MORT DE M. AZANA à Montauban
Le Samedi 9 novembre après le compte-rendu de la visite de Pétain à Montauban voici l'article de L'Indépendant pour évoquer la mort d'Azaňa. Il est signé Bonnafous et je ne crois pas me tromper si je renvoie à la solidarité franc-maçonne. J-P Damaggio
MORT DE M. AZANA Ancien Président de la République Espagnole
M. Manuel-Viaz Azaňa, qui fut le dernier président de la République espagnole, est décédé dimanche, à 23 h. 10, à l'âge de 60 ans, dans une chambre d'hôtel de Montauban, où il était entouré depuis deux mois de soins attentifs. M. Azaňa était né à Alcala de Henarès, ville voisine de Madrid, patrie du célèbre écrivain Cerventès, auteur du « Don Quichotte de la Manche ». Jeune, il fit ses études de droit en France et, docteur en droit, il était inscrit comme avocat au barreau de Madrid.
Pendant la guerre de 1914-1918 il fut, à Paris, le correspondant de l'«Imparcial de Madrid » où il manifesta ses sentiments francophiles. Publiciste de talent, il fonda plusieurs revues, dont la plus réputée fut « La Plume », qui groupait les meilleurs écrivains d'Espagne. Il publia aussi plusieurs ouvrages, dont les plus connus sont : « Le Jardin des Moines », évocation du célèbre monastère de l'Escurial et de l'enseignement religieux, où il avait fait ses premières études, et une œuvre de critique ayant pour titre : « Plumes et Paroles ». C'est en sa qualité de secrétaire général de l'Association intellectuelle de l'Athénée de Madrid qu'il se révéla comme écrivain de talent et comme homme politique. A ce dernier titre, il adhéra d'àbord au parti réformiste, qui accepta le régime monarchique, mais avec de profondes réformes constitutionnelles. Durant la dictature de Primo de Rivera. M. Azana forma un parti d'action républicaine dégagé de tous les autres partis d'extrême gauche. On le considéra en Espagne comme l'instigateur principal du mouvement qui amena la chute de la monarchie, et il dut s'exiler pendant les premiers remous révolutionnaires. Ceux qui préparaient l'avènement de la République l'avaient préalablement désigné comme futur ministre de la guerre, poste auquel il fut appelé dès la proclamation de la République espagnole. Dans ces fonctions, il apporta de grandes modifications au statut des armées. M. Azana fut président du conseil du second ministère républicain et chef du parti démocratique, ce qui lui attira la rancune de toute la droite. En septembre 1934, son ministère fut renversé et les Cortès furent dissoutes. Le gouvernement Leroux-Gil Roblès l'emprisonna sous l'inculpation d'être l'auteur du soulèvement séparatiste de Catalogne et d'avoir constitué des dépôts d'armes au Portugal en vue d'une révolution. Cette détention à bord d'un navire ancré en rade de Valence dura dix-huit mois et prit fin après un jugement d'acquittement rendu par la Cours suprême de justice. En reprenant sa place aux Cortès, M. Azana y prononça un discours sensationnel. Une fois de plus, M. Azana fut désigné comme président du conseil. Les Cortès ayant condamné la politique du président de la République Alcala Zamora, celui-ci dut abandonner le pouvoir et M. Azana lui succéda à la première magistrature de l'Etat. Un mois et demi après, le 17 juillet 1936, éclatait le mouvement insurrectionnel qui aboutit à la guerre civile d'Espagne. M. Azana s'évertua à réaliser un accord entre les partis de gauche rivaux. Ses efforts de conciliation échouèrent devant les passions partisanes exacerbées. Le 4 février 1939, M. Azana passa en France et huit jours après, il donna sa démission de président de la République, en protestant contre la politique extrémiste du ministère Négrin. Après un séjour en Savoie, M. Azana avait élu domicile en Gironde au début de la guerre. Deux jours après l'armistice, l'ancien président, dont la santé précaire inspirait déjà des inquiétudes à sa famille, vint se fixer à Montauban. Malgré les soins affectueux de Mme Azana et de médecins expérimentés, le mal, aggravé par la tristesse des événements mondiaux, fit de rapides progrès, que la science ne put inverser.
— Mardi matin, à 9 heures, ont eu lieu les obsèques civiles de M. Manuel Azana y Viaz, ancien président de la République espagnole. Le corbillard disparaissait sous un amas de couronnes et de gerbes de fleurs offertes par la colonie des émigrés espagnols. Une foule de 3 à 4.000 personnes a accompagné l'ancien président au champ de repos. En tête du cortège marchaient M. Licenciado Rodriguez ministre du Mexique en France et de nombreuses personnalités espagnoles. Cette manifestation de regrets s'est déroulée dans le calme et le recueillement et a pris fin à 10 heures après un défilé de l'assistance devant le dépositoire du cimetière où venait d’être placé provisoirement le cercueil de l'ancien président. — I Bonnafous.
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