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Vie de La Brochure
8 juin 2026

Christian Gasc le grand costumier natif de Dunes

Christian Gasc le grand costumier natif de Dunes

Né le 8 août 1945 à Dunes, dans le Tarn-et-Garonne, près de Valence-d'Agen, d'un père mécanicien et d'une mère couturière, rien ne prédestinait Christian Gasc à faire carrière dans le cinéma. Très jeune, Christian Gasc fréquente le cinéma Apollo, à Valence-d’Agen. À 19 ans, il monte à Paris pour vivre sa vie et se lancer dans le métier de costumier. C'est avec son ami le réalisateur André Téchiné, natif de Valence-d'Agen et de 2 ans son aîné, qu'il va débuter sa collaboration avec le cinéma, en 1975, sur le tournage de « Souvenirs d’en France ». C'est là que Christian Gasc fait la connaissance de Jeanne Moreau et de Marie-France Pisier, une actrice avec laquelle il restera très proche.

Surnommé le costumier des stars, Christian Gasc a participé à une cinquantaine de films et autant de pièces de théâtre et il a travaillé avec les plus grands metteurs en scène. Sa fierté aura été de construire en vrai autodidacte une carrière nationale et même internationale, puisque l'International Press Academy lui avait décerné en 1997 aux Etats-Unis un Satellite Award. Cette année-là, Christian Gasc montait sur la scène de la cérémonie des César du cinéma français pour recevoir le prix des meilleurs costumes pour "Ridicule", le film de Patrice Leconte. En 1996, le Tarn-et-Garonnais avait reçu un premier César pour les costumes de "Madame Butterfly", film opéra de Frédéric Mitterrand. Il triplera la mise en 1998 en étant encore consacré meilleur costumier pour le film "Le Bossu", de Philippe de Broca. En 2013, le palmarès de Christian Gasc s'enrichira d'un 4e César pour "Les adieux à la reine" de Benoît Jacquot. Le théâtre l'avait aussi consacré meilleur créateur de costumes en lui remettant un Molière en 2003 pour "L'éventail de Madame Windermere". Christian Gasc venait souvent rencontrer le public au cinéma Apollo de Valence-d'Agen dont il était un spectateur assidu dans sa jeunesse. Très attaché à la commune de Valence-d'Agen, où il a passé toute sa jeunesse et où il venait fréquemment séjourner, la dernière fois en juillet 2020, Christian Gasc n'avait plus de famille en Tarn-et-Garonne depuis le décès de sa sœur Josette. Il devrait être incinéré et ses cendres déposées dans le caveau familial, auprès de ses parents et de sa sœur, au cimetière de Valence-d'Agen. Décédé à Paris le 11 janvier 2022.

Entretien avec Christian Gasc costumier

Par HERVÉ GUIBERT. Publié le 24 février 1983

JE n'ai pas eu de formation de styliste, dit Christian Gasc. Quand j'avais dix-neuf ans, je prenais des cours d'acteur. J'étais catastrophique, mais mon désir aurait été de devenir acteur. J'ai commencé ce métier par le plus grand des hasards, Liliane de Kermadec m'ayant parachuté comme costumier sur son film Aloïse. Ce fut un grand moment de bonheur. Puis les choses sont allées très vite : mes quatre premiers films ont eu un succès critique, et ils ont fait boule de neige. Les metteurs en scène qui m'ont engagé, Truffaut comme Godard, connaissaient mon travail.

 

" Ma vraie formation est cinéphilique. Très souvent, les costumes viennent de souvenirs, des émotions d'adolescence que d'anciens films m'ont apportées et que j'essaye de restituer en les stylisant. Le costume de Marie-France Pisier dans Barocco était issu de celui de Gina Lollobrigida dans le Trapèze, de Carol Reed, avec un peu celui de Shirley Mac Laine dans Irma la douce. Il m'arrive aussi d'emprunter à des livres qui m'ont plu, ou à des chansons, des détails de costume que je réincorpore dans un film. Par exemple, le modèle de la robe de chez Réal que portait Sylvie Vartan quand elle chantait la Plus Belle pour aller danser a été le point de départ, pour les Ailes de la colombe, du costume d'Isabelle Huppert en milliardaire fraîche. Isabelle Adjani, dans Barocco, avec son imperméable jaune, son manteau gris et sa cagoule, est partie du typage de bande dessinée de la petite Annie. Dans les Deux Visages, une nouvelle que j'adore, James raconte l'histoire d'une femme qui se venge d'une rivale en l'habillant de costumes qui ne lui vont pas....

 

" Le costume doit participer de la mise en scène, être un élément aussi important que la lumière. Il s'empare de l'action et donne une force à l'acteur. On ne peut pas se contenter de costumes qu'on ne voit pas : un costume doit avoir de l'ampleur, jusque dans son effacement. J'ai horreur du prêt-à-porter au cinéma, je n'aime pas les costumes qui sont des vêtements, je trouve qu'ils n'ont pas d'impact. Je travaille en dehors de la mode : elle m'intéresse dans la vie, mais pas pour la remettre au cinéma.

 

" Cap Canaille m'a redonné le goût du travail. J'ai lu le scénario et j'ai tout de suite eu une idée de la silhouette du personnage. J'ai su ce que je ne voulais pas : l'habiller en jeans, en pulls, en jupes amples. Les producteurs avaient pensé habiller Juliet Berto chez Dorothée Bis. J'ai voulu coordonner le principe de l'héritière et de la marginale : son costume est le même d'un bout du film à l'autre, et les couleurs diffèrent en fonction des effets dramatiques, pas pour faire passer le temps. J'ai voulu que sans arrêt ce costume apporte de l'émotion, dans le passage du rouge au jaune et du jaune au blanc, en suivant les situations, même si c'était un pléonasme avec le jeu de Juliet, toujours fondé sur l'émotion. La soie est un matériau précieux, mais dans une forme très épurée, intemporelle, elle donne une fragilité un peu farouche. La silhouette d'une héroïne doit devenir inoubliable.

 

" Le plus grand plaisir survient quand l'actrice arrive sur le plateau (je pense à Catherine Deneuve avec son imperméable vert pré dans Hôtel des Amériques), et quand je sens qu'elle aime le costume et qu'elle le met en scène, quand nous avons trouvé ensemble l'apparence physique d'un personnage. C'est un moment de " projection ", entre guillemets, une identification d'un millième de seconde. Un costume devient un facteur dynamique à partir du moment où le metteur en scène et l'opérateur le prennent en charge, et, quand je retrouve son impact sur un écran, il ne peut rien m'arriver de mieux.

 

" Très vite, au bout de trois ou quatre films, pour ce métier que j'ai envisagé comme une vocation, je n'ai pas eu la volonté de faire carrière, mais j'ai eu envie qu'il représente une toute petite œuvre pour moi. Les metteurs en scène avec lesquels j'ai travaillé, que ce soit Téchiné, Jacquot, Adam, Zucca, Zingg, appartiennent à une même famille, ils ont tous le goût de se mettre en danger, ils ont en commun d'être liés à une culture cinématographique, qui est comme une affaire de désir. Et j'ai voulu laisser une minuscule empreinte dans leur travail. Si j'aime bien qu'à l'intérieur d'un même film un costume ait une relation avec le précédent et annonce le suivant, il m'arrive aussi de faire des recoupements d'un film à l'autre, sur des détails de bretelles ou de tissus. Si on pouvait réunir les personnages de tous ces films, on s'apercevrait qu'ils ont un air de ressemblance, peut-être un mélange de fougue et de rigueur, comme des épures extravagantes. "  HERVÉ GUIBERT.

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