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Vie de La Brochure
5 mai 2026

Paysanne sa vie durant

Comme tout un chacun ma mère avait plusieurs cordes à son arc. Et tout d’un coup j’ai pensé à la paysanne qu’elle n’était plus depuis 30 ans pour cause de retraite. D’où une anecdote qui m’est revenue et que je ne mentionne pas pour des raisons familiales mais profondément sociales. Un jour le fil a failli se casser.

Mes parents travaillaient la ferme de ma grand-mère paternelle avec l’aide de mon oncle pour cultiver fruits et maraîchages. Subitement en janvier 1968 ma grand-mère meurt. Des obsèques, j’ai tout oublié (j’avais 17 ans), mais par la séance post-obsèques c’est-à-dire l’heure du partage. Car mathématiquement avec quatre enfants la propriété devait se partager en quatre. Sauf que pour une propriété minuscule, comment rester paysan sur un quart avec trois enfants à élever ?

En rentrant à la maison mon père retenait ses larmes et à un moment je le vois encore dans le couloir déclarer : « je vais devenir chauffeur routier ». L’idée n’était pas idiote, il aimait conduire. Mais les paysans c’était presque toujours un couple de paysans et dans ce schéma que devenait ma mère ?

Aussitôt elle mit en marche un plan de bataille. La question ce n’était pas seulement celle de la terre mais celle des instruments d’une ferme car si nous avions une maison d’habitation toute la ferme était chez la grand-mère qui restait à mon oncle Victor.

A commencer par le hangar, le tracteur, la camionnette pour le transport des récoltes. Une tâche qui aurait pu décourager n’importe qui !

Pour le hangar, coup de chance, l’Etat pour inciter à la culture du tabac offrait des aides à la construction de séchoirs à tabac, le maire-forgeron du village avait inventé une solution rapide et pratique pour un tel bâtiment, et il ne restait plus que la question financière. Ma mère fit appel à son frère qui n’était pas riche mais solidarité évidente, le hangar fut debout en peu de temps. Pour la terre il y a eu un arrangement avec le frère Mario.

Bref, la paysanne a fait face à la nouvelle situation en incitant mon père à aller sur deux marchés (en plus de Caussade le lundi, Montauban le samedi). Au départ il n’était pas enthousiaste (c’était la grand-mère en charge de cette activité) car un paysan n’est pas un commerçant puis il s’y est fait très vite.

Ainsi le couple de paysans maraîchers a surmonté l’épreuve avec beaucoup de travail et de bons résultats. Une question profondément sociale ? Si le couple flanche, la ferme devient une prison. Pendant des générations l’univers paysan n’était pas qu’économique et en même temps l’économie était au cœur de l’édifice. Elle avait plusieurs cordes à son arc mais fallait-il encore que les flèches partent dans le même sens. J-P Damaggio

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