CRS=SS qu’ils criaient en 1968 !
Ils furent nombreux les slogans de 68 qui dès ce moment là me parurent ridicules. Quoi, il est interdit d’interdire… au moment où j’apprenais qu’en 1847 il fut interdit à juste titre d’employer des enfants dans les usines ? Avec le temps j’ai vérifié qu’une telle attitude venait de loin et continuerait longtemps !
Voilà que j'apprends que CRS=SS «est une bêtise par excès de jeunesse» m’indique un écrivain que j’ai beaucoup lu : Jean-Philippe Domecq. Pour lui, le pire aujourd’hui en France, c’est le RN, et puisque c’est le pire, c’est le fascisme.
Le raisonnement se tient si on oublie que CRS=SS ne pouvait que faire le bonheur du gaullisme comme le confirmèrent les législatives. Et la réponse est venue : "Mais si la droite a gagné en juin 1968 c’est que les cons ont voté en masse !" Or les cons c’étaient eux qui par leurs propos ridicules alimentaient la réaction !
Au Sud on aime bien l’exagération (surtout à Marseille) et par conséquent dois-je admettre qu’interdit d’interdire c’est juste une exagération par excès de jeunesse ?
Or c’est une ligne politique constante : se faire comprendre en durcissant le trait. Il ne s’agit pas d’une exagération pour la beauté du comique (une galéjade) mais d’une ligne politique. Susciter la peur pour espérer une réaction.
Le PCF d’alors annonça par avance ce qui se produisit largement : ces fils de bourgeois en plein défoulement prendraient plus tard la suite de parents bien placés, et il a eu raison même si quelques exceptions ont existé. Et la réponse est venue : "Oui mais ils ont ainsi suscité la révolte ouvrière qui aurait pu se changer en révolution" ! Sans doute celle des minorités agissantes !
"CRS=SS c’était le slogan de la minorité éclairée, de l’avant-garde nouvelle capable de mettre le feu aux poudres" ? Pasolini est un des rares à avoir osé une analyse lucide, précise du phénomène. Les jeunes bourgeois se gargarisant de mots et les jeunes prolétaires jouant de la matraque pour gagner leur vie. Sous ma plume derrière les mots bourgeois et prolétaires il n’y a aucun jugement de valeur, juste des catégories sociales. D’une autre manière Michel Clouscard a fait de même. Sans renvoyer à toute son œuvre je retiens ici son plus petit livre : « Néo-fascisme et idéologie du désir, les tartuffes de la révolution », 1973.
Se tromper d’époques est l’erreur politique qui ne pardonne pas. Le PCF ne s’était pas trompé en 68, par rapport à la France, mais il avait totalement faux quant à son rapport avec l’URSS.
Accuser le RN de fascisme c’est se tromper d’époque, et lui dénier ce qualificatif ce n’est pas le rendre moins dangereux pour le pays mais tout au contraire c’est mieux armer ceux qui s’opposent à lui. Mais je le sais d’expérience cette position est inaudible et le RN va progresser encore. J-P Damaggio
/image%2F1367097%2F20260510%2Fob_6ca77c_interdit-2.jpg)