RN82 : Lopez ou Viallon
En Tarn-et-Garonne entre 2014 et 2020 on a pu voir à l’œuvre deux stratégies du RN.
D’un côté Romain Lopez à Moissac poursuivait la stratégie ancienne de Patrice Charles : l’union des droites. Figure du FN à Moissac Patrice Charles venait du RPR, passa au FN et se retrouve à Debout la France d’autant plus facilement qu’en 2017 Marie Le Pen et Dupont-Aignan s’allièrent un temps. Romain Lopez pouvait à Moissac vérifier le bien fondé de la stratégie de Marion Maréchal dont il était l’attaché parlementaire, stratégie qui fut celle de Bruno Mégret. A ce titre il regardait d’un bon œil le combat de Brigitte Barèges vu ses positions. En 2020 Patrice Charles tenta une liste contre Romain Lopez et en 2026 ce dernier rendit hommage à Patrice Charles.
De l’autre Thierry Viallon poursuivait à Montauban la stratégie historique du FN : ni droite ni gauche. En conséquence en tant qu’élu municipal il combattait la politique de Barèges jusqu’à poursuivre la mairie devant les tribunaux.
Résultat : en 2020 Lopez gagne à Moissac et Viallon perd à Montauban. Une défaite de Viallon renforcée aux élections régionales suivantes car le RN n’a gagné qu’un seul élu, la tête de liste adjointe à Moissac Stéphanie Gayet, tandis que Viallon qui était deuxième, est éliminé. Il quitte le Tarn-et-Garonne et va se recycler dans les organismes nationaux du RN.
Aux législatives de 2022 le RN gagne sur la deuxième circonscription et sur la première Pierre Poma arrive à 41%, score énorme, d’autant qu’au premier tour il n’avait que 22% ; et le candidat LR Claude Vigouroux passe juste la barre de 9%. Dans une réunion Pierre Poma assit à côté de Marine Hamelet rappelle : «il faut la mobilisation de tous les patriotes de droite comme de gauche ».
Brigitte Barèges tirera aussitôt la leçon du résultat : vive la stratégie Lopez. En conséquence la victoire de Lopez sera totale en 2025 quand Barèges fait alliance avec le RN ce qui va susciter des colères internes au RN montalbanais. La candidature dissidente de Brigitte Poma a fait 7% (Pierre était décédé). Elle a été écartée de la direction de la Fédération par Marine Hamelet.
La stratégie union des droites gagne surtout quand les opposants sont divisés.
Donc aux municipales 2026 à Montauban on a cette fois une élue RN sur la liste UDR-RN et elle est déléguée : Sabine Mayre. Elle était candidate aux régionales 2021 ce qui me permet de vérifier que cette année là Romain Lopez avait ben placé ses pions. Le quatrième, décédé depuis, était Michel Wybierala un militant qui a Beaumont a travaillé à l’union des droites. Notons que Lopez a d’abord soutenu Zemmour puis est rentré dans le rang car entre Reconquête (champion de l’union des droites) et le RN il est facile de vérifier là où est le poids réel.
J’admets que la distinction importe peu à l’électorat RN mais si je la pointe c’est qu’elle importe beaucoup aux opposants.
Contre l’union des droites, l’union des gauches est relancée à condition d’être conçue jusqu’au centre (car l’union des gauches au sens strict reste largement minoritaire). Cette union des droites ne peut être contre la réforme des retraites, cheval de bataille de la droite.
Contre le ni droite ni gauche, l’union à construire doit se méfier à la fois sur sa droite et sur sa gauche.
Prenons l’exemple du NON de 2005 au Traité Européen. Ne pas inclure dans l’action le fait que le FN était sur une ligne politique équivalente, c’était se réjouir trop vite le soir de la victoire du NON.
Prenons l’exemple de la réforme des retraites, à laquelle le RN s’oppose : « la retraite à 60 ans avec 40 ans d’annuités ». Bien sûr on peut dire que c’est une opposition peu sincère et que la promesse ne sera pas tenue mais une part de l’électorat RN y croit. D’autant que quand la gauche prône le retour à la retraite à 60 ans qui peut tenir une telle promesse ?
Ce fut une des promesses de 1981 qui a été tenue. Le 11 décembre 1981, l'Assemblée nationale entérine le projet de loi d'orientation sociale qui prévoit notamment l'abaissement à 60 ans de l'âge légal de départ à la retraite à taux plein. Auparavant c’était 63 ans et l'accès au taux plein à 60 ans ouvert aux ouvrières mères de trois enfants (en 1975) avait été aussi une avancée.
Les deux lignes politiques opposent Marine Le Pen et Bardella, une opposition factice qui peut servir à «ratisser large» mais qui peut aboutir à une fracture comme avec Mégret.
L’extrême-droite vient de faire un bond en avant en Grande Bretagne et il a été démontré que ce bond en avant s’est produit autant dans les zones de gauche que dans celles de droite. Pour les adeptes du raccourci extrême-droite=fascisme je rappelle que le fascisme ou le nazisme sont aussi nés à gauche, alors que ce fut totalement différent pour le franquisme.
Nous avons vu qu’à Montauban quand la droite veut jouer son rôle (devenu impossible à Moissac) la stratégie Barèges a eu du mal à s’imposer. Si dès le premier tour toute la gauche s’était unie autour de Hilion cette union gagnait ! Ce qui confirme que la stratégie chère à LFI visant à classer le PS au centre-droit fait le jeu du RN… et de LFI, mais pas le jeu d’une autre politique émancipatrice. Sauf qu’une question subsidiaire se pose : entre une gestion Lopez et une gestion de gauche peut-il y avoir une différence ? Ou pour le dire autrement: dans notre société quelle marge de manœuvre existe pour les pouvoirs locaux? Tout dépend où on met le curseur : si on veut tout révolutionner ce n’est pas le moyen. Si on veut éviter le pire c’est le moyen. J-P Damaggio
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