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Vie de La Brochure
21 mai 2026

NON, Jeanne d’Arc n’appartient pas à l'extrême-droite

NON, Jeanne d’Arc n’appartient pas à l'extrême-droite

Le temps du Front populaire était bien différent de celui d'aujourd'hui. J'en conviens cet article est plus celui d'un politique que celui d'un historien mais il était une part de l'offensive culturelle de la gauche de l'époque. JPD

L'Humanité 10 mai 1936

NON, Jeanne d’Arc n’appartient pas aux royalistes et aux fascistes hitlériens. La paysanne de Lorraine qui s'était levée contre les factions alliées de l'étranger et qui fut livrée par son roi, appartient au peuple de la France.

Aujourd'hui, à l'occasion de la Fête de Jeanne d'Arc, les diviseurs de Français, royalistes, fascistes et réactionnaires, groupes mobiles, phalanges, sections, dizaines et centaines vont témoigner, en défilant, que leurs membres demeurent, avec leurs armes, leurs voitures et leurs avions, à tout moment mobilisables.

« Une pauvre petite bergerette ». Ainsi la décrivait -dans son vieil âge- le sire de Gaucourt, grand maître de la Maison du roi. Ainsi peut-être l'avait-il, avec une nuance de dédain, annoncée à Charles VII, quand elle se présenta à lui, en février 1429, à Chinon.

Elle n'était qu'une fille du peuple, sans puissance, sans argent. Pourtant, elle ne doutait pas du succès, et là était sa force invincible, alors que la noblesse sceptique, indifférente à tout sauf à ses privilèges et ses plaisirs, se querellait et livrait le pays.

Avec Jeanne d'Arc, le peuple se levait.

Tout n'était que factions et trahisons.

Armagnacs et Bourguignons se battaient deux clans de féodaux avides, sensibles a leurs seuls intérêts et prêts à s'établir en Flandre, comme en Languedoc, en Normandie comme en Morvan, pourvu qu'il y ait des paysans qui donnent du blé et des citadins qui paient impôt: Deux armées de bandits, pillards, partout ennemis. Les uns et les autres prompts à chercher l’appui étranger pour aider à leurs rapines et instaurer leur domination. La monarchie anglaise convoitait la France. Les partisans, sans nulle honte, cherchaient l'alliance des seigneurs britanniques.

Perpétuelle mentalité de classes exploiteuses et parasites. Le duc de Bourgogne était plus près, par le cœur, du roi anglais que du laboureur de France. '

N'en est-il pas qui, aujourd'hui encore osent répéter, cette triste leçon ? Le pays était livré aux bandes d’hommes d'armes. «Les pôvres gens estoient boutés hors de leurs maisons et cette laronaille couchoit en leurs lits. » Les campagnes étaient ravagées. Les loups hantaient. Les villages. Les villageois fuyaient dans les bois. Des ruines ne cessaient de fumer dans les. villes. À Paris, des hordes d'affamés suivaient le tueur de chiens et à mesure qu'il abattait une bête dévoraient tout « chair et tripes » déchiquetées à même le pavé. Des impôts inouïs, répétés, prélevés, alternativement par les factions rivales, poignard ou arbalète en main, écrasaient les marchands.

Pressurés par les Armagnacs, qui avaient désarmés les bourgeois et porté atteinte aux corporations, Paris et Rouen avaient appelé les Bourguignons. Mais vite, le petit peuple s'indigna de voir que le duc ne faisait rien contre les Anglais envahisseurs, sinon- de négocier avec eux.

La noblesse livrait le pays an maître étranger. Le conquérant, Henri V de Lancastre, étayait son invasion sur les féodaux. Ceci considéraient naturellement le peuple de France comme ennemi ; il le fallait contraindre ; il le fallait museler dans ses révoltes. Le noble, inquiet accueillait avec joie le lord en armes. Henri V établissait les fiefs, asseyait les privilèges. Tout le clan bourguignon se donna à lui.

Les Armagnacs, eux, en appelaient aux Ecossais, dont les troupes vinrent à leur tour piétiner les champs et rançonner les villes. On vit un comté, de Touraine Écossais.

Au paroxysme de la haine rivale entre les deux factions, les Bourguignons intronisèrent le roi d'Angleterre à Paris. Son fils .allait bientôt être proclamé roi de France.

 Quand Jeanne s'en vint trouver le dauphin de France- roitelet sans trône, sans terre et sans capitale. Orléans menaçait de tomber, aux Anglais. C’en eût été fait de la France comme pays.

« A travers son enthousiasme, écrit Michelet, cette fille du peuple vit la question et sut la résoudre. Le nœud que les politiques et les incrédules ne pouvaient délier, elle le trancha. »

Elle exprimait la volonté du peuple de mettre un terme à cette abominable misère, infligée, par les nobles et leurs alliés anglais. Jeanne d'Arc, c'est le réveil des laboureurs, des bergerettes, des pastoureaux, c'est le sursaut, des artisans; des compagnons  des boutiquiers. En finir avec la grand pitié du pays de France ». Il fallait bouter hors du sol l'étranger, le conquérant féodal allié des féodaux- mêmes du pays.

Comment les armées nobles ou les bandes mercenaires, auraient elles résolu la question de l’indépendance. Les appétits, la vénalité, les divisions disqualifiaient pour cette grande œuvre l classe dominante.

C’est dans le peuple que naquit la conscience nationale --Michelet –a pu placer Jeanne d’Arc à l’aube de notre histoire moderne- et la Pucelle d'Orléans est l'héroïne de cette réconciliation, de ce grand; mouvement libérateur. Héroïne ou symbole? Les deux sans doute. Et, peu importe la proportion.

La personne touchante de Jeanne la Lorraine, sa hardiesse tranquille, son audace-pure, ses exploits et sa mort tragique ne sont mises en doute. Depuis l'école, elle vit dans nos cœurs.

Oui, elle est venue secouer le roi, cette rude et plantureuse fille des champs, et elle a tenu l'étendard et l'épée. Oui, elle a tenu tête aux docteurs en Sorbonne et aux scoliastes d'Eglise cette-paysanne à l’esprit alerte et robuste.-Et dans cette époque .de dissolution des mœurs de cour,  quand, les reines, d'étape en étape, changeaient- d'amant comme de lit, elle giflait, pure enfant du peuple, les soudards qui portaient la main sur elle.

 Sans doute, figure mémorable, n’est-elle pas un être d'exception unique. Sans doute,- ses «voix » sont-elles l’écho du mysticisme profond et sincère né de la miser» de ce siècle noir. Sans doute, avant, pendant ou après la période de Jeanne la Lorraine, voit-on, partout,, du sol de France, surgir les enfants inspirés par l'amour du pays et de la liberté, de Pierrone de Bretagne, brûlée elle aussi par l'Eglise et les Anglais, à Marie d’Avignon, de Richard de Paris à Guillaume le berger et -à Claude du Lis, qui reprit le nom donné à la famille de la Pucelle et mourut dame d'Armoise.

Que notre Jeanne d'Arc ait résumé en elle les traits de ces fils et de ces filles de notre glèbe, elle ne nous en sera, que plus chère.

Elle se dresse parmi ses moutons, part, équipée par ses voisins, empoigne le roi, le met à cheval, fait la guerre, au moment que les ballades et les complaintes chantent, de village en village les malheurs du pays et l'ardeur à le sauver.

Elle rétablit la confiance. Ce ne sont plus-des soldats de métier, c'est le peuple entier qui est en lice. Des cortèges escortent la Pucelle. Des villes vont à sa rencontre : Orléans, Chalons, Reims… La France, à sa voix, chasse l'étranger, brise la conjuration infâme des factions.

Sur quoi, on la livre, on la tue. Les nobles la vendent. Le roi la trahit. Le clergé la condamne et la brûle. Son supplice commence par un sermon.

De quel droit la réaction et le fascisme s'empareraient-ils aujourd'hui de la pure enfant de France ? Les agents de l'étranger fêteraient la libératrice"?

Les exploiteurs de peuple, hobereaux en tête, glorifieraient la troisième fille, du laboureur lorrain ? Le haut clergé sanctifierait la mémoire de la vierge martyrisée par lui ?

Allons, ennemis du peuple de France vous volez les biens et les richesses du pays, vous ne lui volerez pas son cœur.

 P-L. DARNAR.-

L’illustration c’est Jeanne d'Arc interrogée dans sa prison par le cardinal de Winchester

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