Périgueux...

Si les premiers exploits de ces Pastoureaux furent de tuer les Juifs, ils s’en prirent très rapidement aux châteaux sans plus s’occuper de la Terre Sainte. Seuls, les gens de campagnes prirent part au mouvement ; on signale même le soulèvement de paroisses entières. L’ordre n’est pas encore rétabli en 1322[5]

— Le Puy-en-Velay : un Juif voulant se venger des persécutions perpétrées par les chrétiens à l’encontre de sa race, assassine un enfant de chœur, la nuit de Noël. La foule se saisit du meurtrier et son cadavre est jeté dans les égouts. «Aux yeux du peuple les Juifs et les lépreux avaient la même ressemblance. Dans le Velay, on fit brûler une grande quantité de Juifs et de lépreux dont les biens furent confisqués »[6]  

— Uzerche (Bas-Limousin) : On prêtait aux Juifs comme aux lépreux, le pouvoir d'empoisonner les cours d’eau, les sources, les puits et les fontaines pour faire périr les chrétiens. Vingt cinq porcs ladres sont brûlés d’avril à mai 1321. Ce n’est pas un cas isolé : le jour du Jeudi saint de cette même année (16 avril) un grand nombre de lépreux des environs de la ville de Périgueux avaient été rassemblés, puis brûlés vifs[7].

Les Pastoureaux, se sentant invincibles, veulent mettre à leur tête le pape, lequel réside à Avignon, pour combattre les infidèles en Terre Sainte (objectif premier des Pastoureaux).

Noblesse et clergé, prenant peur, décident de se débarrasser des Pastoureaux. Alors qu’ils se dirigent sur Carcassonne pour rejoindre Avignon, Aymeri de Cros, sénéchal de Carcassonne, prend l’initiative de protéger les Juifs (depuis Philippe le Bel, ils appartiennent au roi ou à des seigneurs). Nous pensons qu’il ne nous faut pas voir là une quelconque mansuétude envers les Juifs mais plutôt la crainte d’un renversement social.

Quoi qu’il en soit, c’est dans les environs de Carcassonne que va se terminer la « Croisade des Pastoureaux ».

Charles IV le Bel[8] (34 ter) nomme des commissaires, dès son accession au trône en 1322, pour enquêter sur « le meurtre des Juifs, le pillage de leurs biens, la prise de ces forteresses et les autres excès commis par les Pastoureaux et par des habitants des villes qui les avaient favorisés »[9]

Il résulte de cette commission d'enquête que le roi en profita pour faire payer les villes qui s’étaient montrées trop favorables aux Pastoureaux, par exemple les Albigeois furent condamnés à une amende pour leur conduite et l’évêque Béraud, compromis dans l’affaire, doit demander son pardon. De toutes façons, c’est une bonne affaire pour la Trésorerie Royal qui n'a jamais hésité, elle-même, à plusieurs reprises, à s'accaparer des biens des Juifs (durant les règnes de Philippe-Auguste, Louis IX, Philippe le Bel, Louis X le Hutin).

Encore une fois, lorsqu’il y a menace d’un changement social en faveur du peuple, l’alliance se fait très rapidement entre ceux qui dirigent jusqu’à l'extermination des gêneurs."

 

[1] De tous temps, en Occitanie, les Juifs étaient tolérés et avaient acquis droit de cité. En 1320, l'Occitanie centrale subit le contre-coup de l’Inquisition et de la Conquête, la mentalité est fortement ébranlée et en voie de mutation, d’où en particulier une haine naissante de l’hérétique donc du Juif. « Bien différents des premiers Pastoureaux, ceux de 1320 étaient conduits et appuyés par le clergé, qui, tout en purgeant le pays des infidèles n’était pas fâché, à l’exemple de Philippe le Bel, de s’emparer de leurs richesses ». (Mary-Lafon, Histoire d:. Midi de la France. Tome III, p. 98).

[2] C’est une habitude d’envoyer les indésirables vers les zones colonisés (Algérie au xixe siècle, Nouvelle Calédonie...).

[3] Montlezun, t. 3, p. 180

[4] Courbarieu et Cangardel, Histoire générale de la Province de Quercy, tome III, p. 26-27.

[5] Voir Histoire du Périgord, de Dessalles Léon, et celle de Escande J.J., tome 1.

[6] F. Mandet. Histoire du Velay, tome IV, p. 188.

[7] Louis Guibert, Les lépreux et les léproseries de Limoges. Bull, de la Soc. arch. et h'ist. du Limousin, tome IV, 1905, p. 37 ; Escande, Histoire du Périgord. tome I, p. 78 et G. Lavergne, Persécution des lépreux à Périgueux en 1321, extrait du recueil offert à M. Clovis Brunei, 1955.

[8] 1294-1328 ; 3e fils de Philippe le Bel, successeur de son frère, n’ayant pas de descendant mâle, il fut le dernier des Capétiens directs. La couronne passe ensuite à la branche collatérale des Valois, ce qui sera le prétexte de la Guerre de Cent Ans.

[9] Dom Vaissète, Histoire du Languedoc, Tome VII, p. 71.

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